Le réchauffement climatique transforme les mésanges en tueurs en série

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Bousculées dans leur quotidien par le changement climatique, les mésanges deviennent de plus en plus violentes et c‘est une autre espèce, les gobe-mouches, qui en fait le frais.

Mésange charbonnière et Gobe-mouche gris. Photos : JLS (Cliquez pour agrandir)Mésange charbonnière et Gobe-mouche gris. Photos : JLS (Cliquez pour agrandir)

Mésange charbonnière et Gobe-mouche gris. Photos : JLS (Cliquez pour agrandir)

Les oiseaux sont les seuls animaux appartenant au grand groupe des dinosaures à avoir survécu à leur extinction il y a 66 millions d'années. Et selon les spécialistes, la mésange est l'animal qui d'un point de vue comportemental se rapproche le plus... du T. Rex. Difficile d'imaginer cet oiseau qui pèse tout au plus une dizaine de grammes à l'âge adulte se jeter sur ses adversaires et les massacrer sans aucune pitié. Et pourtant, une étude menée par deux chercheurs hollandais et publiée dans Cell Press montre comment le changement climatique pousse ce petit animal, apparemment inoffensif, dans ces derniers retranchements et le transforme en machine à tuer.

Les deux chercheurs se sont interrogés sur les morts suspectes de plusieurs mâles gobe-mouches noirs. Ces oiseaux partagent leur niche écologique avec les mésanges charbonnières et il arrive qu'ils occupent à tour de rôle le même nid. «Nous avons remarqué que, certaines années, on retrouvait énormément de cadavres de gobe-mouches dans des nids de mésanges charbonnières», explique Jelmer Samplonius, premier auteur de la publication. «Et d'autres années aucun! On s'est demandé si ce partage de niche entre les deux espèces en était responsable.» Les chercheurs ont donc étudié l'évolution précise des populations des deux espèces entre 2007 et 2016.

Les mésanges charbonnières sont présentes sur tout le continent européen. «C'est un oiseau qui ne migre pas», explique Élie Gaget chercheur à l'Institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes de la Tour du Valat. «Elle subit donc les conséquences du réchauffement et doit s'adapter. Cet oiseau se nourrit principalement de chenilles. Avec les hivers qui deviennent de plus en plus doux, les chenilles prolifèrent plus tôt qu'auparavant, ce qui a totalement décalé les mésanges.» En revanche, les gobe-mouches noirs sont migrateurs. Pendant la saison froide ils se réfugient dans des contrées plus clémentes et ne subissent pas les conséquences de la hausse des températures hivernales.

Une montée de la violence ne met cependant pas en danger la survie des deux espèces

«Auparavant, les périodes de nidification des deux espèces se succédaient», explique Élie Gaget . «Désormais, elles se chevauchent. Ce qui crée quelques bisbilles!» Désormais, de retour de leur grand voyage, les gobe-mouches trouvent leurs niches occupées par des mésanges en pleine couvaison. Les mésanges mâles se montrent particulièrement agressives pour défendre leurs progénitures. Conséquence, la mortalité des mâles gobe-mouches a augmenté de 8,9%.

Cette montée de la violence ne met pourtant en danger aucune des deux espèces. Les chercheurs ont noté que les mâles gobe-mouches qui subissent la terrible loi des mésanges sont ceux qui rentrent le plus tard de leurs migrations. «Chez les oiseaux, les mâles les plus forts rentrent en premier», explique Élie Gaget. «Les derniers sont souvent les plus fragiles. Dans le cas présent, ils se font tuer par les mésanges mais ils n'auraient probablement pas eu de descendance.»

Vincent Bordenave/Le Figaro.fr (14.01.2019)

 

 

 

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Publié dans Oiseaux, Insolite

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Z
Pour ce qui est des tueries en séries envers les animaux et même leurs semblables , les humains sont champions toutes catégories!
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J
Je pense que l’agressivité est présente en chaque être vivant probablement pour une nécessité de survivre archaïque. Nous ne sommes donc pas spécialement responsables de celle des autres animaux, ce serait nous accorder une trop grande importance, mais nous sommes partie de l’ensemble.
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Z
A la base , nous sommes les responsables!
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J
j'ai cliqué trop vite!<br /> je comprends l’abruti du sud qui transformait tout ça en brochettes!!!!!
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J
bonsoir<br /> le 3 février c'est les rouges gorge qui ne sont pas gentils,aujourd'hui les mésanges<br /> à qui se fieer
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D
un phénomène étonnant auquel n'est pas étranger le comportement pollueur des hommes
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J
C'est tout à fait possible mais je pense que nous sommes loin de connaître tous les mystères de la nature... et c'est très bien comme ça !
D
Encore une déception !!!! Mais ont-elles le choix, c'est la lutte pour la vie
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J
Encore une fois : relativisons ces propos ! Contrairement aux humains, les animaux évitent l'affrontement et rares sont les cas où les luttes se terminent en pugilats sanglants... Cela dit, la nature est loin d'être tendre mais, ça, nous le savions déjà !
M
Le titre est vraiment excessif !
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O
Ce n'est pas faux pour autant, même si ce n'est pas Jurassic Park tout les jours dans le potager. Quand mes poules ont le malheur ou le bonheur (au choix) de surprendre des souris, des orvets des grenouilles maladroits ou inconscients, c'est un carnage. Le cher Hitchcock nous avait prévenu, on ne peut pas faire confiance aux oiseaux, pourtant je ne me lasse pas de mes petits dinosaures.
J
Mon cher Jean-Louis<br /> Qu'elle ne fut pas ma surprise ce matin en ouvrant ton blog d'apprendre que j’hébergeais des tueurs en série !<br /> Suis-je complice ??????????<br /> Bonne journée. J.J.
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J
Complice ? Assurément tu l'es mon cher J.J... comme nous tous d'ailleurs ! Mais, je pense qu'il faut relativiser ces propos qui me semble, tout comme à Michèle, très excessifs ! Que les oiseaux ne soient pas "tendres" entre eux pendant la période de reproduction, n'est pas un scoop : chacun défend âprement son pré carré et ce, si nécessaire, par la violence... De là à être catalogué de "tueur en série" !!! Voilà qui est fort injuste... Avis tout personnel bien sûr !
J
La période de nidification est toujours agressive. Très peu de mésanges charbonnières viennent se nourrir actuellement à nos mangeoires .
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J
Même constat ici où les quelques coups de becs distribués le sont entre moineaux domestiques et verdiers qui se disputent la place ! Les rares mésanges, stoïques, évitent ces altercations stupides et se servent promptement pour aller décortiquer leur graine, au calme, à quelques mètres de là…
J
Voilà de bien surprenantes découvertes : entre l’analogie de la mésange et du Tyrannosaurus Rex et ce comportement agressif vis-à-vis d’autres espèces de passereaux dont le malheureux gobe-mouche… nous sommes à des lustres de la mignonne petite boule de plumes qui fréquente actuellement –en petit nombre il est vrai- les mangeoires ! <br /> Cette attitude violente à l’égard d’intrus migrateurs me rappelle singulièrement le sort que certains hominidés réservent –ou aimeraient réserver- à d’autres migrants ! Et si les oiseaux ne faisaient qu’imiter les manières de l’animal humain ? <br /> A moins que ça ne soit le contraire…
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