Stocamine : l’Etat renonce à assurer la sécurité sanitaire et environnementale de l’Alsace

Publié le par Jean-Louis Schmitt

En 1999, la fin de l’exploitation des mines de potasse d’Alsace et la nécessité de gérer les déchets dangereux ont conduit l’Etat à ouvrir Stocamine, un centre de stockage de déchets dangereux dans ces anciennes mines, situées en dessous de l’une des plus grandes nappes phréatiques d’Europe : ceci en dépit de toutes les oppositions locales. Le choix du gouvernement pour des raisons économiques d’enterrer purement et simplement les déchets à défaut de savoir les gérer est lourd de conséquences et inquiète France Nature Environnement, FNE Grand Est et Alsace Nature.

 

Les fûts de déchets toxiques stockés chez Stocamine / France 3 Alsace

 

Stocamine, un échec annoncé

A l’origine, Stocamine devait contenir des déchets industriels dangereux pendant 30 ans, avec pour maître mot « réversibilité ». Pour ce faire, l’Etat avait écarté d’un revers de main les craintes des associations locales (environnementales et de consommateurs) : ni incendie, ni affaissement ni inondation ne seraient possibles, le site serait sous contrôle, et sa réversibilité garantie. Or, en moins de cinq ans d’exploitation, un incendie s’est déclaré, des déchets non autorisés ont été stockés et les galeries s’affaissent lentement sur les déchets. La décision de l'Etat en 2017 de prolonger l’autorisation de stockage pour une durée illimitée a attesté de la difficulté de l’Etat à cacher sa réelle intention : que ce site de stockage temporaire devienne définitif.

L’ensemble des acteurs presse depuis toujours l’Etat de sortir les déchets de Stocamine

Les différents acteurs concernés ont alerté dès l’origine sur les risques liés au stockage de 44 000 tonnes de déchets dangereux à 500 mètres sous terre : élus locaux, parlementaires, associations et citoyens se sont associés pour soulever les faiblesses de cette solution, mais leur avis n’a jamais été pris en compte. Pourtant, en dépit d’un rapport parlementaire critique publié en septembre 2018, le ministre vient de prendre une décision unilatérale de confinement. Cette décision est uniquement motivée par des raisons budgétaires en ignorant les risques avérés d’affaissement et de propagation des polluants dans la nappe. Pour faire des économies cette année, l’Etat décide donc de laisser 44 000 tonnes de déchets sous terre, faisant peser une dette immense sur les générations futures.

La tectonique des plaques aura raison de l’entêtement de l’Etat

A terme, les mouvements de la terre vont inexorablement déformer les galeries et libérer mercure et consorts dans la nappe… et ce ne sont pas des bouchons dont l'étanchéité n'est pas garantissable qui suffiront à la préserver. Cette nappe est pourtant précieuse : c’est l’une des plus importantes d’Europe, alimentant en eau potable à la fois la France, l’Allemagne et la Suisse. Sa qualité est déjà largement altérée par les pollutions industrielles et agricoles, et si la France veut atteindre l’objectif de bon état de l’eau fixé dans la Directive Cadre Eau, il est impératif de sortir les déchets de Stocamine.

Pour Daniel Reininger, président d’Alsace Nature : « La bipolarité de l’Etat atteint son paroxysme puisque d’une main il signe le Contrat de Solutions pour la nappe phréatique d’Alsace avec l’objectif ambitieux de distribuer de l’eau potable sans traitement de dépollution préalable, et de l’autre main, il enterre des déchets dangereux sous cette nappe ».

Pour Michel Dubromel, président de France Nature Environnement : « Stocamine en dit long sur l’incapacité de l’Etat de garantir la sécurité de stockage de déchets dangereux : si en moins de 10 ans, il n’arrive pas à garantir la sécurité de stockage de déchets dangereux, il n’est pas en mesure de garantir la sécurité du site d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure où le stockage est prévu pour au moins 120 ans. C’est irresponsable, la protection de la santé des populations et de l’environnement doit primer sur une logique purement économique ».

 

 

 

 

 

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B
Non pas d'accord. La décision du ministre est la plus sécuritaire, compte tenu du dossier. Les autorités savent très bien ce qu'il y a dans cette mine. Ces déchets minéraux sont quasi impossible à retraiter. De la même façon que certain déchets nucléaire, le seul recours est le confinement. pas de solution physique ou chimique.
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M
IL faut dénoncer encore et toujours les crimes commis contre l'environnement<br /> et la population; surtout ne pas se décourager.<br /> L'adoration du veau d'or est sans limite et les générations futures on s'en fout! triste à mourir!.
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J
L'état a des objectifs ambitieux pour un futur plus propre. Rien ne suit, que du bla-bla....
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L
Europe Écologie - Les Verts Alsace fait part de sa profonde indignation à l'annonce de la décision du ministre de Rugy d'autoriser les travaux définitifs d'enfouissement du dépotoir souterrain de Stocamine. Ainsi Wittelsheim devient la poubelle toxique de l'Alsace et notre région s'apprête à voir sa nappe phréatique souillée par les produits dangereux à l'origine d'un incendie que l'on disait impossible ! Quelle tristesse d'imaginer notre eau contaminée et rendue impropre à la consommation par la décision d'un ministre opportuniste avant d'être écologiste ! Les difficultés du déstockage évoquées sont en réalité uniquement financières ; préfère-t-on reporter aux générations futures le coût environnemental et sanitaire ? N'est-on pas capable d'envoyer des robots faire le sale travail alors qu'on en envoie sur Mars ?<br /> François de Rugy porte ici une lourde série de responsabilités : responsable d'avoir cédé aux compromissions, responsable de ne pas avoir rencontré le collectif Destocamine avant de prendre sa décision, responsable d'avoir pris de haut l'avis de tou·s les élu·e·s alsacien·ne·s unanimement défavorables à la poursuite du stockage, co-responsable enfin avec l'État d'avoir fait preuve dans cette affaire de cynisme et de mépris à l'égard du territoire et des mineurs. Il faudra lui signifier tout cela lors de sa venue dans la région le 1er février.<br /> Europe Écologie - Les Verts Alsace lance un appel à la résistance et demande à tou·s les élu·e·s alsacien·ne·s, à tou·s les responsables de partis, aux responsables associatif·s environnementalistes et aux autres, aux citoyen·ne·s, aux gilets jaunes, aux jeunes et aux ancien·ne·s du bassin potassique et d'ailleurs de se rendre en masse à la réunion publique organisée par le collectif Destocamine ce jeudi 24 janvier à 19h, salle Grassegert à Wittelsheim. <br /> Nous organiserons le vrai Grand Débat des forces vives alsaciennes sur cette question puisque l'État destructeur de nature tente une fois de plus de passer en force, ignorant le principe de précaution pourtant constitutionnel.<br /> Face au mépris de l'État pour notre région et notre environnement, soyons déterminé·e·s et uni·e·s pour faire reculer le gouvernement !
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J
Enterrez un bidon de produits toxiques dans votre propriété et, si l’affaire s’ébruite, on vous traînera –fort justement d’ailleurs- devant les tribunaux et l’Etat ne manquera pas de demander une peine exemplaire sans oublier, au passage, d’exiger réparation et amendes circonstanciées ! Dans le cas de Stocamine, l’Etat lui-même fait bien pire, faisant au passage, courir un risque environnemental et sanitaire considérable à la population… ‘’Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais…’’
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