L’homme est-il omnivore ou frugivore ? (1)

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Nous avons maintes fois démontré sur ce site et ailleurs que l’activité humaine la plus destructrice de ressources, de biodiversité et d’espaces naturels étaient les productions carnées, donc les élevages. Si les études médicales indiquent également un avantage significatif pour la santé d’un régime alimentaire végétalien sur un régime partiellement carné, souvent avec un avertissement du genre « s’il est bien fait » (on est d’accord qu’un régime chips – soda au quotidien, même s’il est végétalien, n’est pas équilibré…), le public résiste souvent à ces faits pourtant très solides avec l’argument « oui, mais l’humain est naturellement omnivore »...

Le Gibbon à favoris roux se nourrit essentiellement de fruits mais peut également manger un peu de feuilles, de fleurs ou d’insectes… Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

Le Gibbon à favoris roux se nourrit essentiellement de fruits mais peut également manger un peu de feuilles, de fleurs ou d’insectes… Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

Cette phrase, répétée par la majorité qui n’a souvent pas lu la moindre publication scientifique sur le sujet, est en réalité mal interprétée, voire pas du tout comprise. En cherchant sur Internet, on trouve des centaines d’articles, beaucoup dans des revues réputées scientifiques, mais l’incohérence des informations est souvent effrayante. Presque toutes ces publications sont de parti-pris, dans un sens comme dans l’autre (certains “prouvent” même que l’homme est herbivore !), et les rares qui semblent vouloir donner des informations neutres sont majoritairement incorrectes. Voici un exemple effarant pour un magazine qui parle de “science”. Dans la revue “Sciences et Avenir”, un article sur la question du régime alimentaire humain affirme qu’il “n’exclut rien”.

J’invite l’auteure, Florence Burgat, à se renseigner sur les animaux coprophages (ils mangent de la matière fécale) et xylophages (qui mangent du bois) : oui, madame Burgat, l’humain exclut les matières fécales et le bois de son régime alimentaire!

Cette phrase est donc scientifiquement fausse, et la suite n’est pas plus juste mais surtout totalement contradictoire. Il est écrit que son régime est composé “indifféremment de végétaux et d’animaux”. Alors, si c’est ça être “omnivore”, d’accord, mais alors il faut savoir que, dans ce cas, à peu près tous les mammifères sont alors omnivores, comme on va le voir ci-dessous et ça contredit bien sûr l’idée que “ça n’exclut rien”.

Il faut décider: omnivore signifie-t-il: “on DOIT manger de tout“, “on PEUT manger de tout” ou “on mange végétal et animal“… sachant que selon la première définition, aucun animal ne sera omnivore, selon la seconde c’est presque pareil (essayez de trouver un animal capable de manger du nectar, des déjections, du bois, de la viande, des champignons, des graines, des fruits et des feuilles… ), et dans la dernière, quasiment tous les animaux “supérieurs” (au moins les oiseaux et les mammifères) sont omnivores, avec de très rares exceptions comme les pique-bœufs qui mangent exclusivement animal. Leur régime est toutefois inhabituel et spécialisé. Peu d’autres animaux se régalent de tiques et de mucus sortant du nez des Bovidae

Cet article tente de mettre les choses au point pour éviter que ces non-sens soient répétés à l’infini sans aucune base sérieuse.

1. Qu’est-ce que le régime alimentaire « naturel » d’une espèce animale ?

Dans les livres de vulgarisation, on présente souvent les animaux comme « granivores », « frugivores », « carnivores », « prédateurs », « herbivores », « pollinisateurs », etc. L’humain trouve confortable, et c’est indéniablement pratique, de pouvoir catégoriser les animaux ainsi. Toutefois, c’est une simplification de la réalité qui cache un fait perturbant : virtuellement tous les animaux mangent “un peu de tout”… ce qui change d’une espèce à l’autre, ce sont les proportions.

Ainsi, lorsque des personnes justifient le choix des « vegans » en disant que les gorilles, qui ont un système digestif proche du nôtre, sont de stricts végétaliens, on leur rétorque qu’ils ingèrent des insectes lorsqu’ils mangent leurs feuilles et leurs fruits. C’est bien exact ! Mais quel animal ne le fait pas ? Les vaches, les antilopes, les cerfs et autres “herbivores” ingèrent des insectes régulièrement, en fait, à chaque « bouchée », leurs graminées sont « épicées » d’invertébrés ! Les perroquets sont des frugivores, mais ils ingèrent tous les jours des larves, insectes et autres invertébrés consommateurs de fruits. Les oiseaux réputés « granivores » comme les pinsons et les moineaux capturent des insectes pour nourrir leurs jeunes et en avalent très souvent en période de reproduction. Les calaos frugivores, spécialisés dans l’ouverture de gros fruits avec leur bec démesuré, n’hésitent pas à ingérer les œufs et les jeunes oiseaux trouvés par hasard dans des nids mal protégés. Lorsqu’il fait froid, des Mésanges charbonnières ont été observées tuant des petits granivores comme les sizerins et consommant notamment… leur cerveau !

Les bovins sont herbivores mais ils ingèrent également accidentellement nombre d’insectes à chaque bouchée… Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

Les bovins sont herbivores mais ils ingèrent également accidentellement nombre d’insectes à chaque bouchée… Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

À l’inverse, qui n’a jamais vu de chat brouter un peu d’herbe ? Donnez une carotte à un chien affamé, il s’en régalera probablement. Surtout, à l’instar des vaches et gorilles qui ingèrent accidentellement des insectes en consommant feuilles, graminées et fruits, les prédateurs consomment la nourriture végétale contenue dans leurs proies. Il a, par exemple, été démontré que le Faucon crécerelle, en consommant des oiseaux granivores, participe de façon significative à la dissémination de plantes, c’est dire si la quantité de graines ingérées n’est pas négligeable (voir article détaillé en anglais) !

Ainsi, si les catégories ci-dessus peuvent aider à la communication, elles ne sont qu’une manière simplifiée et approximative de décrire la réalité. Une autre manière est de dire que tous les animaux consomment presque “de tout”, mais dans des proportions diverses selon leur morphologie, les conditions (température, humidité, période de reproduction, etc.), les disponibilités et le besoin d’énergie. En quelque sorte, presque tous les animaux sont donc « omnivores ».

La mésange adapte son régime alimentaire selon les saisons et la nourriture disponible. Ainsi sera-t-elle tour à tour granivore puis insectivore… Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

La mésange adapte son régime alimentaire selon les saisons et la nourriture disponible. Ainsi sera-t-elle tour à tour granivore puis insectivore… Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

2. Morphologie adaptée à un type de nourriture

Il est incontestable que le long bec d’un colibri ou d’un souimanga est prévu pour sucer le nectar des fleurs ; cela n’empêche en rien certaines espèces de ces familles de nectarivores de consommer plus d’insectes que de nectar ! Le bec crochu des vautours et des faucons est certainement conçu pour manger de la viande, mais le Vautour palmiste et les caracaras (grands faucons néo-tropicaux) consomment des fruits et d’autres sources de nourriture végétale, parfois en proportion plus importante que la viande. Le panda est un ours, donc à la base un prédateur opportuniste, mais qui s’est spécialisé dans la « chasse »… au bambou.

En réalité, la morphologie est rarement mise en place pour manger exclusivement une seule chose, mais elle peut par contre rendre une nourriture impropre ou impossible à la consommation. Un colibri, vu l’énergie qu’il dépense, doit manger plus que son poids chaque jour en insectes ou en nectar, sources très énergétiques. S’il mangeait des fruits et des feuilles, en manque d’énergie, il mourrait. Le Faucon hobereau, quant à lui, est un grand consommateur d’insectes et d’oiseaux capturés en vol ; s’il ingérait du poisson, ça pourrait parfaitement lui convenir, mais il ne le fera jamais car sa morphologie ne lui permet ni de pêcher, ni de transporter un poisson qui lui glisserait entre les pattes.

Dans la nature, sans artifice, sans suivre l’exemple d’autres individus, un humain mangerait naturellement tout… ce qu’il est capable d’attraper et de digérer ! C’est à dire des fruits, des graines, des fleurs, certaines feuilles, certains champignons, des œufs et des insectes… en fait, comme la plupart des primates. Il ne consommerait pas ou virtuellement pas de viande fraîche car il est incapable d’en capturer (essayez -sans arme ni artifice-, si vous avez le moindre doute!), et ne consommerait de la charogne que dans des conditions de famine, car l’aspect et l’odeur indiquent clairement que c’est une nourriture dangereuse pour lui. Il ne consommerait pas non plus de lait une fois sevré, aucun vertébré ne le fait sauf exceptionnellement les pique-bœufs.

Il ne consommera pas non plus de bois et autres matières ligneuses, car il ne peut ni les mâcher ni les digérer; et il ne consomme pas de matière fécale…

(A suivre…) Valéry Schollaert

 

 

 

 

 

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Publié dans Consommation

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F
Moi aussi j'attends la suite de cet article que je trouve également assez confus.<br /> Je pense aussi que l'être humain est omnivore de nature, mais cela ne signifie pas qu'il soit capable de manger et digérer des nourritures extrêmes comme le bois. Qui n'a pas entendu dire que les canines (qui ne sont toutefois que 4 sur 32) sont les dents pour manger de la viande et que les autres dents servent à s'alimenter en puisant dans le règne végétal, sans pour autant être capable de consommer n'importe quelle plante.<br /> Mais plutôt que de se demander ce que l'on peut manger, mieux vaut se demander ce que l'on doit manger et pourquoi. Nous vivons en zone tempérée (pour le moment !) et c'est pour cela que nous avons la possibilité de faire des choix alimentaires. Mais nous devrions tenir compte de diverses valeurs et de plus en plus des contraintes environnementales liées au réchauffement climatique. D'autres peuples connaissent ce genre de contraintes depuis toujours. Si les Esquimaux ne mangeaient que des plantes (céréales, légumes et fruits, mais où les prendraient-ils d'ailleurs ?), ils mourraient de froid sans doute. Si les Africains n'avaient pas de fruits pour se rafraîchir, ils auraient beaucoup trop chaud.<br /> La perfection n'est pas de ce monde - loin de là - et la recherche de l'équilibre alimentaire doit être permanente, ce qui signifie que nous ne pouvons que l'approcher et que l'alimentation idéale et valable pour tous n'existe sans doute pas. L'analyse macrobiotique de nos modes de vie en termes de yin/yang permet de mieux comprendre ce que nous pouvons et devons faire. Certes on peut être macrobiotique et végétarien ou végétalien, mais macrobiotique ne signifie ni l'un ni l'autre, contrairement à ce qu'affirment les dictionnaires ! Je ne fais pas non plus ici de publicité pour ce mode de vie. Chacun est libre. Je dis seulement qu'il permet une réflexion approfondie sur la vie en générale et sur l'alimentation en particulier et qu'il permet de choisir ses valeurs et ses objectifs.<br /> Car c'est bien là le problème : savoir ce que l'on veut faire de sa vie, de son alimentation, sachant que tout est possible ou presque. Quelle orientation voulons-nous donner à notre vie, sur la base d'une alimentation réfléchie, en tenant compte de l'environnement et de beaucoup d'autres valeurs et critères.
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J
Je trouve votre analyse très pertinente Françoise et apprécie également votre passage sur "ce que nous voulons faire de notre vie" ! En fait, nous avons, pour la plupart d’entre nous, la chance, (beaucoup de chance !) –et, en l’occurrence c’est un véritable luxe - de pouvoir choisir notre mode d’alimentation : dans de nombreuses parties du globe, les gens n’ont tout simplement pas d’alternative et doivent se contenter des ressources locales soit en fruits, en gibier, en légumes et autres céréales… Nous, nous pouvons opter pour les aliments qui nous conviennent soit par goût, soit par philosophie ou éthique et on n’imagine même pas qu’il puisse en être autrement ! <br /> Et pourtant, ça l’est et ça devient de plus en plus problématique avec le réchauffement climatique qui provoquera, c’est évident, de véritables et de plus en plus nombreuses migrations vers les pays "riches" dont le nôtre ! Qu’on le veuille ou non, nous serons bien obligés, tôt ou tard, de faire montre de plus de sobriété… Sera-t-elle heureuse comme aime à le prôner Pierre Rabhi ? Rien n’est moins sûr…
C
j'apprend que les vaches mangent des insectes involontairement. C'est vrai, il fallait y penser. Bon après midi
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F
Merci Jean-Louis. Tout à fait d'accord avec vous.
O
Yves Coppens me souffle que dans sa savane Lucy rigole doucement. Elle mangeait du pot-au-feu comme tout le monde et n'oubliait jamais le bouquet garni et l'os à moelle, c'est bon pour ma mémoire disait-on. Et la même chose le lendemain parce que réchauffé c'est encore meilleur.
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K
Bref l'homme n'a pas besoin de manger de la viande pour vivre...
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Z
A la différence des animaux , l'Homme peut faire entrer dans son alimentation une dimension éthique et modifier son régime alimentaire en fonction de sa conscience.
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J
J’avoue attendre la suite car pour l’instant je ne vois pas où l’auteur veut en venir. Je pense tout de même qu’en mangeant des cœurs de palmier, c’est du bois !
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M
Je trouve l'article assez confus. Je ne vois pas très bien ou l'auteur veut en venir ni le lien avec le régime végan.<br /> Quel rapport entre des oiseaux aussi spécialisés que des piques bœufs et les grand singes qui sont quand même les espèces les plus proches de l'humain.?<br /> Il est aussi faux de dire que les singes ne mangent pas de viande fraiche ,les chimpanzés entre autre chassent les petits animaux et les autres singes pour les manger. Les plus petites espèces de singes prennent des oisillons au nid et consomment des œufs et des larves.<br /> Dans la nature on ne philosophe pas, on mange ce qu'on peut attraper ou trouver animal ou végétal suivant les opportunités du moment charognes comprises odeur ou pas.
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M
Voici un article, lequel, au risque de vous choquer tous, montre bien, in fine, que l'homme, à l'instar de tous les animaux, est bien... omnivore !
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N
Chouette, super article ! Vivement demain pour la suite !
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D
on sait bien que l'homme préhistorique chasseur de mammouth était végétarien ;-)
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J
Le lien sur le pique-boeuf est intéressant. J'attends également la suite de l'article.
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C
Je n’avais jamais pensé qu’une vache avalait des insectes et que, du coup, elle n’est pas vraiment aussi herbivore qu’on le croit ! J’attends la suite avec une certaine impatience…
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J
Article passionnant qui fait, avec intelligence, le point sur "qui mange quoi ?" ! Comme il est un peu long, je l’ai volontairement scindé en deux parties : la seconde sera publiée demain… et démentira certaines idées reçues !
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