Le grand requin blanc vit en Méditerranée depuis 3,2 millions d'années

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Le séquençage de l'ADN du grand requin blanc de Méditerranée dévoile son origine et alerte sur les menaces qui pèsent sur cette espèce.

Requin blanc. Photo : Mary Evans/Ardea/Sipa

Ils ne sont sans doute pas plus de quelques centaines d'individus en Méditerranée : les grands requins blancs (Carcharodon carcharias) risquent même d'y disparaître dans peu de temps, alertent les biologistes de l'Université de Bologne (Italie). Ces scientifiques ont passé les derniers mois à étudier la génétique de ce poisson doté de la mâchoire la plus célèbre du cinéma.

Les requins de Méditerranée plus proches de ceux du Pacifique que de l'Atlantique

Alors que de précédentes études faisaient remonter la présence du grand blanc en Méditerranée à 450.000 ans, son ADN révèle une toute autre histoire : cela fait en réalité 3,2 millions d'années que ce requin a franchi les portes du détroit de Gibraltar et s'y est installé ! Pour le déterminer, des chercheurs ont extrait et analysé l'ADN mitochondrial de plusieurs "trophées" (des dents, des mâchoires et des vertèbres) récupérés dans des musées et des collections privées et datant des 19 e et 20 e siècles. Ce matériel a permis d'obtenir la plus grande ressource génétique relative au requin blanc de Méditerranée. Et de la comparer avec celles des autres populations de requins dans le monde qui occupent quasiment toutes les eaux tempérées.

La vaste étude génomique qui est publiée dans le Journal of Biogeography examine également les liens qui unissent toutes ces populations. Elle révèle ainsi que les requins de Méditerranée sont apparentés aux requins de l'océan Pacifique plutôt qu'à ceux de l'océan Atlantique. Pour comprendre cette proximité, il a fallu retracer le trajet des premiers individus qui l'ont colonisé puis peuplé.

https://www.sciencesetavenir.fr/assets/inline-img/2020/02/12/w453-112489-historical-great-white-shark-jaws-in-laboratory.jpgUne mâchoire de grand requin blanc examinée en laboratoire. Photo : © Université de Bologne

Une petite population en danger

Ces premiers requins ont franchi le passage entre les deux océans au niveau de l'Amérique Centrale, avant la formation de l'isthme de Panama soit il y a plus de 3,5 millions d'années. Après avoir gagné l'Atlantique, ils se sont installés, 300 millions d'années après, en Méditerranée. Durant cette période, la barrière du Panama s'est formée, séparant les deux océans et provoquant des changements drastiques du climat en Atlantique. Des variations qui ont causé la disparition de nombreuses espèces de poissons dont celles des requins blancs. C'est une nouvelle vague, bien plus récente, de grands blancs originaires d'Afrique du Sud qui a permis à cette espèce de réoccuper l'océan Atlantique. Ce qui expliquent qu'ils diffèrent génétiquement des requins de Méditerranée, qui eux sont restés isolés dans des eaux plutôt clémentes.

L'étude souligne aussi que les Carcharodon carcharias de Méditerranée forment une petite communauté avec une très faible variabilité génétique entre les individus. Deux éléments associés à un risque élevé d'extinction à court terme de l'espèce dans cette zone. Les auteurs appellent donc à prendre des mesures urgentes pour la sauvegarder ainsi que pour préserver les autres espèces de requins qui sont également sur la sellette.

Joël Ignasse/Sciences & Avenir (14.02.2020)

 

 

 

 

 

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Publié dans Animaux, Portrait, Biodiversité

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K
Bien triste qu'il soit en danger...
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S
3.2 millions d'années ! Je savais pas que ça vivait aussi longtemps un requin !
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F
En lisant cet article, je suis sincèrement triste pour le grand requin blanc, mais je m'aperçois qu'en même temps je ne peux pas m'empêcher de penser à l'espèce humaine qui suit le même chemin et qui fait chaque jour un pas de plus vers son extinction. Et même en ce moment des pas de plus en plus grands. Mais la différence est énorme entre les deux espèces : l'un est victime, l'autre coupable.
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C
Je suis tout à fait de votre avis Françoise...
Et voilà encore une espèce menacée comme tant d'autres, bien sûr par les hommes....