Lettre des animaux aux humains confinables : le dauphin

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Voir des dauphins accompagner le sillage d'un voilier est une vision qui reste gravée dans les rétines tellement c'est beau. Un bonheur menacé à cause de la pêche au filet qui décime cet animal fascinant. À quand l'interdiction de cette saloperie ?

« Dauphin commun », avec un nom pareil, je commence mal dans la vie. C’est vous qui m’avez ainsi baptisé en m’affublant du qualificatif « commun » qui n’invite guère au respect. Dans vos dictionnaires, on associe ce mot à « ordinaire », « banal », « quelconque », voire « vulgaire » ou « trivial ». Convenez que je mérite mieux.

Savez-vous que mon cerveau vaut le vôtre? Il est aussi gros! Avez-vous observé que nous avons un sens social extrêmement développé? Quand un petit naît et quil a des difficultés à respirer, lun des nôtres lui vient immédiatement à laide en le poussant vers la surface. J’imaginais naïvement que lorsque nous jouons dans l’étrave de vos bateaux, vous auriez porté un regard bienveillant sur notre destin. Devant votre indifférence, je plaide aujourd’hui pour notre avenir.

Nous venons d’atteindre un « record » d’échouages (comparable à 2019) sur la façade Atlantique depuis janvier 2020. 94 % des cadavres retrouvés par le « Réseau National d’Échouage » appartiennent à notre espèce, les autres sont des marsouins communs, des dauphins bleu et blanc, etc… En réalité, les scientifiques du réseau « Pelagis » (système d’observation pour la conservation des mammifères et des oiseaux marins) sont formels. Avec les cadavres non retrouvés, on peut estimer la mortalité à plus de 11 000 d’entre nous. L’arène meurtrière dans laquelle nous agonisons n’est pas si vaste. Elle s’étend d’Arcachon au nord des Sables d’Olonne. C’est là qu’une flottille de pêche française et espagnole se rassemble, chaque année, durant la période de reproduction des bars. J’avoue que notre tort est de ne pas manquer ce rendez-vous appétissant. Résultat, lorsque vos immenses filets pélagiques entrent en œuvre, bon nombre d’entre nous sont capturés dans la foulée et agonisent dans d’horribles conditions. Fractures du rostre, queue et nageoires sectionnées, entailles profondes dans nos chairs… les traces de l’épreuve témoignent des souffrances endurées lorsque vous retrouvez nos pauvres cadavres échoués sur la côte.

Il existe pourtant des solutions pour réduire le massacre. Des « pingers » placés sur les filets, émettent des signaux acoustiques qui nous préviennent du danger. Même si nous ne sommes pas complètement épargnés, cela aide à réduire nos captures. Une autre disposition qui nous serait favorable consisterait à ce que vous n’autorisiez que les pêches à la ligne. Et là, plus de filets, plus de mortalité! Lidéal reste évidemment de ne plus pêcher dans ces zones durant la période de fraie. Mais j’imagine que c’est trop vous demander… 

En attendant la pression est si forte que vos océanologues n’excluent pas notre disparition à terme dans le golfe de Gascogne.

Qui entendra notre ultime cri de détresse? Bonne nouvelle, il vient d’être perçu par le CIEM (le Conseil International pour l’Exploration de la Mer) qui rassemble plus de 1 600 chercheurs. Ce comité scientifique demande officiellement la mise en œuvre de mesures de protection. Quant à la Commission Européenne, elle souhaite que la France rende des comptes. On sort enfin des eaux troubles…

Allain Bougrain-Dubourg/Charlie Hebdo

https://charliehebdo.fr/wp-content/uploads/2020/06/dauphin-coco-site-ch-1493x2048.jpg?x85182

Illustration : Coco/Charlie Hebdo

 

 

 

 

 

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Publié dans Animaux

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C
Oui, il semblerait que c'est trop demandé : l'humain veut tout rapidement et à bas les obstacles... dont les dauphins! Désolée : ça me met en rogne! Comme la majorité d'entre nous, j'adore les dauphins, qui est un animal intelligent et social, même avec les humains! Bonne fin de semaine à vous deux!
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J
Lorsque l’on constate que le monde de la pêche n’est même pas capable de créer des réserves afin de préserver les ressources, on se doute bien que le sort des dauphins ne les intéresse pas. En ce qui concerne leur cerveau, il est bien dommage qu’il ne leur ait pas appris à nous éviter, et pourtant côté stupidité nous nous y connaissons.
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B
Belle lettre encore une fois !
Je partage.
Bonne fin de semaine Jean-Louis
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J
Les chiffres des dauphins morts sont terribles. Le monde de la pêche doit imposer des solutions.
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D
Un jour les animaux nous dominerons et ferons justice...!
Ce sont les lois de l'univers qui s'appliquent à tous.
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J
Les Dauphins, magnifiques et surdoués mammifères... Surdoués certes, mais pas au point d'éviter ces filets redoutables et c'est la boucherie ! Allain Bougrain-Dubourg met le doigt là où ça fait mal... mais les responsables semblent bien se moquer de ce genre de "dégâts collatéraux" : pour eux, seul compte le résultat de la pêche ! La disparition des espèces, la surpêche, l'écologie en somme, ils n'en ont cure... tant qu'ils ont leur part du gâteau !
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D
bien d'accord avec cet article
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