Le sommeil des hiboux

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Dormir en groupe est une pratique peu répandue chez les rapaces nocturnes ; les hiboux moyens ducs sont néanmoins coutumiers du fait - mais uniquement en hiver.

Une des particularités des Hiboux moyens-ducs (Asio otus) est de se regrouper dès l’approche de l’hiver en dortoir constitués de petits groupes variant de quelques individus à plusieurs dizaines… Photos : © Sylvain Cordier (Cliquez pour agrandir)Une des particularités des Hiboux moyens-ducs (Asio otus) est de se regrouper dès l’approche de l’hiver en dortoir constitués de petits groupes variant de quelques individus à plusieurs dizaines… Photos : © Sylvain Cordier (Cliquez pour agrandir)

Une des particularités des Hiboux moyens-ducs (Asio otus) est de se regrouper dès l’approche de l’hiver en dortoir constitués de petits groupes variant de quelques individus à plusieurs dizaines… Photos : © Sylvain Cordier (Cliquez pour agrandir)

Après avoir chassé durant une bonne partie de la nuit, ces oiseaux se regroupent pendant la journée dans un lieu protégé qu’ils connaissent bien. Ces rassemblements diurnes, que l’on appelle « dortoirs », peuvent regrouper de 4 à 6 oiseaux, jusqu’à une cinquantaine. Ils y restent toute la journée, digérant tranquillement leur repas nocturne.

Grâce à son plumage soyeux qui lui assure un vol silencieux, un hibou moyen duc capture jusqu’à quatre petits mammifères par nuit : un dortoir comptant 30 hiboux consomme donc entre 100 et 120 petits rongeurs par nuit ! Qui a dit que la présence du hibou n’était pas utile à l’agriculture ?

Pour le dortoir, le site choisi doit être calme. Mais cette tranquillité n’est pas simple à obtenir, les forêts de feuillus et les bosquets étant particulièrement dénudés. Les conifères hivernaux sont alors souvent le refuge idéal pour se cacher. Il n’est donc pas étonnant de trouver les moyens ducs dans les ifs d’un cimetière ou dans un épicéa isolé en plein village. On les rencontre aussi dans les bouleaux, dans les broussailles des bas-fonds abrités du vent ou dans les vieux saules têtards. Ils restent très fidèles à leur site durant toute la mauvaise saison. Les pelotes de rejection en témoignent : boules cylindriques grises et arrondies au bout, qui constituent les restes de leur repas, ce qu’ils n’ont pas pu digérer (poils, os, dents, griffes…) est régurgité sous leur perchoir. Cet amoncellement finit par trahir leur présence auprès des observateurs que vous pouvez être.

Pour avoir la chance de les admirer, il faudra que vote approche soit silencieuse et circonspecte. Puis en levant le regard, vous apercevrez progressivement les hiboux qui s’étirent en longueur et font la « branche », se confondant ainsi avec le bois de leur reposoir où ils se tiennent parfaitement immobiles. Parfois l’un des hiboux tournera sa tête et vous fixera de ses yeux orangés cherchant à connaitre vos intentions … pacifiques bien sûr !

Les dortoirs sont fréquentés en fonction du climat à partir de la fin octobre jusqu’à la mi-mars et regroupent des hiboux moyens ducs  « locaux » essentiellement sédentaires. Leur effectif est renforcé par l’arrivée de hiboux d’Europe centrale ou du nord qui, eux, manifestent un instinct migrateur les dirigeant vers le sud-ouest en automne. La vie hivernale des hiboux moyens ducs, oiseaux protégés par la loi, se résume donc à peu de choses : des rongeurs pour se nourrir, plusieurs conifères pour se cacher et la compagnie de leurs semblables pour dormir … à condition bien sûr que l’on ne les dérange pas.

 

François Steimer/LPO Info Alsace

« Sous les ifs noirs qui les abritent, les hiboux se tiennent rangés. Ainsi que des dieux étrangers, dardant leur œil rouge, ils méditent ». Charles Baudelaire. Photo : © Sylvain Cordier (Cliquez pour agrandir)

« Sous les ifs noirs qui les abritent, les hiboux se tiennent rangés. Ainsi que des dieux étrangers, dardant leur œil rouge, ils méditent ». Charles Baudelaire. Photo : © Sylvain Cordier (Cliquez pour agrandir)

 

 

 

 

 

 

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D
C'est vrai je l'apprends..avec intérêt et plaisir .
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S
Je connais 2 dortoirs avec une moyenne de 5/6 moyens duc. Un magnifique rapace nocturne. Merci Jean-Louis de nous faire partager ce beau reportage.
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J
Oui on apprend tous les jours ! Merci.
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S
Article très intéressant.
On a eu la chance d'avoir un dortoir de 7 hiboux dans notre jardin pendant 4 ans (en fait dans les conifères du voisin qui débordent chez nous) ; on les voyait dormir le jour (il ne fallait pas trop les observer car ils n'appréciaient pas) et ils se réveillaient le soir pour partir à la chasse.
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Z
Très instructif , j'ignorais tout ça! Merci Jean-Louis . Les photos sont superbes aussi!
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D
quelle belle découverte !
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D
Très Beau et instructif, merci
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J
Article très instructif. Je ne connaissais pas ces habitudes. Merci et bravo pour ces belles photos.
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J
Chouette article -même si en l'occurrence ils s'agit de hiboux...- le l'Ami François que je remercie encore ainsi que Sylvain Cordier pour ses photos ! Cela fait remonter en moi de très anciens souvenirs de tournées de facteur : c'était à Dachstein-Gare (fin des années 70), il y avait un tel dortoir sur mon circuit et, chaque fois que j'y passais je m'arrêtais pour admirer les hiboux ainsi rassemblés... A l'époque je ne pratiquais pas la photo ou si peu : il ne m'en reste donc que le souvenir et il est toujours là !
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J
Est-ce un effet de mon daltonisme ? Contrairement à Beaudelaire je voyais l’œil du hibou plutôt orange que rouge...