Comment l’industrie agroalimentaire se passe de l’additif E171

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Egalement connu sous le nom de dioxyde de titane, il était très présent dans les bonbons, confiseries de chocolat ou chewing-gum jusqu’à sa suspension en France au 1er janvier.

L’usine du groupe Mars, à Haguenau en Alsace, le 19 juin 2014. Les travaux de réaménagement des lignes de production des bonbons M & M’s sont encore en cours. Photo : Patrick Hertzog/AFP

Ne cherchez plus l’E171 dans la liste des ingrédients des produits alimentaires. Depuis le 1er janvier, cet additif également connu sous le nom de dioxyde de titane (Ti02) n’est plus autorisé dans les rayons des magasins en France. Une décision qui a contraint grands groupes mais aussi PME et artisans à revoir leurs recettes.

Quand l’ONG « Agir pour l’environnement » avait fait pression, en 2017 sur le gouvernement français, pour qu’il inscrive dans la loi cette suspension d’utilisation, elle avait référencé près de 200 produits contenant des nanoparticules de dioxyde de titane. Essentiellement dans les rayons bonbons, confiseries de chocolat, chewing-gum, biscuits et crèmes glacées. En décembre 2019, elle n’en comptabilisait plus que 27.

Dans l’usine du groupe Mars, à Haguenau en Alsace, les travaux de réaménagement des lignes de production des célèbres bonbons M & M’s sont encore en cours. Ils devraient s’achever fin juin 2020 pour la version tout chocolat. Mais les déclinaisons de la marque destinées au marché français sont déjà sans E171. La suppression de l’additif controversé n’a pas été une tâche aisée.

Des effets possiblement cancérogènes

Et pourtant, cet ingrédient n’a aucune valeur nutritive ou gustative. « Il est utilisé pour deux caractéristiques principales, sa propriété de blanchissement avec à la clé un blanc très éclatant, ou pour son coté brillant, “glossy” », explique Vincent Bruart, directeur marketing de Sucralliance, une PME qui a racheté le confiseur nordiste Verquin et sa marque de bonbons « Têtes brûlées ».

Ce groupe s’est distingué en bannissant le TiO2 dès 2017. Juste après la publication par des chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) d’une étude mettant en évidence des effets possiblement cancérogènes de cette substance présente sous forme de nanoparticules. « Nous l’utilisions dans certaines recettes de la marque Têtes brûlées, en particulier pour le bonbon Star, qui est glossy comme un rouge à lèvres. Nous avons cherché des palliatifs, nous n’en avons pas trouvé, donc le produit est aujourd’hui plus terne », raconte M. Bruart qui ajoute : « Nous avons eu un pic de réclamations des clients à la suite de la modification de la recette mais nous leur avons répondu en leur expliquant les raisons de ce changement d’aspect. » Sucralliance, qui revendique un chiffre d’affaires de 80 millions d’euros, estime que ses ventes n’en ont finalement pas été affectées.

Pour d’autres industriels, il était impensable de modifier l’aspect de leur produit que les clients mangent d’abord avec les yeux. Le chemin a donc été plus long pour eux. A l’exemple du groupe italien Perfetti Van Melle (Mentos, Chupa Chups) dont le chiffre d’affaires atteint 2,4 milliards d’euros. Selon Sonia Depoilly, responsable de la filiale française, « le dioxyde de titane donne une coloration blanche, brillante, très agréable à l’œil. Cela a été un vrai casse-tête de s’en affranchir, cela nous a pris plus de trois ans ». Pour le remplacer, l’italien a opté pour le xylitol, un édulcorant issu de l’écorce de bouleau. « Il est aussi très blanc, mais il faut désormais huit à dix couches d’enrobage contre une avec le TiO2 », ajoute-t-elle.

Un changement qui coûte cher

Le confiseur italien, qui a supprimé l’E171 dès 2018, reconnaît avoir été très questionné par les consommateurs début 2019, lorsque le sujet a été fortement médiatisé. Au moment même où le gouvernement tergiversait avant de publier l’arrêté de suspension. Et alors que l’engouement pour les applications nutritionnelles comme Yuka incitait les Français à décrypter et à s’interroger sur les compositions des produits alimentaires. « Les ventes de Mentos ont progressé de 11 % en deux ans, alors que le marché du chewing-gum en France baissait de plus de 8 % », se réjouit Mme Depiolly.

Un tel changement coûte cher. A Haguenau, Mars a investi 44 millions d’euros depuis fin 2018 pour s’affranchir du TiO2. « Quand vous regardez les M & M’s, vous voyez les belles couleurs, le côté peps. On part de la cacahuète, on ajoute une couche de chocolat marron, et puis on veut une couleur jaune ou verte. Si on la met directement sur le chocolat, elle va se mélanger. Il faut donc une couche opaque avant de déposer la couleur. Le dioxyde de titane formait cette couche opaque », explique Stéphanie Domange, PDG de Mars Wrigley France.

L’amidon de riz a été sélectionné comme ingrédient de remplacement mais le process a dû être modifié. Avec l’ajout d’une étape de saupoudrage de sucre glace sur la couverture de chocolat et la mise en place de l’enrobage avec l’amidon de riz.

Le géant alimentaire a également investi 70 millions d’euros pour convertir ses autres usines en Europe. En revanche, pas question de supprimer l’E171 outre-Atlantique. « Les consommateurs n’ont pas la même sensibilité aux Etats-Unis sur la question du dioxyde de titane ou des colorants artificiels, précise Mme Domange. Nous envisageons de supprimer tous les colorants artificiels en Europe d’ici à 2025. »

L’E171 toujours présent dans d’autres produits alimentaires

La décision de la France de suspendre au 1er janvier l’additif E171, formé de nanoparticules de dioxyde de titane (TiO2), ne concerne que les produits alimentaires. Le E171 est présent dans d’autres produits d’usage courant, notamment dans les dentifrices, comme l’a montré une enquête de l’association « Agir pour l’environnement » signalant la présence de l’additif dans deux tiers des dentifrices vendus en France, ainsi que dans les médicaments, notamment sous forme de gélules. En 2017, l’UFC-Que choisir avait mis en évidence la présence de ce colorant dans 4 000 références de médicaments. Le dioxyde de titane est également très présent dans les peintures et matériaux de construction.

Laurence Girard/Le Monde (27.01.2020)

 

 

 

 

 

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Publié dans Consommation

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C
Oui, j'en ai même trouvé dans du dentifrice bio (??), comme quoi, même dans les produits bio, il faut regarder la composition.
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S
En attendant, on pollue notre corps avec ce dioxyde de titane via les comprimés et gélules des médicaments.<br /> Peut-être y aura-t-il un nouveau scandale sanitaire dans les prochaines décennies ?
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D
mieux vaut ne pas penser à la composition de ce qu'on mange !
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J
Bonne avancée . Mais qu'est ce que nous avalons comme cochonneries!
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Z
Sans doute est-ce un bon début mais outre d'autres " cochonneries" , ces bonbons contiennent aussi pour la plupart de la graisse animale et de la gélatine de porc alors végétariens s'abstenir !
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C
La famille des "E" est loin de se limiter à cette dioxine de titane... Peut-être que si les acheteurs savaient toutes les cochonneries que contiennent ces "friandises", ils s'abstiendraient d'en consommer ? Mais, rien n’est moins sûr…
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J
Comme quoi, quand on veut, on peut...
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