Le Botswana vend des permis de chasse à l'éléphant aux enchères

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Des enchères pour l'attribution de permis de chasse vont permettre de délivrer des autorisations pour l'abattage de 70 éléphants au Botswana.

Un éléphant dans un point d'eau dans le delta d'Okavango, au Botswana, le 28 septembre 2019. Photo : Monirul Bhuiyan/AFP

Le Botswana, pays d'Afrique australe qui abrite la plus importante population d'éléphants au monde, a tenu vendredi ses premières enchères d'ampleur pour l'attribution de permis de chasse depuis le rétablissement très controversé de la chasse sur son territoire en mai.

La vente, confiée à la société locale Auction It, s'est tenue pendant une heure dans les locaux du ministère de l'Environnement de Gaborone. Elle portait sur sept "lots" de dix éléphants chacun, a indiqué à l'AFP une responsable gouvernementale de la faune, Alice Mmolawa, qui s'est refusée à toute précision sur le nombre de permis vendus, leur prix, ou les vainqueurs des enchères.

Le président Mokgweetsi Masisi a rétabli la chasse aux pachydermes interdite cinq ans plus tôt par son prédécesseur Ian Khama, au nom de la survie de l'espèce. Désormais, jusqu'à 400 pourront être tués chaque année en vertu de permis délivrés par les autorités. Le président botswanais estime que le développement incontrôlé des populations de pachydermes menace les moyens de subsistance, notamment les récoltes, des populations locales.

La saison de chasse doit s'ouvrir en avril.

Ces enchères étaient ouvertes aux "entreprises soit détenues par des citoyens botswanais soit enregistrées au Botswana", a précisé Mme Mmolawa dans un message à l'AFP jeudi. Les candidats devaient faire un dépôt remboursable de 200.000 pula (16.746 euros).

Selon l'annonce officielle de mise aux enchères, ils devaient posséder "une expérience attestée de la chasse à l'éléphant" et ne pas faire l'objet de condamnation pénale pour atteinte à la faune sauvage. De plus, la chasse des éléphants porteurs d'un collier destiné à suivre leurs mouvements, et donc protégés, est interdite et toutes les expéditions devront être accompagnées en permanence par un guide et un chasseur professionnel, selon la même source.

Le retour de la chasse a suscité des réactions passionnées chez les ONG de protection de l'environnement, qui ont obtenu l'interdiction totale du commerce de l'ivoire pour les protéger du braconnage qui les décime.

Il a également avivé les tensions entre le chef de l'Etat et son prédécesseur.

Le rétablissement de l'autorisation de la chasse pourrait "démotiver ceux qui luttent contre le braconnage, à qui l'on dit de protéger les éléphants contre les braconniers alors que le régime braconne les mêmes éléphants en appelant ça de la chasse", a déclaré M. Khama à l'AFP. Audrey Delsink, directrice de l'ONG Humane Society International (HSI) Africa, à Johannesburg, a jugé ces enchères "profondément inquiétantes et contestables". "La chasse n'est pas un moyen efficace à long terme de régulation de la population", a-t-elle affirmé à l'AFP.

Mais Tshepang Mogogoma, un habitant du village de Nata, dans le centre du pays, a dit espérer l'attribution "d'autant de permis de chasse à l'éléphant que possible". "Les éléphants sont une menace dans notre région", a-t-il affirmé à l'AFP. Selon le responsable de la Kalahari Conservation Society, Neil Fitt, la chasse représente une nouvelle source de revenus pour le Botswana mais devra être pratiquée "de manière éthique et correcte".

Coincé entre la Zambie, la Namibie et l'Afrique du Sud, le Botswana abrite environ 135.000 éléphants en liberté, soit un tiers de leur population africaine connue. La richesse de sa faune en fait un sanctuaire très prisé des amateurs de safaris haut de gamme.

 

Sciences & Avenir/AFP  (07.02.2020)

 

 

 

 

 

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Publié dans Animaux, Chasse, Disparition

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Commenter cet article

Jpl 18/02/2020 09:28

Je ne suis vraiment pas certain que les dirigeants africains se préoccupent de leur population humaine, pas plus que de leur population animale dans le cas ci dessus. Il me semble que c’est surtout pour faire rentrer des devises, qui profitent à qui ? Aux agriculteurs ? ,à la population ?, à des intérêts personnels? …cochez la case qui vous paraît la plus probable !

Zoé 17/02/2020 23:30

Bien d'accord avec les commentaires précédents. Nos chasseurs et afficionnados ne sont pas plus reluisants et pour des raisons bien pires et avec la bénédiction des gouvernants. Il n'empéche que c'est ignoble.

Denis 17/02/2020 20:47

Vider un océan avec une petite cuillère relève en soi d'un certain optimisme
Mais, que sur la rive en face, de gros crétins se mettent à rajouter de l'eau
et soudain la tâche, aussi noble fut-elle, s'approche un peu plus de l'impossible.
Tout ça pour dire que face à la crasse bêtise, l'intelligence souvent ne pèse pas lourd !

Cléo 17/02/2020 17:34

C'est triste, mais les commentaires en bas sont pleins de sagesse... L'humain prend indéniablement beaucoup de place...

dominique 17/02/2020 16:55

Arguments apparemment justes mais si l'expansion des éléphants commet des dégâts nuisibles à l'humain, qu'ils aient besoin de grands espaces induit un dilemme car l'expansion des humains étant désormais reconnue comme destructrice , laquelle est la plus préjudiciable à la Planète ?
Néanmoins il y a un problème local pour les paysans pauvres qui ne saurait nous laisser indifférents ! Mais ces chefs d' états africains, luttent-ils dans le même temps pour faire cesser l'exploitation minière (et il n'y a pas que le coltan) qui détruit davantage encore leurs sols tout en exploitant des hommes et des enfants dans des conditions inhumaines..... pour enrichir des multinationales et nous permettre de continuer à vivre en changeant souvent de portable , (ça c'est pour le coltan) , en nous gavant des ressources minières de ces pays sans parler des nourricières !!! Je ne sais pas ce qu'il en est pour le Bostwana mais on peut se poser la question... Tout comme abattre les arbres le long des routes pour éviter les accidents, les loups au lieu d'adapter la vie pastorale, on va tuer les éléphants plutôt que nous demander de changer radicalement notre mode de vie pour protéger l' Afrique !!!!

Domi 17/02/2020 16:11

Triste décision mais le com de Mario est juste.

Mario 17/02/2020 15:14

Vu les pratiques des chasseurs français, je ne me permettrais d'émettre un jugement sur ce qui ce fait dans un pays d'Afrique, par ailleurs très pauvre.
Pour les agriculteurs locaux les dégâts d'éléphants sont une calamité en cas de perte de récolte cela peu signifier ne plus rien avoir à manger pour eux et la bas pas d'indemnité pour compenser les pertes de récoltes.
Facile de crier au scandale du fond de notre confort, beaucoup moins facile de vivre à coté de ces animaux. les éléphants ont besoin de territoires immenses pour vivre et l'espèce humaine ici comme ailleurs grignote ces espaces d'où d'inévitables conflits.

kimcat 17/02/2020 14:52

Ignoble !!! Scandaleux !!