Climat : l’avertissement australien

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Vivre au quotidien un masque filtrant sur le nez, dans des villes ou des villages cernés par les flammes, dans la hantise de l’accident respiratoire et de la destruction de son habitat et de son environnement. Le calvaire enduré par les Australiens préfigure notre avenir si nous ne parvenons pas à maîtriser le changement climatique…

Près de Bombala, en Nouvelles-Galles-du-Sud, le 31 décembre 2019. Photo : Andrew Quilty pour Le Monde. (Cliquez pour agrandir)

Près de Bombala, en Nouvelles-Galles-du-Sud, le 31 décembre 2019. Photo : Andrew Quilty pour Le Monde. (Cliquez pour agrandir)

Depuis plus de quatre mois, le sud-est de l’île-continent vit dans une atmosphère de fin du monde, sous un ciel gris obscurci par la fumée des incendies. Déjà, 80 000 km2 de forêts – l’équivalent de l’Irlande – ont disparu, vingt-huit personnes sont mortes et deux mille habitations ont été détruites.

Choqués, des rescapés rencontrés par Le Monde restent hantés par le cri des koalas et des kangourous blessés à mort par les flammes. Car les pertes pour la biodiversité sont immenses : plus d’un milliard d’animaux morts, la forêt d’eucalyptus des montagnes Bleues largement détruite, tout comme celle, tropicale, de Gondwana, elle aussi inscrite au Patrimoine de l’humanité par l’Unesco.

L’avertissement australien apparaît particulièrement dérangeant, non seulement parce que les incendies ont pris une ampleur cataclysmique telle que l’on n’entrevoit même pas leur terme, mais aussi parce que ce sont des pans entiers de l’un des plus beaux conservatoires de la nature de la planète qui partent en fumée.

Certes, la sécheresse et les incendies qu’elle favorise font partie du paysage de l’été austral. Mais l’ampleur exceptionnelle de la catastrophe conduit indubitablement à mettre en cause le dérèglement climatique, que les responsables politiques australiens, notamment l’actuel premier ministre conservateur, Scott Morrison, considèrent avec scepticisme. Résultat de leurs politiques complaisantes à l’égard des pollueurs et oublieuses des engagements environnementaux : l’Australie, premier producteur de charbon du monde, est l’un des plus gros émetteurs de CO2 par habitant de la planète.

Un kangourou blessé avec un bébé dans sa poche, Kelly Donithan, de Humane Society International, avec un bébé koala secouru sur l’île Kangourou, un militaire porte un koala blessé dans l’hôpital de fortune installé sur l’île Kangourou, de jeunes kangourous et wallabys rescapés, à la clinique zoologique de Beerwah,.. Photos : Tracy Nearmy, Peter Parks et Stringers (Reuters). (Cliquez pour agrandir)
Un kangourou blessé avec un bébé dans sa poche, Kelly Donithan, de Humane Society International, avec un bébé koala secouru sur l’île Kangourou, un militaire porte un koala blessé dans l’hôpital de fortune installé sur l’île Kangourou, de jeunes kangourous et wallabys rescapés, à la clinique zoologique de Beerwah,.. Photos : Tracy Nearmy, Peter Parks et Stringers (Reuters). (Cliquez pour agrandir)Un kangourou blessé avec un bébé dans sa poche, Kelly Donithan, de Humane Society International, avec un bébé koala secouru sur l’île Kangourou, un militaire porte un koala blessé dans l’hôpital de fortune installé sur l’île Kangourou, de jeunes kangourous et wallabys rescapés, à la clinique zoologique de Beerwah,.. Photos : Tracy Nearmy, Peter Parks et Stringers (Reuters). (Cliquez pour agrandir)Un kangourou blessé avec un bébé dans sa poche, Kelly Donithan, de Humane Society International, avec un bébé koala secouru sur l’île Kangourou, un militaire porte un koala blessé dans l’hôpital de fortune installé sur l’île Kangourou, de jeunes kangourous et wallabys rescapés, à la clinique zoologique de Beerwah,.. Photos : Tracy Nearmy, Peter Parks et Stringers (Reuters). (Cliquez pour agrandir)

Un kangourou blessé avec un bébé dans sa poche, Kelly Donithan, de Humane Society International, avec un bébé koala secouru sur l’île Kangourou, un militaire porte un koala blessé dans l’hôpital de fortune installé sur l’île Kangourou, de jeunes kangourous et wallabys rescapés, à la clinique zoologique de Beerwah,.. Photos : Tracy Nearmy, Peter Parks et Stringers (Reuters). (Cliquez pour agrandir)

" Tchernobyl climatique "

Or il n’est plus temps de douter : si le réchauffement climatique n’est pas l’unique cause des incendies en Australie, il en est l’un des puissants facteurs aggravants. Le cas de ce continent est particulièrement complexe, car il connaît de fortes variations de climat, essentiellement dues au courant côtier saisonnier chaud El Niño, qui explique en soi la survenue d’épisodes de sécheresse extrême. Mais il est avéré que les températures record, directement liées, elles, au changement climatique, favorisent les incendies et augmentent leur gravité.

Ces réserves spécifiques à l’Australie ne valent ni pour l’ouest des Etats-Unis ni pour le Canada, l’Amazonie, la Scandinavie ou la Méditerranée. Dans toutes ces zones, le poids du changement climatique planétaire lié aux émissions de gaz à effet de serre se révèle déjà plus lourd que celui de la « variabilité naturelle » du climat local.

L’embrasement du Sud-Est australien est en réalité un signal d’alarme pour toute la planète. Il annonce « ce que pourraient être les conditions normales dans un monde futur qui se réchaufferait de 3 °C », avertit Richard Betts, le professeur de météorologie britannique qui vient de faire la synthèse de cinquante-sept études récentes portant sur l’impact du changement climatique sur les incendies.

Continuer de se voiler la face, ce serait perdre du temps pour mettre en œuvre les politiques aptes à éviter l’avènement du monde apocalyptique que préfigure le « Tchernobyl climatique » décrit par l’écrivain Richard Flanagan. Il faut transformer l’avertissement australien en mobilisation pour la planète.

Le Monde (18.01.2020)

Ryan Tate et son chien Taylor cherchent les koalas blessés, à Taree, en Nouvelle-Galles du Sud… Photo : Tate Animal Training Enterprises (Reuters) (Cliquez pour agrandir)

Ryan Tate et son chien Taylor cherchent les koalas blessés, à Taree, en Nouvelle-Galles du Sud… Photo : Tate Animal Training Enterprises (Reuters) (Cliquez pour agrandir)

 

 

 

 

 

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K
Il y a de quoi s'alarmer et s'inquiéter.
Bonn début de semaine Jean-Marie
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C
Terrible constat ! Que "Le Monde" en parle ainsi est une bonne chose puisque ce journal est beaucoup consulté dans la sphère politique ! Aura-t-il pour autant un impact salutaire ? Rien n'est moins sûr...
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S
Les journalistes TV devraient en parler tous les jours aux infos, pour que ça rentre bien dans la tête des gens et des gouvernements.
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N
Tout est dit dans cet article
Merci Jean Louis
En attendant mes pensées vont a tous ces animaux en souffrance, aux associations qui essayent de les soigner.
Quant aux gouvernements ils n'ont qu'un mot en tête profit c'est terrifiant
Nous sommes en fureur mais totalement impuissant
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C
Ouf! C'est un article choc... et bien trop réaliste, malheureusement. Les gouvernements n'ont plus le choix d'agir...
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D
tu fais bien de publier cet article, c'est plus qu'un signal d'alarme, la catastrophe annoncée est déjà là dans une grande ampleur alors que saison après saison, pays après pays, les forêts disparaissent en aggravant encore la pollution qui via le réchauffement climatique a généré les incendies, un vrai cercle vicieux !
C'est pourquoi, quand on défend l'environnement, il ne faut pas se disperser. Par exemple, il faut unir les forces des gens qui veulent protéger la forêt, qui ont un certain sens de l'écologie : nous sommes tous concernés, randonneurs et naturalistes, sportifs et ... chasseurs, écolos et pique-niqueurs du dimanche. Nous devons tous représenter une force et donner l'exemple, par exemple en allant se balader en forêt à vélo !
J'ajouterai que les agriculteurs que je n'avais pas cités ont un rôle à jouer, il conviendrait de restaurer le pacage en sous bois, excellent moyen de débroussailler et donc de prévenir les incendies. Mais ces éleveurs susceptibles d'améliorer la sécurité en forêt seront peut-être aussi des nemrod et il faudra bien qu'ils trouvent un débouché à la viande produite...
où est le temps où les cochons allaient manger les glands sous les chênes ?
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D
Mais Tchernobyl n'a pas fait réfléchir les gouvernants, et oui Jean-Louis ils sont hors sol préoccupés par les prochaines élections entre autres; si on nous avait décrit il y a quelque temps ce qui se passe en Australie nous aurions eu du mal à y croire et si nous y avions cru nous aurions immédiatement pensé: si un drame d'une telle ampleur se produit le monde entier comprendra, les gouvernants comprendront et agiront vite vite...et ben non !!!!
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Z
Atroces conséquences de l'impéritie et de la cupidité humaines ! Je n'arrête pas de penser à toutes ces petites victimes innocentes . Les lobbys et autres engeances du même acabit doivent être en train de chercher surtout comment protéger leurs actionnaires et leur pognon.
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J
Très bon article qui ne mâche pas ses mots et nous renvoie à notre responsabilité collective ! La formule " Tchernobyl climatique " me semble tout particulièrement adaptée et devrait faire réfléchir nos gouvernants... Mais, ceux-ci semblent être trop préoccupés par leurs "petites affaires" -comme criminaliser les lanceurs d'alerte par exemple...- et préfèrent se voiler la face quant aux divers périls qui menacent l'ensemble de l'humanité à cause de notre inconséquence !
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