Les martinets noirs, victimes de la canicule

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Si l’été est toujours une période chargée pour les soigneurs du centre de soins de Neuwiller-lès-Saverne, cette année est particulièrement difficile. Les canicules à répétition épuisent non seulement les animaux sauvages mais aussi les équipes.

 

Les martinets sont ramenés par dizaines au Gorna pour être pris en charge.  Photo : Gorna

Les chiffres du directeur du GORNA, Guy Marchive, sont sans appel. « En juin 2019, nous avons recueilli 30 % d’oiseaux en plus par rapport à l’année précédente. » Une augmentation clairement imputée à la canicule qui a sévi pendant la période de reproduction des martinets noirs notamment.

Ils installent leurs nids sous les toits et entre les tuiles. Des endroits particulièrement chauds où la température peut atteindre jusqu’à 60 degrés. « Les jeunes martinets se rapprochent du bord du nid et comme ils ne savent pas encore voler, ils tombent », explique Guy Marchive. Ce ne sont pas forcément les chutes qui les tuent, mais leurs prédateurs, les chats par exemple.

Une situation d’autant plus compliquée pour ces oiseaux qui ne se posent jamais au sol. « Leurs ailes sont trop longues et leurs pattes trop courtes. Ils s’accrochent aux murs, aux falaises ou aux rocailles », explique le directeur.

« Nous les nourrissons avec des grillons »

Actuellement, les martinets noirs sont légion au Gorna. « Les gens nous les ramènent par dizaines (*) et nous les nourrissons avec des grillons. Nous arrivons à en sauver près de 90 % grâce notamment à cette alimentation naturelle. »

Car le but des centres de soins pour animaux sauvages est de les relâcher avant qu’ils ne s’habituent trop à l’homme. « Nous affinons sans cesse nos protocoles en matière de soins et d’alimentation. Il faut effectivement que la nourriture soit conforme à ce que l’animal peut trouver dans la nature. » Quant au relâcher, des martinets par exemple, il ne peut pas se faire en période de canicule puisque le problème vient de là...

Les martinets sont nourris avec des grillons et soignés au Gorna.   Photo : Gorna

Les hirondelles de fenêtre et les hérissons également touchés

Également victimes de la météo, mais davantage de la sécheresse que de la canicule, les hirondelles de fenêtres. Leurs nids sont fabriqués à base de boue et de paille, mais quand l’eau manque, les nids n’adhèrent pas aux frontons des maisons et se décrochent. « Pour les constructions modernes, le crépi utilisé est souvent fait à base de résine synthétique qui offre moins d’adhérence, et là aussi les nids tombent. »

Les hérissons subissent à la fois la canicule et la sécheresse. Ils ne trouvent pas à boire, les cours d’eau étant à sec. La nourriture manque aussi car les vers de terre, limaces et escargots dont ils se nourrissent descendent profondément en terre pour chercher de la fraîcheur.

Dans une moindre mesure, les rapaces diurnes sont touchés car leurs nids sont en plein soleil. La déshydratation qui les guette va abîmer leur plumage et les empêcher de voler. Les animaux, comme les hommes, ont hâte de voir cesser ces grosses chaleurs.

 

(*) GORNA, Maison forestière du Loosthal à Neuwiller-lès-Saverne, 03 88 01 48 00, 7 jours sur 7.

 

Photos : GornaPhotos : Gorna

Photos : Gorna

Une équipe aux petits soins

Une dizaine de personnes se relaient toute la journée, jusqu’à 20 h 30, pour répondre à tous les appels téléphoniques qui concernent des animaux sauvages blessés.

Les consignes sont toujours les mêmes, ne pas les recueillir chez soi et ne pas les nourrir, et surtout ne pas leur donner de lait. Dans le doute, il est conseillé d’appeler le centre de soins avant de les toucher.

Parmi les dix permanents de l’association, se trouvent quatre salariés ainsi que des jeunes en service civique, d’une durée de six à douze mois, et des éco-bénévoles présents entre trois et cinq semaines.

« Près de 80 % des tâches concernent le nettoyage des locaux où sont hébergés les animaux. Puis il y a aussi les soins et le nourrissage, et l’acheminement chez le vétérinaire », commente le directeur. Et de l’administratif également puisque pour chaque animal accueilli, une fiche est établie.

En ces périodes de fortes chaleurs, l’équipe est sursollicitée. Elle doit aussi gérer l’encombrement du centre de soins et programmer les relâches. Une mission de protection animale qui n’est décidément pas de tout repos…

 

Simone Giedinger (27 juillet 2019)

Photo : Gorna

Photo : Gorna

 

 

 

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Commenter cet article

Stéphane 04/08/2019 11:06

Un article bien intéressant ! Il manque une plateforme centralisatrice pour envoyer les particuliers aux centres de soins appropriés. Ayant recueilli à la fois martinets et hérissons, j'ai peiné pour trouver un lieu d'accueil et j'ai dû faire plus d'une heure de route à chaque fois...

Jean-Louis 04/08/2019 11:23

Oui Stéphane, vous avez raison : je devrais rappeler systématiquement le lien permettant de trouver le centre de soins le plus proche pour chacun § je vais y remédier...
Il est vrai que ceux-ci sont relativement rares et que, généralement, il faut parcourir une distance considérable pour s'y rendre ce qui décourage, indéniablement, les moins motivés !

hepiegne 01/08/2019 16:25

Bel article pour nous sensibiliser de la fragilite des especes animales.

osswald pierre 30/07/2019 20:17

J'ai acheté il y a longtemps une maison avec des hauts murs. Des martinets y logeaient depuis toujours aux dires de mon voisin, un vieil homme. Il y avait l'espace nécéssaire entre la toiture et les murs épais. Ils animaient nos étés de leurs stridences. Jusqu'en 2013. Ils sont arrivés au mois de mai comme d'habitude, ils se sont installés, pour disparaître au bout d'une quinzaine. Ils ne sont jamais revenus. Pas de travaux, pas de prédateurs. Il y avait toujours une dizaine oiseaux à l'arrivée et une trentaine au départ en août. Incompréhensible. Quelqu'un a t'il une idée? C'est un petit mystère qui me tracasse depuis.

Jean-Louis 31/07/2019 08:13

Mystère en effet ! J’ai eu écho d’autres cas similaire où les oiseaux ne sont jamais réapparu mais, hélas, je n’ai aucune réponse satisfaisante à cette énigme !

kimcat 30/07/2019 14:36

Cela me fend le coeur...

Jacky 30/07/2019 08:20

Ces deux épisodes caniculaires ont été une rude épreuve pour la nature.

ddelsass 30/07/2019 02:55

Merci aux soigneurs.

Zoé 29/07/2019 20:46

Cela me déchire le cœur de lire ça. Et je remercie aussi tous ceux qui œuvrent auprès de ces animaux et oiseaux pour les soigner .
Et pendant ce temps-là... la chasse continue!!! Ben oui, quoi , c'est normal!

Jean-Louis 29/07/2019 18:24

En effet, très sollicité actuellement le GORNA ainsi que, sans doute, tous les autres centres de soins ! Merci à vous mes amis les soigneurs et les nombreux bénévoles qui s’activent pour sauver ce qu’ils peuvent… et on imagine que ce n’est pas toujours facile ! Mes amitiés à Guy…