Lettre des animaux aux humains déconfinés : la marmotte

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Pendant que le monde se confinait, pandémie oblige, la Marmotte*, elle, goûtait à la liberté retrouvée après cinq mois d'hibernation. Un exemple de patience…

Dès l’automne, la durée de sommeil de la Marmotte s’allonge, son activité se réduisant au ramassage d’herbes sèches pour tapisser son terrier. Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

Dès l’automne, la durée de sommeil de la Marmotte s’allonge, son activité se réduisant au ramassage d’herbes sèches pour tapisser son terrier. Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

À ma connaissance, voilà près de 150 000 ans que, chaque hiver, mon clan est confiné. Plus de 5 mois d’isolement avant la délivrance du mois de mars. Avec le temps, j’aurais dû m’adapter mais les premiers jours du printemps, qui réveillent mes articulations, sont toujours source de nouvelle exaltation. La nature s’offre tel un festin potentiel. Tout est bon pour satisfaire mon appétit impatient. Feuilles, racines, tiges et autres fleurs sont au menu. Je peux même avaler des larves, des vers ou des sauterelles si l’occasion se présente. Mais les plaisirs du ventre ne suffisent pas à mon bonheur, il me faut aussi donner la vie… à condition que je sois le dominant du clan.

Quinze jours après être sorti d’hibernation, j’entreprends une femelle également dominante qui n’est réceptive que 24 heures. De nos amours éphémères naîtrons jusqu’à 7 marmottons (plus souvent 2 à 4) une trentaine de jours plus tard. Confinée dans le terrier, la nouvelle génération attendra une quarantaine de jours avant de découvrir les bienfaits du soleil. La vie de famille commence alors.

Tous les descendants des dernières années sont à nos côtés en respectant un mode de vie réglé comme une horloge. Nous sommes des lève-tôt pour notre premier repas. Petit somme ensuite vers les 10 heures en restant toujours vigilant. Et lorsque la chaleur est trop pesante, entre 12 et 15 heures, nous nous réfugions dans le terrier avant de prendre, plus tard, notre second repas.

Un mot quand même sur notre univers souterrain que nous avons creusé avec attention pour satisfaire nos besoins. C’est un empire. La longueur des galeries peut atteindre les 60 mètres, tandis que la chambre principale, garnie de foin, dépasse souvent le m3. Nous avons même prévu des toilettes et des trous peu profonds pouvant servir d’abris en cas d’urgence.

Avec une ouïe excellente, un odorat sensible et une vue perçante, nous restons prudents. À la moindre alerte, je lance un sifflement que l’on peut percevoir à 1 km. Cela ne traine pas, chacun regagne sa cachette la plus proche.

Notre réactivité ne nous met pourtant pas toujours à l’abri du danger. Côté prédateurs, il faut sans cesse avoir l’œil sur le renard et l’aigle royal. Mais nous devons aussi compter avec vous autres, les chasseurs. Et oui, contrairement à l’idée répandue, non seulement nous ne sommes pas protégés mais, chaque année, vos fusils éradiquent près de 20 000 d’entre nous. Naturellement, on justifie le massacre par la dégradation des terrains dons nous sommes coupables en creusant nos terriers ou, plus simplement, parce que notre chair est consommée en ragoût. Je ne vous parle même pas de notre fourrure toujours recherchée, notre graisse qui combattrait vos rhumatismes ou, comble du profit, qui fait office de cirage.

Lorsque vous cheminerez sur notre territoire cet été, n’oubliez pas que si la « montagne est belle », comme le chantait Jean Ferrat, c’est aussi parce que nous sommes son cœur battant.

Allain Bougrain-Dubourg/Charlie Hebdo (21 juillet 2020)

 

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B
Superbe lettre...
Je ne savais qu'elle était elle aussi dans le collimateur des chasseurs...
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C
Toujours de très bons articles ; Allain Bougrain-Dubourg défend très bien ce qu'il aime ! J'admire cet homme depuis fort longtemps et, jamais il ne m'a déçu !
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C
C'est un bel animal et ce billet est bien intéressant! Je ne savais pas que tant de marmottes étaient tuées par les chasseurs! C'est désolant! J'ai fait une petite vidéo sur une marmotte : voici le lien https://youtu.be/sWxu3VoEdPU Bises et belle journée à vous deux.
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A
Moi aussi je croyais la marmotte protégée... mais non je suis bête, on va attendre qu’il n’y en ait presque plus pour s’émouvoir...
Et aussi la fourrure ça se porte encore ???
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D
mais pourquoi aime-t-on les marmottes et les écureuils bien plus que les rats musqués et les ragondins ? l'homme est bizarre dans ses exclusions... c'était la pensée du jour...
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J
En ce qui me concerne, aucune espèce d'animosité contre ces rongeurs : j'ai photographié il n'y a pas longtemps un Ragondin qui pourrait aussi faire l'objet d'un "Images de..." ! Je vais de ce pas (!) essayer de retrouver les photos !
A
Parce que les ragondins n’ont pas de prédateur en France donc l’équilibre « proie prédateur » est rompu. cf Wiki : « Dans leur environnement d'origine, les populations de ragondins sont régulées naturellement par leurs prédateurs, comme les caïmans et le puma. Dans les pays où il a été introduit, le ragondin n'a aucun prédateur naturel, tout du moins à l'état adulte. »
Z
J'adore les marmottes! j'ignorais aussi qu'on puisse les chasser . mais rien ne m'étonne plus des de ce qui est permis à cette bande de malfaiteurs!
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J
J’ai toujours apprécié de voir de nombreuses marmottes lors des randonnées d’été en montagne. Et si nous ne faisons pas trop de bruit et nous immobilisons elles peuvent se laisser observer un certain temps avant de siffler le repli aux abris. En revanche j’ignorais que leur chasse était encore permise. Heureusement que la fourrure n’est plus à la mode.
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J
Ces lettres aux animaux sont plaisantes et instructives.
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D
Quel bel exemple de vie que la marmotte !
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J
Eh oui, la marmotte, symbole des Alpes, n'est pas à l"abri des fusils : il faut bien qu'ils mangent ces pauvres bougres, super "protecteurs de la nature"... Et puis, avec plusieurs peaux de marmottes, on peut offrir un magnifique manteau de fourrure à Bobonne ! Que du bonheur...
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J
Je ne suis réceptive que 24 heures et je mérite mon manteau de fourrure, non mais! Signé : bobonne.