Lettre des animaux (et des végétaux) aux humains confinables : la haie

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Sangliers en goguette dans les rues, renards peinards faisant les poubelles avant les éboueurs, oiseaux qui chantent sans s'époumoner pour couvrir la pollution sonore des villes... Les bêtes ont adoré le confinement. Mais les végétaux ne sont pas en reste ! La haie adorerait qu'on lui foute la paix…

Haie ‘’taillée’’ mécaniquement mais, heureusement, avant la période de reproduction… Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

Haie ‘’taillée’’ mécaniquement mais, heureusement, avant la période de reproduction… Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

Bien sûr, je ne suis pas un animal, mais moi aussi j’incarne la vie. À ce titre, il me semble avoir le droit de plaider ma cause.

Mon existence, je la dois à la cohabitation que notre monde végétal a délicieusement tricoté au cours du temps. Vous vous réjouissez de la mosaïque qui agrège votre cœur, vos reins, vos poumons ou votre estomac, j’éprouve le même bonheur en pensant au sorbier, au sureau, au fusain, au chèvrefeuille, au mûrier et autre chêne têtard qui me composent. Je suis la haie, plantée par César, arrosée par le siècle des lumières, honorée par l’Académie Française.

Enclavée dans les champs, les pairies ou les vignes, je suis considérée par votre administration comme « un petit groupe d’arbustes et d’arbres de hauteur variable et d’une largeur inférieure à 30 mètres ». Convenez que cette définition manque singulièrement d’émotion et de reconnaissance. Comment ne pas évoquer les odeurs que je dégage après la rosée du matin? Et mes couleurs dont vous peintres s’inspirent? Et le gaz carbonique que je capte? Et les châtaignes, noisettes, prunelles que je vous offre? Et lombre de l’été ou le pare-vent durant lhiver?  Et le ruissellement que jendigue? Jaffirme que ma générosité vous oblige. Je suis un bouquet de promesses. Les lézards paresseux, les papillons indécis, les chouettes secrètes, les couleuvres pressées, les rainettes colorées et tant d’autres trotte-menu s’associent à moi pour défendre notre condition.

Je vous implore de m’épargner durant la période de nidification

Suis-je coupable de prétention en vantant ainsi mes mérites? Certains le penseront mais il me paraît utile de vous rappeler mes bienfaits alors que je suis victime dindifférence, pire de mépris.

Alors qu’en ce moment je joue le rôle d’écrin inestimable pour la faune sauvage, on me taillade, on me hache, on me broie, en résumé on m’ampute au nom de « l’élagage ». Triste mot qui annonce la mutilation.

Aucune attention n’est portée au petit peuple des airs venu se réfugier en mon sein pour donner la vie. Partout les merles noirs, les grives musiciennes, les rouges-gorges et tant d’autres petits ténors ont dressé dans mes branches, un gîte plein d’espérance. Avec vos tronçonneuses, vous arrachez ces vies qui palpitent tout juste. Les couvées ne s’envoleront pas, elles agoniseront dans le dédain et la douleur.

Moi, la haie, je vous implore de m’épargner durant la période de nidification. Faites une trêve jusqu’à juillet, rangez vos guillotines sans désosser notre ramure. Acceptez nos branches folles pour que la raison s’installe.

Il n’y a pas longtemps, l’Office Français de la Biodiversité a fait suspendre l’arrachage d’une haie en préservant 500 mètres de végétation dans lesquels la pie grièche grise s’épanouissait. Ailleurs, c’est la préfecture du Bas-Rhin qui a interdit tous travaux sur les haies du 15 mars au 31 juillet. L’exemple est donné. J’en appelle à tous les maires de France pour qu’ils s’en inspirent sans attendre en leur adressant, par avance, ma reconnaissance végétale.

 

Allain Bougrain-Dubourg/Charlie Hebdo

 

 

 

 

 

 

 

Si vous avez apprécié cette publication,

partagez-là avec vos amis et connaissances !

Si vous souhaitez être informé dès la parution d’un nouvel article,

Abonnez-vous !

C’est simple et, naturellement, gratuit !

 

 

 

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Les haies c'était celles qui bordaient la route, cela date d'une dizaine d'années, mon fils qui travaillait dans l'environnement et était président de la Maison de la nature à Pau avait ses actions que je soutenais et puis on sait , encore et encore que l'on est bien petit face aux gros producteurs, comme en ce qui concerne les betteraves actuellement, hélas...
Répondre
M
Je pense à mon voisin maire et agriculteur, producteur de maïs avec le quel je m'étais fâché car il faisait raser nos haies, ça ne sert à rien disait-il, ça attire les oiseaux qui mangent les graines... On croit rêver, que d'eau gaspillée, mais rien n'avance je le vois...
Merci pour cette publication, j'adhère. Mon fils, disparu en novembre 2019 s'était beaucoup battu et avait milité toute sa vie pour la défense de la nature, de l'eau
Répondre
J
Merci Marine,
De toute évidence votre voisin de maire est un parfait rustre et un incompétent notoire ! C'est désolant d'avoir affaire à de tels individus qui n'ont que faire de l'environnement et qui, de surcroît, le pollue abondamment avec leurs cultures !
Il est du reste toujours bon d'avoir à portée de main certains articles du code rural à mettre sous le nez des concernés et, d'autre part, d'adresser un courrier de réclamation au Préfet !
Ça n'aboutit pas toujours mais, des fois, il y a tout de même des rappels de la loi...
Fâché pour fâché avec votre producteur de pop corn, vous n'avez rien à perdre !
Bon courage à vous...
B
J'aime ces lettres !
Je partage !
Belle soirée de dimanche Jean-Louis
Répondre
A
Et tout le monde veut du pain pas cher... la vie est parfois dure pour mes voisins agriculteurs...
Répondre
A
Le blé contient du gluten mais pas le germe de blé. La mode est au gluten free même si on tolère très bien le gluten...Et au germe de blé ! Donc nos agriculteurs doivent produire du blé pour ne garder que le germe... En ville on veut du local donc du pain issu de moulin du coin qui travaille avec de la farine produite tout près... mais pas de champ de céréales...
Répondre
D
Jean-Louis a l'oreille fine...et expérimentée !
Répondre
M
C'est paradoxale de parler de bocage et d'amputation des haies mais pourtant c'est le constat que l'on fait dans le bocage bourbonnais. Les haies disparaissent progressivement ou sont raccourcies à des tailles minimum... C'est anecdotique mais il est difficile aujourd'hui de faire la cueillette des mûres, les haies sont ratiboisées bien avant qu'elles aient eu le temps de produire! Pauvre Nature que l'on massacre au rythme effréné de notre société! Et pour quels résultats : le productivisme au détriment du Vivant ... Il y a urgence à agir, à se réveiller!
Répondre
J
Heureusement, il subsiste quelques zones relativement préservées et, parmi mes coins de balades "ordinaires", il en reste quelques-unes que j'affectionne évidemment beaucoup ! Lors de ma sortie de ce matin, en longeant quelques centaines de mètres de ce biotope qui, chaque année, se réduit hélas, j'ai vu ou entendu :

- de l'Accenteur mouchet
- du Bruant jaune
- de la Pie-Grièche écorcheur,
- de la Buse variable
-du Merle noir
-du Loriot d'Europe
-de la Linotte mélodieuse
-de la Mésange charbonnière...

Ceci, uniquement pour ce qui est de l'avifaune !
La richesse du milieu en question n'est plus à prouver mais à faire respecter impérativement... et vite, avant qu'il ne soit trop tard !
Répondre
C
J'adore! En effet, laissons-les tranquilles pendant ce moment si important! Bises et belle journée!
Répondre
Z
Cela paraît tellement élémentaire! Entre les tondeuses et les taille-haies, certains sont complètement dingues!
Répondre
J
...et les débroussailleuses ! Quelles plaies ces engins dont certains semblent ne pas pouvoir se passer : à la moindre touffe d'herbe folle, ils dégainent leur attirail !
J
Que de vérités. Nous sommes vraiment les obligés des haies.
Répondre
A
Certains agriculteurs n'aiment pas trop les haies mais avec un peu de discussion aimable, j'en replante bcp :)
Répondre
A
Le haut Anjou 49 à la limite entre les départements 44 49 et 53
J
Pour ce qui est des "bretons qui commencent à réfléchir" : il serait temps !
J
Vous êtes en Anjou ? je vous croyait en Bretagne...
Nous avons de bons amis par là et nous y allons de temps à autre : alors... qui sait ?
L'année dernière nous avons bien fait la connaissance de la merveilleuse Zoé -qui laissent souvent des commentaires très pertinents sur mes publications- à Angers !
A
Ah ah chez nous c’est le pays des chevaux !
Et les bretons aussi se mettent au bio et, avec L 214, bientôt fini les élevages industriels. D’ailleurs avec les fameuses pollutions dues aux élevages de porcs les bretons aussi réfléchissent :)
Mais bienvenue en Anjou !
J
Décidément Anne, votre "coin" commence à me plaire ! Prenez garde de ne pas trop nous allécher : nous pourrions bien être quelques-uns à avoir envoie d'émigrer vers l'Ouest :) ! Cela dit, en Bretagne il y a aussi les élevages de porcs et de poulets : là, pour sûr, ça fait nettement moins rêver !
A
Je crois que la différence vient que nous ne sommes pas dans la même région. Par chez nous les agriculteurs ne sont pas des «  productivistes ». Ils travaillent la terre pour produire céréales et fourrages et fruits dans des champs qui ne sont pas gigantesques. il y a aussi des bêtes dans des prés et pas d’étable de mille vaches. Et comme vous le dites plus haut, par chez nous aussi il y a bcp d’oiseaux et animaux (chevreuils sangliers lièvres etc...) qui me grignotent d’ailleurs mes jeunes plants de haies mais je replante et mes haies commencent à bien se former. Et aujourd’hui je vais aller cueillir des mûres dans ma vieille haie pour faire des confitures :)
Quand nous sommes arrivés l’agriculteur du champ voisin est venu nous prévenir qu’il devrait travailler tard dans la nuit et s’excuser du bruit. Il y a des gens bien partout il faut positiver.
J
Vous avez bien de la chance de pouvoir discuter avec les adeptes du productivismes et d'être en mesure de replanter des haies : ici, ils se moquent de vous et ne consentent à replanter quelques ridicules portions de haies seulement moyennent de grosses subventions en échange... Des haies que, un peu plus tard, on retrouve saccagées par le passages de leurs engins monstrueux ! Il en va de même avec de jeunes arbres que l'on retrouvent décapités pour qu'ils ne gênent pas le passage des moiss-batt... Je dois avouer que c'est assez déprimant et que les intéressés n'ont toujours rien compris à la biodiversité ! Alors, pardon mais les discussions, fussent-elles "aimables", je n'y crois plus du tout !
D
Si "on" avait vraiment voulu un vrai ministère de l' Ecologie, voilà un des rares qui auraient fait un bon ministre. Compétent, engagé, sincère, passionné !
Répondre
D
oui la haie est un biotope précieux et qu'on peut développer encore
Répondre