Le Coucou gris, un charmant… voleur de nid !

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Parmi les nombreux chants d’oiseaux qui résonnent actuellement dans nos campagnes, il en est un que tout le monde identifie sans peine… et cela même sans avoir jamais vu son auteur et pour cause : malgré son appel sonore et clair, le Coucou gris est en effet réputé très discret…

Le généralement discret Coucou gris (Cuculus canorus) ici en pleine lumière. Photos : ©Claudie Stenger (Cliquez pour agrandir)Le généralement discret Coucou gris (Cuculus canorus) ici en pleine lumière. Photos : ©Claudie Stenger (Cliquez pour agrandir)

Le généralement discret Coucou gris (Cuculus canorus) ici en pleine lumière. Photos : ©Claudie Stenger (Cliquez pour agrandir)

Si son chant est unanimement connu et, tout comme le retour des hirondelles, symbolise véritablement l’arrivée du printemps, un autre aspect de ce curieux oiseau est tout aussi célèbre : sa curieuse manière de se reproduire… sans se donner trop de mal !

 

« Du coucou, chacun connaît le chant doux et sonore, qui est aussi son nom : cou-cou.. Mais, cet oiseau difficile à voir est également réputé pour ses talents d’usurpateur, car il pond ses œufs sans vergogne dans le nid d’autres espèces. »

C’est notoirement connu : le Coucou est un adepte de la pratique du parasitisme de couvée ! Perchée au sommet d’une haute branche, la femelle guette les allées et venues des passereaux à l'entour et, lorsqu'un oiseau quitte imprudemment son nid, elle en profite pour y pondre un œuf à elle et ceci juste avant que ne démarre la saison des couvaisons ! Lorsque le bébé Coucou naîtra (généralement avant les oisillons de l’espèce hôte), il se fera nourrir par ses parents adoptifs qui l’adoptent sans aucun problème comme étant un des leurs et, sans le moindre scrupule, le nouveau-né éjectera les œufs, voire les autres oisillons, par-dessus bord… Outre le parasitage en soi, c’est ce comportement exclusif et très violent qui est communément reproché au « poussin assassin » ! En réalité, le jeune coucou n’a pas vraiment le choix : s’il veut atteindre rapidement la taille de tout coucou qui se respecte, il lui faut quantité de larves, d’insectes et de chenilles ! Tout partage est donc parfaitement exclu… De plus, vu l’accroissement phénoménal du bébé coucou, la place manquerait de toute manière dans le nid conçu en principe pour des poussins d’un gabarit très nettement inférieur…

Les espèces les plus fréquemment parasitées sont les rousserolles effarvattes, les mésanges, les bergeronnettes, les rougequeues, les gobe-mouches gris, les accenteurs mouchets… En Europe, on a dénombré quelques 80 espèces ainsi parasitées par les coucous !

C’est un migrateur au "long cours" puisqu’il hiberne dans la moitié sud de l’Afrique : de fait, les adultes quittent nos régions dès la ponte accomplie (au début de l’été) pour revenir l’année suivante ! Les jeunes qui, par la force des choses, partent bien plus tard (août-septembre) ne sont donc nullement guidés par leurs parents "biologiques" que, du reste, ils ne connaîtront jamais…

Contraint de jouer à cache-cache, il n'est pas le bienvenu au sein de la communauté des passereaux dont il dépend pour se reproduire, et qui le lui font savoir en le houspillant sans cesse. Photo : ©Claudie Stenger (Cliquez pour agrandir)

Contraint de jouer à cache-cache, il n'est pas le bienvenu au sein de la communauté des passereaux dont il dépend pour se reproduire, et qui le lui font savoir en le houspillant sans cesse. Photo : ©Claudie Stenger (Cliquez pour agrandir)

En France, le Muséum national d’Histoire naturelle estimait la population de Coucou entre 400 000 et 800 000 couples à la fin des années 1990. Les suivis réalisés dans le cadre du programme national STOC (Suivi Temporel des Oiseaux Communs) indiquent un déclin de 28 % entre 1989 et 2003. Les causes supposées du déclin du Coucou gris ne sont pas clairement établies ; elles pourraient être liées, entre autres, à l’altération de son habitat et à la raréfaction de ses ressources alimentaires. Même si les causes ne sont pas clairement définies, toute action en faveur des habitats de prédilection de l’espèce lui sera bénéfique, de même que toute action favorisant l’abondance en chenilles et autres insectes !

Photo : ©Claudie Stenger (Cliquez pour agrandir)

Photo : ©Claudie Stenger (Cliquez pour agrandir)

On dit, en français que le coucou “coucoue” ou “coucoule” verbe évidemment onomatopéique.

Le mot enfantin “coucou” destiné à manifester une présence inattendue a pour origine le fait que le chant de l’oiseau surprend quand on l’entend pour la première fois de l’année. Le même usage existe en allemand “Kuckuck” et en italien “cucu”.

En France, le coucou est lié à l’argent : il est traditionnel de parler “la veine de cocu”’. Il faut toujours avoir dans sa poche de l’argent quand on entend le coucou chanter pour la première fois de l’année, promesse qu’on “sera riche toute l’année”. Mêmes croyances en Allemagne où pourtant l’oiseau  n’a pas bonne presse :

- un cadeau douteux est nommé Kuckucksei = œuf de coucou.

- pour dire “au diable !” ou “que le diable l’emporte !” on dit “zum Kuckuck !” ou “Hol’s der Kuckuck” “que le coucou l’emporte”.

Cela vient des mœurs du coucou qui dérobe les œufs des autres pour pondre les siens à la place : on sait alors que ce que le coucou emporte, nul ne le revoie jamais.

Pour compléter votre information sur le coucou, découvrez le dernier numéro de la Salamandre

 

Coucou coucou… ! Tout le monde connaît ce chant qui annonce le printemps dans la forêt. Mais qui a déjà admiré son auteur ? Qui a déjà vu le coucou gris, maître du cache-cache et du trompe-l’œil. La Salamandre vous offre cette chance.

 

 

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Commenter cet article

Zoé 18/04/2019 17:26

L'article + les commentaires font un vrai reportage plein de précisions et d'humour sur ce sauvageon mais qui n'a pas vraiment le choix pour survivre. Les parents adoptifs sont vraiment exemplaires! Quant au coucou du Sénat ou au coucou suisse , c'est une autre histoire!!!

kimcat 17/04/2019 18:25

Sacré coucou ! Ce numéro est à la médiathèque...
Bon soirée

Chantal33300 17/04/2019 15:07

Je n'en ai jamais vu. C'est un bel oiseau. Bon apres midi

Claire 17/04/2019 13:41

Une fois encore : mon pet dèj a été agrémenté de la plus belle manière ! Merci pour ce chant du coucou venu me saluer dès l'aube ! Un vrai bonheur !

Cléo 17/04/2019 13:17

Intéressant ce billet : j'ai appris plein de choses! Dommage pour les autres oiseaux qui ne naissent pas..., mais la nature étant ainsi faite... ;-) @mitiés et bonne journée!

domi 17/04/2019 12:22

son oeil vif révèle son caractère de gros profiteur dont la voix, à l'instar des humains du même acabit couvre la voix des autres !

Pierre Osswald 17/04/2019 09:47

On raconte ici comme dans l'article, qu'il faut avoir une pièce de monnaie dans la poche au moment du premier chant pour vivre dans l'abondance le reste de l'année. J'ai essayé, ça ne marche pas, je suis toujours fauché. J'ai entendu le coucou comme tout le monde, je l'ai aussi observé. Un grand con maladroit avec sa maman de substitution, rouge gorge ou fauvette qui s'obstinait à le nourrir alors qu'il était déjà 3 ou 4 plus gros qu'elle. Un peu gênant, mais aussi drôle et touchant. Cela dit je connais d'autres parasites nettement plus encombrants et moins gracieux. Ils sont assis sur les bancs du sénat par exemple.

domi 17/04/2019 12:25

hum ! ces charmants sénateurs travaillant pour la nature en épousant la cause des non moins charmants nemrods...;-)

Pierre Osswald 17/04/2019 12:05

Merci J.Louis de confirmer. Il faut aussi penser aux coucous de la Forêt Noire, qui ne chantent qu'une fois par heure, rustiques et économes comme le sont les montagnards. Il y a également le coucou Suisse, plus intéressant, ce n'est pas Julien Perrot qui dira le contraire. Pour le nourrir il suffit d'ouvrir un compte numéroté à Zürich. C'est un peu plus difficile maintenant, mais on peut y arriver et de l'alimenter avec quelques liquidités mensuellement. En faisant cela le coucou grossit avec une régularité qui fait plaisir.

Jean-Louis 17/04/2019 11:15

Merci cher Pierre, de rétablir la vérité pour ce qui est des pièces de monnaie : j'avais un doute jusque là, pensant que, peut-être, je m'y prenais mal ! Au risque de décevoir quelques lecteurs fidèles de ce blog, tu confirmes donc l'irrationalité de la "chose" et je n'aurai désormais plus de regret d'avoir oublié de prendre des sous pour aller me balader... De toute manière, je n'ai jamais trouvé un quelconque distributeur de quoi que ce soit dans la nature (sauf à l'état de lamentable déchet...). Pour le reste (les parasites encombrants du Sénat), je confirme ta fine analyse !

JC 17/04/2019 09:45

Comme beaucoup j'ai beaucoup plus entendu que vu le coucou au printemps, mais quand je l'ai vu voler, j'ai été très surpris de son vol caractéristique, type montagnes russes d'un manège de foire ou sinusoïde pour les matheux. Je monte, je descends, je monte, je descends,....

JC 17/04/2019 18:06

A moins que ce ne soit plutôt moi qui me trompe. J'ai la visite tous les ans de pics verts, et quelquefois de pics épeiches, dans le jardin, en général des couples. Comme ils passent du temps au sol, et que j'évite de les déranger, je ne les vois pas beaucoup voler. J'en ai sans doute confondu un avec un coucou poussant la chansonnette comme en ce moment.

Jean-Louis 17/04/2019 11:19

Ah ! C'est curieux je n'ai jamais remarqué que le coucou avait un vol "ondulant" : c'est plutôt une caractéristique du vol des pics. Celui du coucou est au contraire rapide et direct ! Mais, peut-être que je me trompe...

Jpl 17/04/2019 08:34

Merci pour ces très belles images d’un oiseau effectivement très discret!

Stenger Claudie 17/04/2019 07:51

Excellent article sur un oiseau qui sort de l'ordinaire! Si tu permets Jean-Louis, j'aimerai juste ajouter que lorsque les jeunes coucous quittent le nid , ils sont encore nourris pendant quelques jours par leurs faux parents!mais là ou cela devient incroyable, c'est qu'a ce moment là, les vrai parents sont déjà partis en migration et donc!! que les jeunes doivent trouver tout seul le chemin du retour contrairement par exemple aux hirondelles qui suivent les parents.(Source NET) a+

Jean-Louis 17/04/2019 11:21

Merci pour le rappel de ces stupéfiantes précisions, Claudie, et encore toute ma reconnaissance pour ces belles photos !

Jacky 17/04/2019 07:45

Bel article. C'est complet et bien illustré par de belles photos. Merci Jean-Louis.

Jean-Louis 17/04/2019 06:10

Avec le rossignol que j’entends à nouveau depuis 4 jours, le chant du coucou est, lui aussi, toujours fébrilement attendu ! Grâce aux magnifiques photos de Claudie Stenger et au magazine La Salamandre, vous avez l’occasion de faire un peu mieux connaissance avec ce "pilleur de nids" qui, contrairement à ce que beaucoup pensent, est loin d’être un cas isolé en matière de parasitage… Cela pourra faire l’objet de publications ultérieures : en attendant, ne boudons pas notre plaisir et profitons pleinement du retour du coucou ! Et… n’oubliez pas de garder quelques pièces de monnaies dans votre poche : on ne sait jamais, la chance vous sourira… peut-être !