Le réchauffement des océans a été largement sous-estimé

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Depuis 2014, les experts climatiques étaient perplexes : la hausse de température mesurée des océans n'était pas aussi forte que ce que les modèles climatiques prédisaient. Les thermomètres avaient-ils faux?

De la glace photographiée le 30 mars 2017 au-dessus de l’île d’Ellesmère au Canada. Getty Images North America/AFP – Mario Tama

Une nouvelle étude parue jeudi 10 décembre 2018 dans la revue Science confirme que les modèles voyaient juste : au total, la température des océans, dans la couche de 2.000 mètres sous la surface, a été revue à la hausse de façon importante pour la période 1971-2010 par rapport à un rapport scientifique de référence parrainé par l'ONU. Ce nouveau travail combine quatre études scientifiques publiées depuis 2014 et qui concordent pour dire que les mesures anciennement utilisées n'étaient pas assez précises et trop basses, in fine.

L'océan, un indicateur du réchauffement global

"Si vous voulez comprendre où se passe le réchauffement climatique, regardez dans nos océans", dit l'un des auteurs du résumé publié dans Science, Zeke Hausfather, de l'Université de Californie à Berkeley. "Le réchauffement océanique est un indicateur très important du changement climatique, et nous avons les preuves que ce réchauffement va plus vite que ce que nous pensions". Le chercheur parle d'"indicateur" car les océans absorbent l'excès de chaleur de l'atmosphère créé par les rejets de gaz à effet de serre. Le réchauffement de l'eau agit comme un signal confirmant la vitesse du changement climatique, explique-t-il.

Selon lui, 2018 sera "très probablement l'année la plus chaude jamais enregistrée dans les océans, comme 2017 et 2016 auparavant". Alors que le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec) estimait en 2014 que le contenu thermique des océans, l'unité utilisée pour ces mesures, était entre 0,20 et 0,32 watts par mètre carré pour la période 1971-2010, les quatre nouvelles études convergent autour d'un chiffre supérieur, entre 0,36 à 0,39 -- et 0,55 à 0,68 pour la période la plus récente, à partir des années 1990.

Les balises confortent les modèles

L'imprécision des mesures passées s'explique par le matériel alors utilisé. Il s'agissait de sortes de thermomètres en forme de torpilles, des bathythermographes, plongeant sous l'eau et reliés par un câble à un navire. Ils ne remontaient pas à la surface et ne duraient pas longtemps. Depuis le début des années 2000, 3.900 balises "Argo" flottantes et plongeantes réparties sur le globe fournissent des données bien plus complètes sur les 2.000 premiers mètres, transmises par satellites avec une fréquence incomparable. Les nouvelles estimations "semblent résoudre de nombreux problèmes qui affectaient les anciennes mesures, et désormais elles semblent s'accorder plutôt bien aux modèles climatiques", conclut Zeke Hausfather.

Sciences et Avenir avec AFP (11.01.2019)

 

 

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Publié dans Environnement

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J
Pas sûr que les mesures ne servent à rien. Les faits ont la tête dure et mieux on les quantifie, plus ils sont convaincants. Mème si le chiffre est un être faible que l'on peut maltraiter à loisir !
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Z
Nous sommes dans le mur et rien ne changera car les "vrais" décideurs s'en contrefichent et ont des intérêts " supérieurs"!
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D
Savoir c'est bien, mais quelles solutions ? Le pire, c'est quand même ceux qui nient la vérité, comme Trump...
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J
Ces chercheurs américains peuvent envoyer leurs conclusions à leur président.
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D
Le réchauffement climatique occupe de nombreux scientifiques… De même que les occupent bon nombre de recherches plus vaines les unes que les autres. D'autant plus vaines que la plupart d'entre-elles ne nécessitent pas un doctorat ou de publication de thèses pour les mettre en évidence.<br /> Le bon sens et l'amour de son environnement suffisent à constater les dégâts, de hurler la vérité de dénoncer les coupables et de décréter l'état d'urgence. Or les "scientifiques" ou, comme vous et moi, les "indignés de base" ne pesons pas lourd face à la puissance du monde de la finance pour qui quelques milliards en main valent plus qu'un monde meilleur demain. <br /> Toute aussi vaine et épuisante la lutte des pacifistes contre la guerre et les marchands de canons ... Toute aussi vaine la lutte des défenseurs de la laïcité contre les fanatiques religieux de tous poils... et tout cela, et c’est peut-être le plus grave, avec la complicité bienveillante des "politiques"!!!
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D
Les luttes que tu évoques peuvent sembler vaines mais je serai moins pessimiste que toi car elles finissent à long terme par faire évoluer les esprits, même si les résultats sur le terrain ne sont pas toujours patents. Hélas !<br /> Le bon exemple est celui de l'écologie qui au plan politique a fini, depuis une première candidature à la présidentielle (Dumont), par être intégrée, avec plus ou moins de succès c'est vrai, par les différentes tendances<br /> J'ajouterai que ce blog, depuis des années, conduit à une réflexion qui est loin d'être inutile, même s'il n'a pas interrompu le réchauffement climatique!
C
Pas besoin d'être devin ni même scientifique pour mesurer les effets du changement climatique : il suffit de regarder dehors pour s’apercevoir que tout est détraqué...
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J
Après une canicule record en janvier (avec des températures autour des 50°) et donc une sécheresse dévastatrice et de nombreux feux de forêt, l’Australie vient de connaître des pluies diluviennes provoquant des inondations catastrophiques elles aussi… Pas de doute : les effets du changement climatique seront dévastateurs et pas seulement sur les autres continents ! En attendant, voilà qui occupe bien de nombreux scientifiques…
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