Lettre des animaux aux humains déconfinés : le coq

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Cette semaine, le courrier nous vient d'un animal bien connu de tous : le coq. Qui a la particularité d'être à la fois respecté comme symbole mais aussi terriblement maltraité durant sa courte existence. Toutefois, comme vous le verrez, on peut y faire quelque chose…

Avant l'invention de l'horloge mécanique et de la montre, le cri du coq a longtemps servi pour donner l'heure… Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

Avant l'invention de l'horloge mécanique et de la montre, le cri du coq a longtemps servi pour donner l'heure… Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

En cette semaine du 14 juillet, j’ai légitimement voix au chapitre. Ne suis-je pas l’incarnation de la République française? Notre histoire commune sest dessinée durant lAntiquité alors que le mot « gallus » en latin signifiait à la fois le coq et le gaulois. Convenons pourtant que notre relation n’a pas toujours été complice.

Napoléon m’a effacé, il préférait l’aigle ou les abeilles. Puis me voilà de retour durant la 3ème République. J’orne même la grille du Palais de l’Élysée. À nouveau, vous m’avez délaissé, préférant Marianne pour incarner l’honorable République. Heureusement, il me reste les clubs sportifs qui ne rougissent pas de me prendre pour symbole. De plus, je demeure au sommet des clochers. Avec moi, c’est le retour à la lumière après les ténèbres de la nuit. Mon chant est celui de l’espoir… Cela dit, avant de m’inscrire dans votre histoire, j’ai connu une incroyable épopée. Mes ancêtres fréquentaient les forêts du nord de l’Inde, de la Malaisie et de l’Indonésie. Déracinés, ils se sont retrouvés dans l’Égypte ancienne puis dans la Grèce et la Rome antique avant que nous ne colonisions peu à peu le reste du monde.

Il faut quand même se souvenir que lorsque vous avez commencé à nous « domestiquer », il y a 6 à 8 000 ans, nous ne pondions que 5 à 20 œufs par an, comme beaucoup d’oiseaux sauvages. Au début du 20ème siècle, vos manipulations génétiques ont conduit à une production de près de 200 œufs dans l’année. De nos jours, certaines races devenues des machines à pondre, en livrent plus de 300 par an. Elles ne savent même plus muer et couver. Transformées en mécaniques biologiques, elles subissent un quotidien insupportable : les becs de nos femelles sont « épointés » au laser pour éviter le cannibalisme dû à la promiscuité. Puis elles sont entassées dans des cages ne leur permettant même pas d’écarter les ailes. De leur vie, elles ne verront jamais la lumière du jour. 5 à 15 % d’entre elles meurent chaque année de ces conditions insupportables.

Bien que beaucoup d’entre vous ne veulent plus être complices et refusent d’acheter des œufs issus de la souffrance, plus de 57 % des volailles subissent encore ce traitement. Chaque année, vous abattez 40 millions d’entre nous rien qu’en France. Quant au reste du monde, notre exploitation dépasse l’entendement. Savez-vous que de tous les oiseaux qui peuplent la planète, nous sommes les plus nombreux? Notre population est évaluée à 23 milliards, ce qui représente 71 % du peuple des oiseaux! Que dagonie et de tourments pour notre peuple Quelques initiatives permettent pourtant de nous soulager.

Les poules ne verront jamais la lumière du jour

Si nous avons une espérance de vie dépassant les 10 ans, nous sommes le plus souvent abattus dès 18 mois. Il est désormais possible de nous recueillir pour que nous terminions notre existence dans de meilleures conditions. Une entreprise a même mis au point « l’œuf qui ne tue pas la poule » sous le label « Poulehouse ». Il s’agit tout simplement de nous donner une heureuse retraite tout en nous garantissant une existence conforme à nos besoins.

J’allais oublier de vous parler de nous, les coqs. Notre court destin n’est guère enviable. Jugés inutiles puisque ne pondant pas, nous sommes éliminés. Broyés dans des engins meurtriers, ou étouffés alors que nous ne sommes que des poussins. La gloire du coq est devenue pathétique. Son cocorico s’apparente au chant du cygne…

Allain Bougrain-Dubourg/Charlie Hebdo (Juillet 2020)

 

 

 

 

 

 

 

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F
Le coq est un animal d'une grande finesse quoiqu'on en dise. J'en ai adopté un pour lui éviter une fin en coq au vin et du coup quelques poules sont venues le rejoindre. Il les alerte dès qu'il voit de la nourriture s'oubliant au passage. Il est protecteur, doux et d'une grande finesse et élégance dans ses mouvements !<br /> Ce sont des animaux vraiment intéressants et comme tout être vivant, ils méritent le plus grand respect ! Soyons conscients !
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J
Merci pour votre témoignage Fabienne ! Nous sommes nombreux dans notre "communauté" d'idées à avoir agit de la sorte et à en avoir eu, en retour, une très grande et bienfaisante satisfaction ! Bien sûr, avoir une basse-cour implique des contraintes et provoque forcément aussi des chagrins à chaque "départ" d'un de ces membres... Combien de fois ai-je dû me rendre au cabinet vétérinaire pour faire soigner ou faire endormir une poule ou un coq malade ou trop usé ? Ce fut, à chaque fois, un réel crève-cœur ! Mais, que de bons bons aussi passés au milieu de nos protégés et, ça, ça n'a pas de prix...
B
Oui un grand merci à Allain Bougrain-Dubourg pour sa magnifique lettre que je vais partager également.<br /> Merci aussi Jean-Louis pour tous tes articles.
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J
Merci Béa pour tes commentaires et tes partages ! Belle semaine qui s'annonce à toi...
B
Un grand merci à Allain Bougrain-Dubourg qui associe l'érudition à sa grande sensiblité . C'est un partage agréable, Mais le sort réservé au coq et aux poules ne l'est pas et ce texte nous invite surtout à tout faire pour hater la disparition des élevages sans éthique et l'abattage qui s'ensuit. Jacqueline.B
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J
Nous, chacun d'entre nous, avons le pouvoir de faire changer le cours des choses : hélas, le plus grand nombre se moque bien de ce genre de considérations et c'est pour cela que rien ne bouge vraiment...Aussi, bien que conscients du peu de portée de nos gestes, faisons malgré tout notre part afin de ne pas nous rendre complices de ces vilénies...
D
Petit rappel: le code des oeufs obligatoire sur chaque coquille (1er chiffre )<br /> 3 : à proscrire: élevage en cage; le pire du pire<br /> 2 : à proscrire: élevage au sol serrées dans des hangars éclairés en permanence<br /> 1 : plein air; sachant que pour avoir l'appellation plein air il suffit parfois d'un espace vert assez restreint devant le hangar<br /> 0 : plein air bio
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J
Merci Dominique : un rappel toujours très utile !
Z
Coluche disait: " Quand on pense... Qu'il suffirait que les gens ne les achètent plus pour que ça se vende pas !" Mais je crois bien que les gens dans leur grande majorité s'en contrefichent!
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J
C'est hélas l'impression que j'ai aussi : une grande et terrible indifférence...
C
Ils n'ont pas du tout un sort envieux! Personnellement, j'achète les oeufs bio : il paraît que ça vient de poules libres... Et j'en mange si peu! J'ai déjà vu un vidéo des poussins mâles qui sont déchiquetés : berk, c'est terrible!
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J
C'est exact Cléo : pour qui tient à consommer des œufs, il faut les prendre en bio ! Cela dit, le sort des pondeuses bio est le même que celui des autres... Alors, si c'est possible, essayons de nous en passer un maximum ! Attention aussi aux plats cuisinés, gâteaux, mayonnaise etc. qui en contiennent...
A
Oui il y a des poulaillers heureux, heureusement et L214 obtient quand même des avancées contre l'élevage en cage, il faut rester vigilant. j'aurais bien aimé acheter ces œufs "poulehouse" mais je n'en trouve pas. Comme évidemment ils sont plus chers, pas sûr que ça dure, enfin espérons ! J'ai le projet de mettre deux poules chez nous (deux pour qu'elles ne s'ennuient pas), puis quand elles ne pondront presque plus, je leur ajouterai une jeunette etc et je ne pense pas dépasser 7 à 10 poules max (durée de vie environ 10 ans je crois). Seulement il me faut d'abord prévoir un enclos SUR ! car avec ma caméra, je vois passer souvent Mister Renard et Miss la fouine (qui est en rut en ce moment d'ailleurs je crois). Quoiqu'il en soit lisons bien les étiquettes de ce qu'on achète et informons autour de nous car comme le dit Jean-Louis, c'est plus facile de feindre d'ignorer ces pratiques...
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J
J'ignore si on peut trouver des œufs "Poulehouse" mais, selon un article que j'ai publié il y a un bon moment déjà (Poulhouse lance un ‘gâteau qui ne tue pas la poule : http://natureiciailleurs.over-blog.com/2019/02/poulehouse-lance-un-gateau-qui-ne-tue-pas-la-poule.html ) il y a, sur le marché, des produits transformés à base d’œufs "Poulhouse"...<br /> Au sujet de vos visiteurs nocturnes, si vous avez de belles photos, cela pourrait faire l'objet d'un "Images de..." ! Qu'en pensez-vous ?
D
il y a des poulaillers heureux, mais aussi beaucoup à faire pour améliorer les choses
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O
J'avais une copine jusqu'il y a peu, une belle poule noire qui me faisait la conversation et un oeuf de temps à autres. Elle avait huit ans et comme tout le monde quelques soucis de santé. Dr. Renard a décidé que c'était un bel âge, que l'acharnement ce n'est pas bien, qu'il faut savoir partir avec panache. Bref peu après la fin du confinement j'ai retrouvé un soir un joli tas de plumes aux reflets mordorés sans même un petit mot. Le Dr. Renard est sans pitié.
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O
Merci pour les mots qui consolent. Dr. Renard me précise toutefois que les choses se sont passées dans les règles de l'art, sans souffrances, comme dans une clinique suisse et pour un prix modique.
J
Triste fin en effet mais pas plus que finir complètement grabataire et avec de grandes souffrances... De là à dire merci au renard...
J
Quel paradoxe entre ce symbole républicain, sportif et sa triste condition de vie.
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J
Triste destinée que celle des volailles en général... Elles sont des milliards à être confinées -et dans quelles affreuses conditions- leur courte vie durant et, la plupart d'entre nous, l'ignore... ou feint de l'ignorer !
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