Des perroquets youyous aux portes de Paris

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Le volatile africain a été observé par un de nos collègues en banlieue sud. Un nouvel exemple des capacités d’adaptation de ces oiseaux aux villes européennes.

Nous l’avons d’abord écouté en souriant. Puis nous nous sommes rappelé que notre collègue Jean-Marie Audin était un passionné d’ornithologie depuis longtemps. Aussi, quand il affirmait avoir repéré, début janvier, un couple de youyous du Sénégal dans le tilleul de son jardin de Draveil (Essonne), puis sur la mangeoire habituellement prisée par les perruches à collier, peut-être fallait-il y prêter attention. Après vérification de ses photos, il a fallu en convenir : un de ces perroquets africains avait bel et bien pris ses quartiers dans la banlieue sud de Paris.

Un perroquet youyou sur une mangeoire à Draveil (Essonne), en janvier. Photo : Jean-Marie Audin (Cliquez pour agrandir)

Un perroquet youyou sur une mangeoire à Draveil (Essonne), en janvier. Photo : Jean-Marie Audin (Cliquez pour agrandir)

Cette observation ne constitue pas une première. Star des volières, apprécié pour ses acrobaties autant que pour le vert vibrant de ses plumes, Poicephalus senegalus s’arrache pour plus de 200 euros dans les oiselleries. Mais pour peu que vous oubliiez de refermer la cage, il n’hésite pas ! Entre 2004 et 2010, plusieurs couples se sont ainsi fait la belle dans le sud de la capitale. Trois ont niché dans la forêt de Ferrières-en-Brie (Seine-et-Marne), un autre a été observé avec des jeunes, à Longjumeau (Essonne). Puis ils ont disparu. Des individus isolés ont de nouveau été repérés en 2015 et en 2017. « Mais nous n’avions plus reçu de signalements depuis lors », indique Frédéric Malher, délégué régional Ile-de-France de la Ligue de protection des oiseaux.

Dans plusieurs cités européennes

Avec ses 20 à 26 centimètres de long, son plumage vert et sa tête grise, le volatile africain s’est déjà installé dans plusieurs cités européennes. A Barcelone et Alicante, en Espagne, dans plusieurs villes du Portugal ou encore à Bruxelles. Ses populations demeurent toutefois réduites. D’autres perruches et perroquets originaires des tropiques se sont en revanche imposés en nombre. Le site Ornithomedia.com en a dressé la liste.

La perruche à collier en constitue le cas emblématique. Repérée de façon épisodique depuis plusieurs décennies, son nombre a explosé dans les années 2010. Elles seraient quelque 10 000 dans différentes grandes villes françaises, dont 7 000 en région parisienne. En Europe, la population avoisinerait les 85 000 individus. D’autres psittacidés les ont imitées. Les conures veuves, originaires d’Amérique, ont ainsi envahi l’Espagne : elles seraient quelque 18 000 dans l’ensemble du pays. La perruche Alexandre, venue d’Asie, a élu domicile en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas. L’amazone à tête jaune a visé plus serré et opté pour Stuttgart. La cinquantaine d’oiseaux qui y nichent semblent, il est vrai, issue d’un même couple, échappé du zoo de la ville. Inséparables à Saint-Jean-Cap-Ferrat, conures à tête bleue à Londres, ailleurs des perruches ondulées, ou omnicolores, et même des gris du Gabon : « Ce sont les hasards des bestioles échappées, dit Frédéric Malher. Huit ou neuf espèces de psittacidés ont été recensées en Europe. ».

Perruche à collier (Psittacula krameri) photographiée à Eaubonne (95). Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

Perruche à collier (Psittacula krameri) photographiée à Eaubonne (95). Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

Leur problème est moins la température que l’absence de nourriture, notamment d’insectes »

Mais comment résistent-elles à nos hivers ? « En réalité, leur vrai problème est moins la température que l’absence de nourriture, notamment d’insectes, poursuit l’ornithologue. Le succès de la perruche à collier vient entre autres de sa capacité à manger des marrons. » Particulièrement intelligents et adaptables, capables de varier les régimes comme les nichoirs, perroquets et perruches profitent également des boules de graisse déposées dans les mangeoires pour les passereaux, le tout en l’absence de prédateurs.

Font-ils alors courir un risque aux espèces endémiques, en monopolisant nourriture et cavités ? « A Bruxelles et Londres, qui ont plus de recul que nous, leur population a atteint un plateau, et aucun effet n’a été enregistré sur les pigeons et sittelles, indique M. Malher. A Séville, en revanche, elles ont décimé les grandes noctules, en découpant les ailes de ces chauves-souris. » Encore faudrait-il que les youyous s’installent en nombre. Et on en est encore loin. Après un séjour de trois jours, le couple de volatiles a disparu du jardin de Jean-Marie Audin…

 

Nathaniel Herzberg/Le Monde (19.01.2020)

 

 

 

 

 

 

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D
Ah Jean-Louis moi aussi ça m'attriste énormément; on espère encore ?????
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C
La biodiversité aurait donc en quelque sorte tendance à s'étoffer dans certains secteurs : je ne suis pas certaine que les puristes voient ces nouveaux venus d'un très bon œil ! Ainsi, les perruches à collier sont considérées comme "invasives" : les youyous ont de fortes "chances" de les rejoindre... En attendant, vive les mangeoires qui permettent parfois d'insolites observations !
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K
Eh bien c'est un scoop !<br /> Draveil, pas loin de chez mes parents qui sont à Ste Geneviève des Bois.<br /> Ils voient assez souvent des perruches dans les arbres...
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D
J'écris surtout, tout en ayant une pensée pour Jaco, au sujet de "ton" renard Jean-Louis; s'il réapparaît dis-le nous vite !
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J
Sur les photos des 3 dernières semaines, point de renard... Les battues de chasse ont sans doute fait de nombreuses victimes parmi cette espèce et cela me fend le cœur...
D
on voit des perroquets en ville au Mexique mais c'est sans doute plus normal...
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J
Nous avons effectivement beaucoup de perruches à collier , ce matin, une troupe d’une vingtaine d’individus est passé au dessus du jardin et il y en a toujours 6 à 8 à proximité de la mangeoire.<br /> J’ai pu aussi en observer une variante bleue ( mutation fréquente). Les pigeons ne paraissent pas impactés et au contraire ils attendent l’arrivée des perruches car elles partagent en faisant tomber des graines de la mangeoire. Elles ne semblent pas déranger les autres oiseaux qui viennent se ravitailler : mésanges, moineaux, sittelles, pinsons, pic épeiche, rouge gorge, ni ceux qui ne fréquentent pas la mangeoire : merles, étourneaux, grives, grimpereaux, pics vert et noir, pies, corneilles, rouges queues …<br /> Nous avons aussi eu des jeunes perruches l’an dernier.
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J
Nous sommes dans une zone assez éloignée des pesticides, avec la forêt à côté et pas de chasse. <br /> J’espère que chez vous c’est comme jules que nous n’avons pas vu pendant 7 mois puis retour...avec des copains à lui qui eux viennent tous les soirs. <br /> Ce qui est frappant, ce sont les nouvelles nidifications proches du jardin, en particulier « mésanges » à longue queue, nonnettes et pinsons. À vérifier au prochain printemps pour voir si ça se confirme.
J
Merci Jean-Paul : de toute évidence, vu l'affluence, la "table" est bonne chez toi aussi ! C'est chouette !<br /> En revanche, plus de renard chez nous depuis plus d'un mois : j'en suis profondément meurtri...
M
Super cet article, enfin des oiseaux qui s'échappent de leurs cages, et qui s'adaptent dans le milieu où ils ont été amenés. Bravo pour cet amis des oiseaux
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J
Merci pour votre fidélité et les nombreux articles que vous partagez !
S
Attention que Jaco ne s'échappe pas aussi !
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J
Ce serait dommage : nous avons déjà partagé plus de 20 années ensemble et je crains qu'il ne s'adapterait pas aussi aisément que les perruches à collier ou ces Youyous du Sénégal...
J
Il y a quelques jours tu nous écrivais que les loups spnt entrés dans Paris. Aujourd'hui, ce sont les youyous qui sont entrés dans Paris. Que prévois tu pour demain?
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J
Hé, hé, va savoir !