Lettre des animaux aux humains déconfinés : l’étoile de mer

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Au premier abord, l'étoile de mer ne semble pas particulièrement passionnante. Pourtant, cette espèce d'animal marin vaut le détour et mérite mieux que finir en objet de décoration moche.

Approchez-vous… davantage encore. Vous les voyez mes centaines, que dis-je, mes milliers de pieds qui me permettent d’avancer à la vitesse respectable de 14 centimètres à la minute? Rigoureusement alignée, mon armée pédestre s’étire vers une destination improbable. En apparence seulement car, si je progresse avec détermination, c’est que j’ai faim. Au menu : des crustacés, des oursins et, bien sûr, des moules ou des huitres. J’avoue humblement que mon bonheur ne fait pas celui des conchyliculteurs mais il faut bien que je vive moi aussi. Et lorsque j’approche ces « bouchots » hérissés de moules, je succombe à la tentation. Pour les ouvrir, j’en appelle encore à mes pieds, ces admirables outils qui sont équipés de ventouses capables d’exercer une terrible pression sur les coquilles. Il est rare qu’elles résistent. À peine ouvertes, mon estomac passe à l’action. Sa technique est redoutable. Il pénètre dans la moule et entame la digestion. Peu importe le temps que cela prendra, je me gave, c’est tout ce qui compte. Quand j’estime qu’il n’y a plus rien à manger, parfois après plusieurs heures, mon estomac reprend sa place dans mon intimité pour finir sa digestion tranquillement.

Parmi nos singularités, je ne résiste pas au plaisir de parler de nos bras. En principe nous en avons cinq mais, parmi nos 1 500 espèces, certaines en comptent 7, 10, voire jusqu’à 50! Cela dit, ce nest pas tant le nombre qui présente un intérêt mais la constitution des bras en question. Au bout de chacun dentre eux, nous possédons un œil nous permettant de nous orienter. Quant à notre épiderme, il est hypersensible. Les éléments chimiques de l’eau ou même l’intensité lumineuse est ainsi appréciée.

Si nous préférons nous activer durant la nuit, il nous faut aussi penser à la pérennité du clan. C’est au début de l’été que l’idée nous démange. Pas question pour autant de nous livrer à un quelconque kamasoutra malgré nos bras prometteurs. Chacun reste dans son coin mais mâle et femelle coordonnent leur désir pour libérer simultanément des œufs et du sperme. Le hasard des courants fera le reste. La fécondation donnera vie à une larve planctonique qui, après bien des métamorphoses, finira par nous ressembler. Comme nous, elle aura l’étonnante capacité de régénérer l’un de ses membres si il venait à être coupé, un peu comme la queue des lézards. Ce merveilleux potentiel ne nous épargne pourtant pas de tous les dangers. De nombreux prédateurs rodent. Les goélands, les poissons aux puissantes mâchoires, les crabes, les loutres de mer ou même la fragile mais redoutable crevette arlequin peuvent mettre fin à notre destin.

À cette funeste liste, je dois ajouter votre goût pour les souvenirs. Nous sommes bien souvent vendues desséchées et peinturlurées pour finir en objet décoratifs. Cette industrie n’est pas la plus meurtrière pour notre avenir mais elle ajoute aux nombreux dangers que nous devons endurer. Aucune étoile de mer ne vit sur terre ou en eau douce. Nous incarnons la richesse exceptionnelle du milieu marin. Préservez les ambassadrices que nous sommes…

Allain Bougrain-Dubourg/Charlie Hebdo (28.07.2020)

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Animaux

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A
Je ne connaissais pas toutes ces particularités de l'étoile de mer, merci Jean-Louis.
Cependant cette lettre pose la question de la sentience (capacité d'éprouver des choses subjectivement). L'étoile de mer, sans système nerveux central, ne ressentiraient pas la douleur ni le plaisir, comme les moules et les huîtres, les méduses et aussi les plantes. Vaste question !
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D
Bonne idée de Charlie Hebdo de donner la parole à Allain Bougrain-Dubourg; ils avaient déjà Luce Lapin comme défenseur-euse des animaux, là ça va plus loin, on nous instruit; merci à Jean-Louis de relayer; car je ne suis plus abonnée à Charlie; je cautionne toujours son esprit mais certains dessins je ne peux plus; je ne dis pas je ne veux plus, vraiment je ne peux plus; ils me tournent l'estomac !!!! ils enlaidissent ce qui n'est déjà pas très beau au naturel.....point de vue féminin sans doute !
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C
Oh, comme le dit Jacky, on en apprend beaucoup dans si peu! Préservons-les! Bises et bon week-end à vous deux!
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B
Si belle étoile de mer !
J'aime beaucoup les lettres d' Allain Bougrain-Dubourg.
Je partage !
Bonne soirée Jean-Louis
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Z
Magnifique créature! Ces lettres d'Allain sont un vrai trésor!
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J
Que de découvertes en peu de mots. J'apprécie de plus en plus ces lettres .
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C
Merci beaucoup pour ce magnifique article... Il y a tellement de beauté, de richesse dans ces créatures... Amitié.
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D
je n'avais pas vu l'étoile de mer de cette façon, merci beaucoup pour cette leçon naturelle !
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J
Belle leçon de nature encore une fois. Et quelle variété d’évolution selon les différentes formes de vie.
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D
bel éclairage sur un animal emblématique de la côte
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J
Un être fabuleux -comme tous ce qui est vivant- que, jamais, je n'aurai l'idée de prélever pour en faire un objet de décoration !
Merci à Allain pour ses billets toujours à la fois drôle et pédagogiques !
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