Chez les rougegorges en hiver, point de galanterie

Publié le par Jean-Louis Schmitt

En hiver, chez les Rougegorges familiers, c'est "chacun pour soi" pour accéder à la nourriture !

Rougegorge familier (Erithacus rubecula). Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

Rougegorge familier (Erithacus rubecula). Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

La compétition pour l'accès aux ressources alimentaires a de multiples implications, qu'elles soient démographiques ou évolutives. Chez les Rougegorges familiers (Erithacus rubecula), il existe en hiver une ségrégation des individus en fonction de leur sexe, de leur âge, de leur taille et de leur origine géographique.

Catry et al (2004) avaient supposé que les mâles excluaient en hiver de façon autoritaire les femelles des meilleurs habitats, sans pouvoir toutefois rassembler des preuves : ils avaient observé qu'elles étaient plus nombreuses dans les broussailles tandis que les mâles dominaient dans les bois. Mais les femelles seraient toute de même capables de défendre des territoires et même de sécréter des hormones pour augmenter leur niveau d'agressivité pendant la saison de reproduction (Schwabl 1992).

Tobias (1997) avait constaté que les mâles présentaient en hiver une meilleure capacité d'adaptation que les femelles : mais cette étude ayant été faite chez une population sédentaire, il est possible que les mâles avaient une forte motivation pour conserver des territoires également utilisés durant la période de reproduction.

Des études menées en hiver dans le sud de la péninsule ibérique avaient montré que les rouges-gorges sédentaires avaient une certaine priorité sur ceux venus du Nord pour occuper les meilleurs territoires : mais là encore, cela pourrait être une conséquence de leur forte motivation à conserver leurs domaines pour la saison de nidification à venir.

Des chercheurs portugais ont publié dans la revue Ornis Fennica les résultats d'une expérience visant à tester les différences d'accès à la nourriture entre rouge-gorges dans la nature en hiver : ils ont placé des vers de farine dans des mangeoires dans une zone où de nombreux rouges-gorges hivernaient. 15 jours plus tard, les mangeoires ont été remplacées par des pièges à trappe actionnés durant la journée.

Les premiers individus capturés étaient plus gros et avaient davantage de graisse et de muscles que les derniers. En fonction de ces résultats et d'observations comportementales, les chercheurs en ont conclu que les premiers rougegorges attrapés étaient ceux qui avaient un accès prioritaire à la nourriture. Les premiers et les derniers individus ne différaient pas par leur taille, la forme de leurs ailes ou leur âge. Par contre, les biologistes ont constaté qu'une forte proportion des premiers individus attrapés étaient des mâles, ce qui suggère que chez les rougegorges, le sexe serait un facteur important pour accéder à la nourriture en hiver. Cette domination masculine ne résulterait pas de leur taille plus grande mais d'une agressivité supérieure, d'origine hormonale. L'origine géographique aurait par contre relativement peu d'importance.

Ornithomédia.com (09/01/2019)

Photos : JLS (Cliquez pour agrandir)
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Publié dans Oiseaux

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J
En lisant l'article, je me suis dit que ces chercheurs portugais ont des expériences un peu c......
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Z
Finalement , on peut être un joli oiseau et machiste! <br /> J'ai un seul rouge-gorge qui vient en solitaire aux mangeoires, je ne l'ai jamais vu essayer de faire la loi pas face aux autres mais entre les autres , mésanges , pinsons, grives... il y a souvent des escarmouches autour des boules de graisses , les oiseaux sont loin d'être des pacifiques !
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J
Des cons où des sages ! Quand je mets boules de graisse et graines, personne ne dérange l’écureuil, quand il se susupend pour manger, ni le geai, ni le pigeon, qui risque de décrocher la mangeoire métallique, ni vraiment les mésanges qui affolent les autres en mangeant dans toutes les positions. Les pinsons préfèrent la tranquillité ainsi que les rouges-gorges toujours solitaires. Les merles sont indifférents et ne s’accrochent pratiquement jamais à la mangeoire parce qu’ils récupèrent tout ce que les mésanges ont laissé tomber dans l’herbe. Enfin c’est l’impression que j’ai et finalement tout le monde y trouve son compte.
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O
Il y a du vrai sans nul doute. Mes mangeoires son monopolisées par les rouges- gorges mâles. Difficile d'admettre qu'un être aussi beau, fin, délicat n'est au fond qu'une brute épaisse et machiste. Mais il faut relativiser, face aux mésanges plus agressives encore les rouges-gorges ne font pas le poids. J'ai beau essayer de les raisonner, de dire qu'il y en aura pour tout le monde, aucun résultat.Les oiseaux sont des cons!
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D
étonnant et intéressant phénomène
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J
Pour l’heure, des rougegorges je n’en vois qu’un ou deux dans le jardin ! De manière générale, s’il y a pas mal de moineaux domestiques, quelques pinsons des arbres, des merles, des pies et des corneilles, les mésanges (charbonnières et bleues) restent en petits nombre de même que les verdiers d’Europe ! Sont toujours absents : les chardonnerets et les tarins des aulnes ! Cela dit et pour en revenir à l’article du jour, je pense que, à force d’observation, on n’a pas fini d’en apprendre sur les oiseaux qui nous entourent… mais, finalement, que ce soit chez les rougegorges ou chez les humains, ce sont les plus grands et les plus costauds qui, a priori, se servent en premier et semblent les plus agressifs ! <br /> Voilà qui devrait inspirer certains commentateurs réguliers de ce blog !
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