Lérot, loir et muscardin, élégants petits lutins méconnus

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Vivant dans les forêts de feuillus et leurs lisières, dans les buissons mais aussi dans nos vergers et habitations pour le lérot et le loir, et dans les zones humides pour le muscardin, ces animaux restent pourtant difficiles à observer : ils dorment toute la moitié de l’année et durant l’autre, ils ne sortent qu’à la nuit tombée…

Le muscardin à la taille d’une souris aux formes arrondies et de couleur jaune-orangé qui devient blanc-jaunâtre sur le ventre. Photo : © Sylvain Cordier (Cliquez pour agrandir)

Le muscardin à la taille d’une souris aux formes arrondies et de couleur jaune-orangé qui devient blanc-jaunâtre sur le ventre. Photo : © Sylvain Cordier (Cliquez pour agrandir)

L’automutilation pour échapper aux prédateurs

Méconnus, ils méritent néanmoins notre attention. Revêtus d’un pelage laineux et moelleux, ces petits mammifères possèdent une tête terminée en pointe avec des oreilles arrondies peu garnies de poils. Ils portent également une longue et jolie queue touffue qui leur sert de balancier lors de leurs déplacements. S’ils sont saisis par la queue par un prédateur, celle-ci se détache du reste de leur corps par un phénomène d’automutilation : ils échappent ainsi à leurs ennemis et cicatrisent bien vite leur plaie.

De mœurs essentiellement nocturnes, ils ont de grands yeux noirs et une ouïe extrêmement fine. Arboricole, ils se déplacent peu au sol et préfèrent grimper dans la végétation ou le long d’un mur, sauter de branche en branche. Ils possèdent d’ailleurs des pattes bien adaptées pour cela.

Essentiellement végétariens

Leur nourriture varie selon les saisons. Elle est surtout végétarienne. Les loirs et les lérots mangent des fruits, des graines, des baies, des bourgeons, des champignons… avec comme complément des escargots, des batraciens, des œufs et des oisillons ainsi que de gros insectes. L’alimentation des muscardins se compose de feuilles, de bourgeons, de noisettes, de fleurs, de pollen auxquels ils ajoutent des baies d’arbrisseaux (framboises et mûres) qui accueillent souvent leur gîte. En été, ils complètent leur menu avec des insectes et des mollusques.

La période de reproduction, selon les espèces et l’altitude à laquelle elles vivent, s’étale du printemps à la fin de l’été avec, en moyenne, 4 à 5 petits. Les nids sont douillets, constitués de feuilles, d’herbe, de mousse, de poils. En forme de boule, ils possèdent une entrée lattérale. Le loir et le lérot s’installent volontiers dans d’anciens nids abandonnés d’oiseaux, d’écureuils, dans les vieux murs, dans les arbres morts, dans les granges… Le muscardin quant à lui, construit un petit nid rond constitué d’herbes et de feuilles sèches collées par sa salive et le place dans u buisson, une ronceou dans des plantes grimpantes. Il lui arrive aussi, tout comme le loir, de l’installer dans des nichoirs. Ces nids constituent généralement le centre de leur territoire dont le diamètre varie selon les espèces et les milieux naturels ; environ 200 à 300 mètres pour le loir ; de 100 à 200 mètres pour le lérot, de 50 à 100 mètres pour le muscardin.

Avant d’hiberner, le loir se rapproche quelquefois des granges ou des greniers pour y déguster des pommes comme ici… Photo : © Pascal Gérold (Cliquez pour agrandir)

Avant d’hiberner, le loir se rapproche quelquefois des granges ou des greniers pour y déguster des pommes comme ici… Photo : © Pascal Gérold (Cliquez pour agrandir)

Beaucoup de temps pour la toilette

Ces animaux, qui vivent en petits groupes, consacrent beaucoup de temps à faire leur toilette en frottant à toute vitesse leurs petites mains sur leur visage et en se grattant les flancs avec leurs pattes arrières. Leurs sens sont bien aiguisés. De grands yeux noirs avec des pupilles pouvant se dilater largement, des oreilles très sensibles, un nez très fin : tout ceci leur permet de se faufiler avec autant d’aisance dans l’obscurité que d’autres animaux en pleine lumière ; sans oublier leurs moustaches longues et sensibles qui les renseignent sur tout ce qu’ils rencontrent.

Les loirs et les lérots sont de grands « bavards » et poussent souvent des sifflements doux, des gloussements métalliques, des grognements et murmures divers… Le muscardin est plus discret mais capable de cris aigus ressemblant à ceux des souris. Ces émissions sonores et ultra-sonores jouent en tous cas un grand rôle dans la communication entre ces animaux.

Dormir pour se protéger du froid

Avant l’hiver, ces petits animaux mangent tant et plus qu’ils peuvent doubler de poids et, une fois bien gras, ils cherchent un endroit pour passer l’hiver. Ils creusent, pour cela, un trou dans le sol ou pénètrent dans une souche, un trou de pic, une grange ou un grenier (pour le loir et le lérot) ou dans une ancienne mine (pour le loir) ou encore dans un nichoir (uniquement pour le lérot). Ils y confectionnent leur nid d’hiver qu’ils installent bien douillettement en le calfeutrant pour se protéger des grands froids. Les muscardins hibernent en solitaire alors que les loirs et les lérots, souvent, se regroupent. Tous, en tous cas, dorment à poings fermés enroulés sur eux-mêmes, ne formant plus que de petites boules de poils compactes.

Le lérot est facilement reconnaissable au bandeau noir sur ces joues claires. Son ventre est blanc ainsi que ses flancs ; son dos et sa queue sont teintés de brun foncé rougeâtre. Un pinceau de poils termine sa longue queue. En hiver, bien calé sur lui-même, avec ses oreilles rabattues, ses pattes serrées, sa queue ramenée au-dessus de la tête, ce lérot n’offre que peu de prise au froid et évite ainsi les pertes de calories. Son épaisse couche de graisse et sa fourrure bien chaude le protègent également. Photo : © Gérard Lacoumette (Cliquez pour agrandir)

Le lérot est facilement reconnaissable au bandeau noir sur ces joues claires. Son ventre est blanc ainsi que ses flancs ; son dos et sa queue sont teintés de brun foncé rougeâtre. Un pinceau de poils termine sa longue queue. En hiver, bien calé sur lui-même, avec ses oreilles rabattues, ses pattes serrées, sa queue ramenée au-dessus de la tête, ce lérot n’offre que peu de prise au froid et évite ainsi les pertes de calories. Son épaisse couche de graisse et sa fourrure bien chaude le protègent également. Photo : © Gérard Lacoumette (Cliquez pour agrandir)

C’est sur leur réserve de graisse qu’ils vont pouvoir vivre en léthargie pendant six mois, abaissant leur température de 38° à un peu plus de 0°. Au-dessous de cette température, des cristaux de glace se formeraient dans leur sang et ces petits dormeurs mourraient gelés. Aussi, quand la température devient trop basse, un mécanisme de therorégulation se met en marche et les réveille : ils s’ébrouent, s’affairent un peu dans le nid, grignotent un peu (seulement les loirs qui seraient les seuls à faire des provisions). Une fois bien réchauffés, ils retombent dans leur sommeil qui sera ponctué ainsi de brefs réveils.

Au printemps, lorsqu’ils se réveillent pour de bon, ils sont très amaigris et leur toute première préoccupation est de trouver très rapidement de la nourriture… afin que la vie continue !

 

François Steimer

Le loir ressemble à un petit écureuil. Son ventre est blanc et le reste de son pelage gris argenté. Photo : Photo : © Sylvain Cordier (Cliquez pour agrandir)

Le loir ressemble à un petit écureuil. Son ventre est blanc et le reste de son pelage gris argenté. Photo : Photo : © Sylvain Cordier (Cliquez pour agrandir)

 

 

 

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claude 02/09/2019 10:51

Bonjour, je fais suite a l'histoire d'hier pour le petit tombé du plafond et bien non cette nuit personne est venue le chercher!! il est toujours vivant, comme la tétine du biberon est trop grosse pourtant j'ai les plus petite pour rongeur , je lui est fabriqué une petite tétine avec la mine d'un stylo bic ( le bout du haut qui n'a pas d'encre ) c'est pile poil pour sa bouche je ne pense pas le sauver il est trop petit mais que faire je peux pas le laisser sans soin!!!Merci a jean-louis pour le retour je vous fait un mail ( oui j'ai des photos et vidéos )

Jean-Louis 02/09/2019 19:39

Bonsoir Claude, Je ne sais pas où vous êtes mais, par chez nous, en Alsace, nous avons deux centres de soins pour la faune sauvage (l'un c'est la LPO, l'autre le GORNA, j'en parle souvent sur ce blog...) : les deux centres prennent les loirs, lérots, muscardins en plus de touts les autres animaux bien sûr ! Sinon, pour votre petit abandonné, prenez contact avec la SPA de votre secteur : ils pourront vous conseiller utilement !
Merci d'avance pour les photos : je me réjouis :)

claude 01/09/2019 20:19

je vis avec des loirs depuis 5 ans ils ont envahis la cuisine!!!il me vole la nourriture mais depuis que j'ai mis un bol pour eux ils ont compris, en ce moment j'ai des petits et les jeunes de l'an dernier plus les adultes bien sur il y en a qui n'ont pas peur de moi et qui me tendent la main ou je leur glisse un morceau de banane ils adorent et puis il y a les curieux qui reste le soir sur le bord de la télé a me regarder , ils niche par contre dans l'isolation du haut il y a des chambres sous les combles et bien ils sont là , je peux vous assurer qu'ils vivent aussi en plein jours car ils viennent les après midi vers 15 h voir le bol et ils jouent pour les plus jeunes ils aiment jouer dans le lave vaisselle!! comme des chatons en fait ils dorment ils se réveillent et ils redorment tout au long de la journée, a midi ils se ressemble a la cuisine ou ils m’observe faire le repas....ils hiberne vers novembre et se réveille vers mai, mais l'an dernier il y a eu une derniere porté de 5 petits vers octobre je me suis dit comment ils vont faire pour hiberné si petit et bien les parents sont parti hiberné et pas les 5 petits ils sont rester dans la cuisine tout l'hiver autour du poil a bois donc ils n'on pas hiberner, ce dimanche un petit encore tout rose et pas les yeux ouvert est tombé du plafond je ne retrouve pas le nid j’espère que cette nuit on va venir le chercher je l'ai mis sur le buffet a coté du bol de banane au chaud sur une bouillotte il ne veux pas du biberon!!!voila ma vie avec les loirs....

Jean-Louis 01/09/2019 21:28

Quelle magnifique histoire ! Avez-vous des photos de vos colocs ? Si oui, je suis preneur pour un nouvel article que je consacrerai volontiers à cette belle histoire ! Vous pouvez me contacter par mail via le formulaire de contact (en haut de page, à gauche). Merci d'avance !

kimcat 18/08/2019 16:40

Jolis petits lutins !!

Pierre 18/08/2019 16:09

Ah les petits lutins de la forêt, ils squattent régulièrement les nichoirs pour oiseaux que j'installe dans mon verger. Il y deux ans de cela, une cliente m'a commander un meuble qu'elle ne pouvait venir chercher de suite et m'a demander de le lui garder quelques temps. Je l'ai donc mis dans une dépendance recouvert d'une couverture et le jour ou ma cliente est venue chercher son meuble (6 mois après!), quelle fut pas notre surprise en enlevant la couverture? Un couple de loir avait installé leur nid bien douillet (fait en grande partie avec la couverture!) dans une niche du meuble et une autre niche leur servait de WC! Très gêné, j'ai proposé à la cliente de refaire la finition des parties souillées du meubles (ils s'étaient régalés de merises qui avaient coloriés la niche "WC" en couleur bordeaux), trop contente que son meuble avait servit à un couple de loir pour mener leur progéniture à terme, elle ne voulait surtout pas que je refasse la finition. Elle m'a dit: "au moins ce meuble commence sa vie avec une belle histoire", ah si tous mes clients pouvaient être aussi cool…!

Zoé 20/08/2019 00:16

Ah j'adore cette histoire et cette cliente !

Jean-Louis 18/08/2019 20:54

C'est une bien jolie histoire que vous nous rapportez là, Pierre ! Merci et merci à cette cliente décidément très compréhensive :)
Au plaisir d'autres échanges...

Cléo 17/08/2019 22:48

Ce sont de bien mignonnes bêtes! Intéressant ton billet! @mitiés !

jeanp 17/08/2019 18:40

mes chats m"en apportent souvent ,mais ils sont jamais en très bonne santé!!!

Zoé 17/08/2019 13:57

Il y a quelques années il y avait 2 lérots qui avaient fait leur nid dans le sac de graines de tournesol laissé dans le cabanon du jardin . Après avoir boulotté toutes les graines ils s'étaient installés discrètement au milieu des cosses où je les ai trouvés au printemps. . Les minettes, elles, ne les ont jamais trouvés - dieu merci! J'aime beaucoup leurs bouilles et surtout leurs yeux si vifs.

Zoé 20/08/2019 00:20

J'espère bien que tu n'en doutais pas !!! C'est surtout des 2 félines que je crains les méfaits!

Jean-Louis 18/08/2019 07:03

Je suis heureux de lire que les petits brigands sont bienvenus chez toi mais, en fait... je n'en doutais pas vraiment !

Claire 17/08/2019 11:12

Beaux portraits de petits animaux qui sont rarement visibles et, du coup, totalement inconnus du plus grand nombre ! Or, ce que l'homme ne connaît pas il en a généralement peur... Merci donc de contribuer à donner une juste place à ces délicieux, pas dans le sens gastronomique bien sûr :), petits rongeurs !

Association L'Arbr'en Soi 17/08/2019 09:53

De petits Êtres merveilleux qui participent à la magie du monde...

SPA de Strasbourg 17/08/2019 09:52

Il y en a peut être autour de chez vous ?

Jacky 17/08/2019 07:58

Article intéressant et complet. J'adore ces photos. Mes noisetiers doivent être visités par des muscardins. Les noisettes sont trouées.

Jean-Louis 18/08/2019 07:01

Il faudra me montrer une de ces noisettes trouées : je te dirais s'il s'agit du petit rongeur ou pas...

Jacky 17/08/2019 19:54

Merci pour les précisions.

osswald pierre 17/08/2019 12:14

Si c'est un petit trou rond c'est le balanin, quand c'est grignoté c'est l'écureuil, le pic lui les ouvre en les coinçant dans une fente d'arbre, la nature est bien faite. Je ne sais pas si le muscardin laisse une signature particulière, place aux érudits.

Aurélie 17/08/2019 07:28

D’adorables petite souris choses... merci Jean-Louis de nous éclairer chaque jour sur les petites merveilles qui nous entourent.

Aurélie 17/08/2019 07:29

La Souris s’est faufilée dans mon commentaire sans que je l´y invite... désolée :-)

Jean-Louis 17/08/2019 06:59

De charmantes petites bêtes qui peuvent bien faire quelques dégâts dans certaines habitations ou dépendances mais qui n’en méritent pas moins protection et attention ! Ils hibernent ce qui fait que, pendant parfois de longues semaines, on a l’impression qu’ils ont déserté le grenier, la remise ou la grange… Puis, ils se réveillent et, au printemps, se mettent en quête de quoi reconstituer leurs réserves ! Faute de trouver à se loger décemment, loirs, lérots et muscardins se font, hélas, de plus en plus rares…
Merci à François pour cette jolie présentation de ces petits "brigands" et à Sylvain Cordier, Pascal Gérold et Gérard Lacoumette qui ont spontanément accepté de me prêter leurs belles photos !

domi 17/08/2019 05:37

mais que faire quand ils s'invitent dans les combles de la maison ?

Jean-Louis 17/08/2019 06:43

Moi, je leur met des pommes à disposition !