Des bisons vont être réintroduits au Royaume-Uni des milliers d'années après leur disparition

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Deux organisations, le Kent Wildlife Trust et le Wildwood Trust, se sont lancées dans un projet d'envergure au Royaume-Uni. Nommée "Wilder Blean", l'initiative vise à restaurer un écosystème naturel dans les forêts de Blean, notamment grâce à la réintroduction d'un petit groupe de bisons…

https://geo.img.pmdstatic.net/pad/http.3A.2F.2Fprd2-bone-image.2Es3-website-eu-west-1.2Eamazonaws.2Ecom.2Fgeo.2F2020.2F07.2F13.2F60b500be-a414-431e-83d9-e85cca950a53.2Ejpeg/650x427/quality/80/60b500be-a414-431e-83d9-e85cca950a53-jpeg.jpegLes bisons sont de vrais "ingénieurs des écosystèmes". Leurs comportements influencent grandement leur environnement. Photo : © Michael Gäbler/Wikimedia Commons

Plus de 6.000 ans après leur disparition du pays, les bisons vont bientôt faire leur grand retour au Royaume-Uni. C'est ce qu'ont annoncé, le Kent Wildlife Trust et Wildwood Trust, deux organisations britanniques consacrées à la protection de la faune et de la flore sauvages. D'ici deux ans, celles-ci prévoient en effet de réintroduire un petit groupe de bisons européens dans le sud-est de l'Angleterre.

Cette initiative s'inscrit dans un projet plus vaste et ambitieux nommé "Wilder Blean". Son objectif : restaurer un écosystème naturel dans les forêts de Blean situées à proximité de Canterbury dans le Kent. "Au Royaume-Uni, le manque de gestion des forêts est l'une des huit causes principales de déclin des espèces", explique le Kent Wildlife Trust sur son site internet.

"Nous savons que la clé pour permettre aux espèces de survivre et de prospérer est de créer un réseau de rétablissement de la nature d'une plus grande et d'une meilleure qualité, et des habitats moins cloisonnés", poursuit l'organisation. "Malheureusement, la gestion humaine n'est pas suffisante pour créer le type d'habitats dont les espèces ont besoin. Ce qu'il nous faut, ce sont des solutions naturelles".

Des "ingénieurs des écosystèmes" à la rescousse

Avec Wilder Blean, les défenseurs de la nature ont décidé de pousser cette stratégie un peu plus loin. La réserve des forêts de Blean n'a pas été sélectionnée par hasard. Elle constitue l'une des plus grandes zones forestières anciennes du Royaume-Uni et un exemple de choix. La région a longtemps été exploitée pour son bois avant d'être rachetée par le Kent Wildlife Trust.

https://geo.img.pmdstatic.net/pad/http.3A.2F.2Fprd2-bone-image.2Es3-website-eu-west-1.2Eamazonaws.2Ecom.2Fgeo.2F2020.2F07.2F13.2F995da828-1d01-4209-ae68-9f5d1464cf36.2Ejpeg/640x479/quality/80/995da828-1d01-4209-ae68-9f5d1464cf36-jpeg.jpegLa réserve de Blean Wood a été rachetée par le Kent Wildlife Trust après avoir été exploitée pendant des années pour son bois. Photo: © Simon Carey/Blean Woods Nature Reserve/CC BY-SA 2.0

Elle est ainsi à moitié recouverte de plantations non-natives, notamment des conifères, qui "n'ont que peu de valeur pour la faune sauvage", précise l'organisation. Cela fait plusieurs années que les spécialistes travaillent à retirer les conifères. Avec le nouveau projet et la réintroduction, ils ont toutefois décidé d'utiliser une approche plus naturelle que de simplement couper les arbres.

Avec une longueur de trois mètres pour une masse d'environ 800 kilogrammes, le bison d'Europe (Bison bonasus) est le mammifère terrestre le plus imposant du continent. Et il joue un rôle crucial dans son environnement. Le bovidé est en effet décrit comme un "ingénieur des écosystèmes". Il "contrôle les habitats comme aucun autre animal", explique le Kent Wildlife Trust.

Le bison s'attaque spécifiquement à certains arbres en mangeant leur écorce ou en se frottant contre eux pour éliminer leur fourrure hivernale. Ce comportement génère du bois mort faisant office de festin pour les insectes qui peuvent à leur tour nourrir les oiseaux. Avec sa taille imposante, l'animal crée également des couloirs verts à travers la forêt dense où des espèces natives peuvent se développer ou prospérer.

"Utiliser des espèces manquantes telles que le bison pour restaurer des processus naturels dans les habitats est la clé pour créer la bio-abondance dans nos paysages", a assuré dans un communiqué Paul Hadaway, directeur de la conservation au Kent Wildlife Trust. Ces processus naturels, les bisons les ont assurés pendant des milliers d'années au Royaume-Uni avant d'en disparaître.

Une espèce poussée vers l'extinction

L'extinction du bovidé dans le pays remonte à au moins 6.000 ans mais il a perduré sur le reste du continent. Du moins jusqu'au début du XXe. Les derniers spécimens sauvages ont été tués en Pologne dans les années 1920. Ne restaient alors plus qu'une cinquantaine de spécimens captifs. Ce sont eux qui ont permis d'empêcher l'extinction totale de l'espèce désormais protégée.

Au cours des dernières décennies, plusieurs pays dont la Pologne, la Roumanie et les Pays-Bas, ont réalisé des réintroductions de bisons, avec succès. C'est donc désormais au tour du Royaume-Uni de rejoindre la liste grâce au projet Wilder Blean. Selon les plans dévoilés, les bovidés seront relâchés sur une zone de 150 hectares au printemps 2022, une fois les infrastructures nécessaires installées.

Le groupe sera composé dans un premier temps d'un mâle et de trois femelles venus des Pays-Bas ou de Pologne où les réintroductions ont fonctionné, d'après l'organisation interrogée par The Guardian. La reproduction naturelle devrait permettre ensuite d'augmenter la taille du troupeau, une femelle donnant généralement naissance à un petit par an.

Les bovidés disposeront normalement de tout ce dont ils ont besoin dans leur habitat. Les spécialistes ne comptent donc leur fournir ni nourriture, ni abris artificiels. Leur santé sera en revanche surveillée via l'observation de leur fourrure et des examens de leurs excréments. Objectif : permettre aux animaux de rester aussi sauvages que possible.

Des visites guidées pour voir les bisons

Une fois que le troupeau aura grandi et se sera installé, leur espace pourra être étendu jusqu'à 500 hectares et des visites guidées permettront au public d'observer les bisons à distance. "Ceci permettra au public de découvrir la nature comme jamais auparavant, en le reconnectant au monde naturel d'une façon plus profonde", a assuré Paul Whitfield, directeur général du Wildwood Trust.

Les bisons "sont énormes. Mais la manière qu'ils ont de se fondre dans leur environnement est extraordinaire et ils sont très dociles vraiment", a précisé à The Guardian Stan Smith, spécialiste du Kent Wildlife Trust. Les mammifères ne seront toutefois pas les seuls représentants de la faune sauvage à prendre part au projet dans la réserve de Blean Woods.

Des chevaux et des vaches évoluent déjà dans la zone et ils seront bientôt rejoints par quelques cochons qui permettront également de restaurer l'écosystème naturel. Le projet dont la première phase devrait être achevée en mai 2023, a été rendu possible grâce à un prix de 1,125 million de livres (environ 1,25 million d'euros) attribué par le People’s Postcode Lottery Dream Fund.

"Cette récompense nous a permis de réaliser une avancée importante pour inverser le rythme terrifiant de perte des espèces au Royaume-Uni", a commenté Paul Hadaway. "Le projet Wilder Blean va démontrer qu'une solution plus sauvage basée sur la nature est la bonne solution pour lutter contre la crise du climat et de la biodiversité à laquelle nous faisons face aujourd'hui".

Emeline Férard/Géo (13/07/2020)

 

 

 

 

 

 

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A
Brrr les amis je me rends compte que ces réticences auraient pu (dû?) s’appliquer à la réintroduction de l’ours et du loup. Comme quoi même à mon âge il faut réfléchir avant de parler ou d’écrire. Il faudra sans doute un jour « réguler » ce troupeau mais est ce que ce serait pire que de voir les carnages du loup qui égorgent plusieurs brebis sans même les manger, de penser à la terreur vécue par l’ensemble du troupeau et à la peine et à la colère du berger. Finalement ce « parc » à bison, ne serait ce pas une idée pour l’ours et le loup un peu comme les parcs pour les lions. Je ne sais plus mais merci Jean-Louis pour ces sujets de réflexion.
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A
Oui merci Jean-Louis pour ce long message. En fait après avoir écrit ce message, je suis allée sur votre blog voir ceux qui traitent du loup et j’ai vu que ce n’était pas si clair. J’ai entendu récemment un berger dire qu’il avait un chien patou et qu’il avait chassé un loup avec juste un bâton. Je vais aller voir le livre sur les loups. Mon dieu dans quel monde hypocrite vivons nous..,
Il me reste ma vilaine question : que sera la campagne sans les vaches, moutons etc qui y vivent (pas très longtemps je l’accorde) mais heureux; mais nous en avons déjà parlé.
J
Merci Anne pour vos divers commentaires ! Si je partage la teneur de certains, j'ai de sérieuses réticences pour d'autres ! Ainsi, votre vision du loup, cruel et sanguinaire, face aux troupeaux terrorisés -ce qui est exact- et aux bergers démunis et en colère, m'interpelle... J'ai souvent eu l'occasion de partager ici même, sur ce blog, des points de vue totalement différents, d'éleveurs, de bergers, de scientifiques, de spécialistes.... qui, tous, méritent notre intérêt !

Cela dit, si le loup tue plus que ce dont il a réellement besoin, il agit exactement comme le fait un renard ou une fouine qui pénètre dans un poulailler : il tue jusqu'à ce que le calme revienne car l'agitation générée par son intrusion risque d’attirer l’attention ! Reste à se poser les bonnes questions… Ainsi, pourquoi le loup s’attaque-t-il aux troupeaux ? En fait, pour la même raison que le renard ou la fouine : parce que c’est facile et que, la plupart du temps, il n’y a pas de gardiens sur place ! Concernant les attaques de loups, les conclusions sont généralement unanimes : un troupeau gardé par un berger et des chiens est très rarement –voire jamais- la cible du prédateur… Les éleveurs et bergers qui ont fait le choix de vivre AVEC le loup témoignent de l’efficacité des mesures en question sauf que… ils ne peuvent pas le faire à visage découvert tant les anti-loups sont agressifs et menaçants envers eux ! Voyez les intimidations et les menaces de mort ( !) reçues par Jean-Michel Bertrand à la sortie de son dernier film « Marche avec les loups » : voilà qui en dit long sur l’état d’esprit des individus en questions…

Je l’ai déjà dit par ailleurs : si je peux parfaitement comprendre la colère d’un berger face à un troupeau dévasté, je demeure quelque peu incrédule lorsque cette même personne embarque ses bêtes dans des camions qui les emmènent à l’abattoir. Les animaux l’ignorent mais, lui, sait pertinemment le sort qui attend les placides brebis et les doux agneaux… N’y a-t-il pas là ‘’deux poids, deux mesures’’ ?

Je ne voudrais pas être trop long ! J’ajouterai simplement que la structure d’une meute de loup ne peut en aucun cas être comparée avec celle d’un troupeau de bovidés comme les bisons ! Des loups, il n’y en aura jamais plus que ce que la meute tolère : les autres seront tout bonnement chassés ou écartés du clan ! Tout cela est fait justement pour éviter qu’il y ait plus de prédateurs que de proies disponibles… Et il faut reconnaître que c’est bien fait !
Z
Même réflexion sur la pérennité du projet lorsque le groupe aura atteint un nombre trop grand de bisons !
Répondre
B
Est-ce une bonne nouvelle ?...
Peut-être pas... (je m’interroge à suite de ma lecture des commentaires)
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D
Vous avez bien appris ce que vos religions vous enseignent. Mais les religions sont faites par les
hommes.
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A
Eh oui donc à prendre avec modération :)
D
Malheureusement pour lui l'Homme se place au-dessus de la Nature, l Il ignore qu'il est
une manifestation du Divin égale aux autres règnes : minéral, végétal, animal !
De ce fait il fait n'importe quoi !
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A
Et le dieu des chrétiens n’interdit pas de tuer des animaux puisqu’il préconise de manger du poisson le vendredi...
A
Si Dieu était un dieu bon, il n’aurait pas créé des hommes méchants ... mais c’est un très vaste sujet qui déborde de bcp ce blog donc chacun croit comme il peut, ceci dit en toute amitié.
A
Tout d’abord j’ai pensé « super » puis... à la lecture, comme Jean-Louis, il m’est venue comme un gène : car 3 femelles avec un petit tous les ans... dans 20 ans ces gentilles peluches de 800 kg devront manger? Et je sais que nous n’aimez pas entendre ça mais sans prédateur la nature ne peut maintenir d’équilibre. Lisons la boule de cristal : comme il y aura des dégâts il faudra bien réguler le troupeau et les chasseurs proposeront de le faire. Et comme les chasseurs respectables sont une très faible minorité, il y aura de beaux safaris bien cruels d’organiser...
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A
Bouh... «  d’organisés » !
A
« Comme UNE gêne » pas «  comme un gène »
J
La réintroduction de cet animal mythique qu'est le Bison européen est évidemment une expérience intéressante... Mais, au fond de moi, je me dis que l'humain aime à jouer au ''grand ordonnateur'' : tantôt je supprime telle espèce, tantôt j'en remets une autre... Si on commençait déjà à foutre la paix à la Nature, ce serait déjà un merveilleux bienfait, non ?
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D
en effet, il ne s'agit là que de "s'amuser" à jardiner un espace de 500 ha (sic! j'imagine clos car bien petit) avec des bisons (ce qui est toujours mieux que des vaches ou cochons comme j'ai pu le lire), permettant au moins de sauvegarder des bisons autrement qu'en zoo en dehors du fait de vouloir favoriser la présence d'autres espèces. Tout cela est fort louable bien que plus largement on peut s'interroger sur ce à quoi nous sommes réduits pour tenter sauvegarder ci ou ça, ça ou là au milieu d'espaces très largement anthropisés quand ce n'est pas complètement. Du pylone nichoir pour cigogne au polder mouroir pour chevaux sur quelques milliers d'hectares aux Pays Bas afin d'ouvrir l'espace, en passant par le nourrissage des vautours avec des tonnes de cadavres de moutons pour reconstituer les populations... sans oublier celui des mésanges en hiver avec des tonnes de tournesol (qu'il a fallu produire)...ou encore les chantiers de débroussaillages pour favoriser telle orchidée ou tel criquet ... tout cela est bien triste. Foutre la paix à la Nature? Une excellente idée! mais ce n'est par contre absolument pas possible sans disparaître...