La zoophilie, une pratique interdite par la loi mais répandue sur Internet

Publié le par Jean-Louis Schmitt

L’association Animal Cross dénonce la difficulté à faire valoir devant les tribunaux les cas de sévices de nature sexuelle sur animaux, et appelle à renforcer la législation.

Lors d’une manifestation, à Ankara, pour la pénalisation de la zoophilie, en juin 2018, après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo montrant le viol d’un chien. Photo : © Adem Altan/AFP

Elle est tour à tour traitée comme un sujet grivois ou de dégoût, mais le plus souvent, elle est ignorée. La zoophilie est pourtant une pratique bien réelle, qui entraîne des maltraitances pour les animaux qui en sont victimes et trouve sur Internet une caisse de résonance sans filtre. L’association de protection animale Animal Cross, après une enquête d’un an sur le sujet, alerte sur les conséquences de ces actes et appelle à renforcer la législation existante. Les sévices de nature sexuelle sur animaux sont interdits par la loi du 9 mars 2004, passibles de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. Mais très rares sont les cas jugés devant les tribunaux. La pratique s’opérant à l’abri des regards, les signalements sont peu nombreux, et quand ils le sont, les preuves sont difficiles à apporter.

Pour les animaux, les conséquences sont multiples. Marjolaine Baron, docteure vétérinaire, a consacré une thèse à la zoophilie, distinguée par un accessit de l’Ordre national des vétérinaires. « Les lésions sont essentiellement physiques et anatomiques, sur les parties anales ou vaginales, explique la praticienne. Mais on peut aussi avoir des oreilles fibrosées, car ces parties servent parfois de poignées, ou bien des hématomes, car l’animal se débat. » Les actes s’accompagnent parfois de zoosadisme avec volonté de torturer l’animal, et pour certaines espèces, les incompatibilités anatomiques entraînent la mort de l’animal. « On a aussi beaucoup de cas où il n’y a aucune lésion. Cela rend le diagnostic difficile à poser », poursuit Marjolaine Baron, qui regrette de n’avoir jamais été sensibilisée à ces maltraitances lors de ses études.

Quelle est l’ampleur de la zoophilie ?

Difficile de répondre à cette question. En France, aucune enquête épidémiologique ne s’est penchée sur cette pratique. L’étude la plus citée a été réalisée aux Etats-Unis en… 1948 et 1953. Il s’agit des « Rapports Kinsey », qui avaient alors fait date en matière d’étude sur la sexualité des Américains. Selon l’enquête du docteur Alfred Kinsey, portant sur 5 300 hommes et 5 800 femmes, 8 % des hommes et 3 % des femmes de l’échantillon déclaraient avoir eu au moins un contact sexuel avec un animal.

1,6 million de visites mensuelles

Les rapports Kinsey ne peuvent nous renseigner sur l’étendue actuelle des actes zoophiles, mais l’activité en ligne des zoophiles est très soutenue, avec divers degrés d’implication, entre voyeurisme de vidéos, demande de renseignement sur des forums ou publication de petites annonces. Animal Cross s’est penchée sur le trafic des sites spécialisés, dont la plupart sont accessibles par une simple recherche de mots-clés et ne nécessitent ni carte bancaire, ni inscription, ni même indication d’âge.

En utilisant un outil de calcul d’audience, Similarweb, Animal Cross estime que ces sites réalisent 1,6 million de visites mensuelles depuis la France – le nombre de visiteurs uniques, lui, ne pouvant être calculé. Ce chiffre reste approximatif, seuls les hébergeurs eux-mêmes disposant de données de trafic précises, mais il donne un ordre de grandeur de l’audience de ces sites. La consommation d’images zoophiles est en réalité plus élevée car les grandes plates-formes pornographiques en ligne comptent également des sections « zoo » et diffusent largement des images zoopornographiques.

La gynécologue Ghada Hatem, fondatrice de la Maison des femmes à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et investie dans la protection des mineurs contre les images pornographiques, a pu le constater en effectuant des interventions dans des collèges et lycées : « Il est arrivé plusieurs fois qu’on me demande : Madame, c’est vrai que les femmes aiment avoir des relations avec les animaux ?”, s’étonne-t-elle. Les enfants ont tous regardé du porno, et ils regardent tout, y compris les choses les plus hors norme. Comme ils n’ont pas de décodeur, ils pensent que c’est ça, le sexe. » Pour cette médecin, il y a un risque psychique important : « Ce sont des images de sexe violent, détestables avec les animaux et humiliantes pour les femmes représentées », avertit-elle.

Anonymat sur le Net

Au-delà du visionnage d’images, voulu ou dû au hasard, Internet offre l’anonymat à une communauté de zoophiles plus engagés, et facilite leur mise en relation. Sur plusieurs forums spécialisés, des internautes s’échangent des conseils pour choisir un animal, mais aussi des informations médicales ou juridiques pour échapper aux signalements des professionnels et postent des petites annonces, pour proposer ou chercher une bête, un partenaire, un garage et une caméra… Une activité qui s’apparente, selon Animal Cross, au cyber-proxénétisme. L’association a recensé le nombre d’inscrits sur les principaux forums dédiés. La durée de vie de ces plates-formes de discussion étant variable, certaines fermant, d’autres étant créées, Animal Cross considère qu’il y a, de façon régulière, 10 000 membres inscrits sur ces sites francophones.

Aline (le prénom a été modifié) a infiltré pendant trois ans ces réseaux, de 2013 à 2016. Simple particulière investie dans la protection animale, elle tombe un jour par hasard sur une pétition illustrée par une image d’acte zoophile. « J’ai trouvé ça atroce. Je suis allée dans ma barre de navigation, j’ai tapé zoophilie et là, je suis entrée dans le musée des horreurs. » De fil en aiguille, elle apprend à décrypter les petites annonces et découvre un univers parallèle, avec ses codes et son langage. « Parmi les zoophiles, on trouve des personnes de tous âges, toutes orientations sexuelles, femmes et hommes, urbains et ruraux, des personnes seules ou en couple. Mais quand j’en parlais autour de moi, les gens n’avaient aucune idée que cela existait. » Avec l’aide de la Société protectrice des animaux de Paris, Aline constitue des dossiers sur des internautes dont elle a pu obtenir l’identité et les coordonnées – tout en se gardant de les rencontrer physiquement. Captures d’écran à l’appui, huit plaintes sont déposées sur la période : toutes seront classées sans suite, les preuves manquant ou l’infraction n’étant pas suffisamment caractérisée.

« C’est tout le problème des enquêtes en la matière. Malgré le fait d’apporter des SMS et messages écrits, il reste très compliqué de prouver le passage à l’acte », avance Benoît Thomé, président d’Animal Cross. L’association a épluché quelques dizaines de cas jugés devant les tribunaux ces quinze dernières années. Sur dix-sept cas, onze ont conduit à une condamnation ; la prison ferme n’a été prononcée que dans un seul cas. Dans tous ces cas, l’animal a été pénétré.

Une proposition de loi sur la condition animale

La jurisprudence est beaucoup moins claire sur les cas inverses, ou lorsqu’il y a contact sexuel sans pénétration. « On voit que l’arsenal préventif et répressif n’est pas du tout assez dur », considère le député du Nord (LREM) Dimitri Houbron, qui a rédigé plusieurs articles qu’il compte défendre au sein une future proposition de loi sur la condition animale du groupe majoritaire. Pour M. Houbron, il faut spécifier, dans la loi, la définition des sévices sexuels sur animaux, afin de remédier au flou juridique existant et réprimer la diffusion des images et vidéos représentant de tels actes. Et afin de lutter contre les petites annonces en ligne, le député et Animal Cross défendent l’idée d’étendre aux animaux la protection juridique en vigueur sur le proxénétisme.

Il reste aussi à sensibiliser les professionnels intervenant auprès des animaux. Pour Marjolaine Baron, les vétérinaires sont en première ligne pour détecter ces possibles maltraitances : « Je compare notre rôle à celui des pédiatres ou médecins à l’époque où on commençait tout juste à parler de pédophilie. » Avec une différence : si les vétérinaires comme les médecins sont soumis au secret professionnel, les derniers sont autorisés à le rompre s’ils sont confrontés à une atteinte à la personne. Or, bien que les animaux soient reconnus comme êtres vivants doués de sensibilité, ils sont juridiquement soumis au régime des biens. Pour les vétérinaires, les possibilités de s’affranchir du secret professionnel sont beaucoup plus limitées.

Marjolaine Baron en fait une question de société. « On doit tous se sentir concernés. Il peut y avoir des risques de transmission de maladies vénériennes à l’humain et c’est de plus en plus documenté qu’une personne violente envers les animaux a de fortes tendances à être violente envers les gens », avertit-elle. Pour la vétérinaire, loin d’un sujet tabou ou de plaisanterie, « la zoophilie doit être une sonnette d’alarme pour prévenir les comportements nuisibles à autrui ».

Mathilde Gérard/Le Monde (27.01.2020)

 

Pétition d'Animal Cross : https://www.mesopinions.com/petition/animaux/vider-internet-contenus-zoophiles/79479?fbclid=IwAR2cb3oBYdmEaRfhsSyu0QW4_cT0MLnIU1iCcX2xtKx7IiNxHlh4oWq9uFU

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Animaux

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M
Ah, on me chuchotte dans l'oreillette que Benoit Thomé, le président de l'asso Animal Cross, qui porte ce dossier, aurait envoyé une photo de son anatomie à une fille de 15 ans ! C'est impréssionnant ce qu'on trouve quand on fait les poubelles de ces inquisiteurs de la moral. Tous des menteurs!<br /> <br /> https://www.sudouest.fr/2020/10/10/le-corbeau-denonce-un-riverain-pervers-7946040-4344.php
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K
C'est l'abomination !!<br /> Ces gens sont des malades, des pervers !! J'oserais écrire "des déchets humains"...Comment peut-on être dépravé à ce point-là ? Quel dégoût !! Et ces gens-là ne peuvent pas se comporter comme il faut avec leurs congénères... <br /> C'est effrayant et épouvantable... <br /> Je vais signer la pétition
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C
Encore un sujet qui dépasse ce que la plupart d'entre nous imaginent ! C'est pourtant une réalité -une de plus- des comportements déviants de certains de nos pairs... Dommage que peu de procès aboutissent à de véritables condamnations : j'ai signé une pétition sur ce sujet émanant d'Animal Cross ( https://www.mesopinions.com/petition/animaux/vider-internet-contenus-zoophiles/79479?fbclid=IwAR2cb3oBYdmEaRfhsSyu0QW4_cT0MLnIU1iCcX2xtKx7IiNxHlh4oWq9uFU ) et je vous invite bien sûr à faire de même...
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J
Bonjour Claire,<br /> Merci pour votre commentaire ! Je viens d'ajouter la pétition en question à la suite de l'article : les lecteurs y auront ainsi accès très rapidement ! <br /> Bien à vous.
F
C'est effrayant, mais montre à quel point notre "humanité" est désorientée et dans la détresse...une faim de sens que l'on comble désespérément avec n'importe quoi. Mais ces pratique ne sont pas nouvelles, je ne sais pas s'il y a des études historiques sur le sujet... il me semble avoir vu des statuettes dans des musées en Grèce, en Italie et en Inde sur certains temples qui étaient assez explicites sur ces pratiques...
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R
A vomir... Comment peut-on même y penser.... Il n y a pas de mots !
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D
J'avoue, je n'ai pas voulu lire, si on peut faire qq chose contre je le ferai pour les animaux, mais lire ça, j'en suis incapable c'est trop immonde, d'ailleurs le mot est faible, je ne trouve pas les mots, y en a-t-il d'ailleurs? La triste humanité peut-elle descendre encore plus bas!
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Z
L'Humain-e n'est vraiment jamais à court de monstruosités!
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O
On apprend des choses tout à fait surprenantes sur ce blog. J'en reste sans voix. Dois-je me sentir légèrement honteux dorénavant quand je fais un petit bisou à mon matou préféré? J'espère aussi que MM. Polanski et Matzneff ne se sont pas rendus coupables en plus de relations inappropriées avec leurs dalmatiens car je n'ose imaginer le tollé dans les gazettes.
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L
je n'ai même pas de mot pour ces ignominies ; et comme d'habitude ceux qui s'en prennent aux animaux ne sont pratiquement pas punis :(
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J
Sujet vaguement tabou mais, pourtant, bien réel ! Le manque de condamnation de ces pratiques déviantes n'incite évidemment pas leurs auteurs à se poser des questions sur eux-mêmes et, encore moins,à se faire soigner...
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