Bolivie : la culture de la coca menace les abeilles

Publié le par Jean-Louis Schmitt

En Bolivie, l'usage intensif de pesticides pour protéger les cultures de coca des insectes entraîne un déclin du nombre d'abeilles.

Les cultivateurs de feuilles de coca traitent leurs plantations avec des pesticides. Photo : William Wroblewski/AFP

Visage masqué et pulvérisateur sur le dos, Exalto Mamani, cultivateur de feuilles de coca, asperge de pesticides ses champs dans la région de Nor Yungas en Bolivie. Dans le pays, l'extension de cette culture menace l'environnement, et en premier lieu les abeilles.

Des pesticides utilisés de manière massive dans les cultures

Exalto Mamani, dont les parcelles sont disséminées en terrasses sur des versants escarpés de la forêt tropicale d'altitude (1.500 mètres) reconnaît les dommages portés à la nature, mais dit ne pas avoir le choix. "Parmi les producteurs de coca, nous sommes nombreux a être conscients que nous sommes en train d'affecter l'environnement avec ces produits chimiques. Mais il ne nous reste pas d'alternative car la coquita nous fait vivre, nous et nos familles", déclare-t-il à l'AFP. Dans cette région montagneuse de l'est du pays, à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de La Paz, la production de coca n'est pas illégale. Les feuilles sont vendues pour des usages traditionnels, tels que le masticage, la confection de thé, les cérémonies rituelles...

"On utilise les pesticides pour combattre les parasites car ils mangent la coca par petits bouts, et cela nuit à notre économie", explique l'agriculteur. Les produits chimiques ciblent notamment un petit papillon de nuit et un champignon néfastes pour les plantations. "Les planteurs de coca sont en train d'utiliser de manière massive et intensive des pesticides chimiques qui affectent directement la santé des abeilles", dénonce René Villca, apiculteur de la zone, située au nord de La Paz. "Sur les 20 ruches que je possède, dix sont en train de produire normalement et dix anormalement. Leur population est beaucoup moins importante", se désole-t-il.

Une culture qui progresse en Bolivie

Selon un rapport des Nations unies, la Bolivie compte 24.500 hectares de culture de coca (+7% sur un an). Le pays arrive au troisième rang des pays cultivateurs de cette plante, derrière la Colombie et le Pérou. A côté des usages traditionnels, entre 35% et 48% de cette coca sert à la production de cocaïne. Miguel Limachi, entomologiste de l'université Mayor de San Andrés à La Paz, tire, lui, la sonnette d'alarme sur la progression de la culture de la petite feuille verte. "L'aire de culture de coca s'est étendue et la forêt primaire s'est rétrécie de façon alarmante", souligne cet expert. "Une monoculture est davantage attaquée par les insectes ou les champignons car il n'existe plus de couverture végétale primaire, il n'existe plus d'agents de lutte biologique", ajoute le chercheur. "Il faut donc utiliser davantage de pesticides, dans de plus grandes concentrations".

Outre les plantations de coca, les pesticides sont également utilisés pour le café ou les fruits tropicaux. Comme cela a été démontré ailleurs dans le monde, les effets des produits chimiques sur les abeilles sont irréversibles et affectent principalement leurs capacités motrices et spatiales. "Comme il s'agit d'insectes sociaux et extrêmement organisés, lorsque leur système nerveux est affecté, leur comportement se transforme en comportements irréguliers qui entraînent une double dépense d'énergie et une désorganisation dans la colonie", explique Miguel Limachi. Et comme ailleurs, les agriculteurs qui manipulent ces produits sont également touchés par cette pollution. Les pesticides "subsistent dans le sol, à la surface des plantes et naturellement contaminent tous les organismes présents. Les agriculteurs eux-mêmes, leurs familles et la faune de la forêt", rappelle l'universitaire. Pour Exalto Mamani, sortir de ce cercle vicieux semble toujours plus difficile. "Aujourd'hui, avec le changement climatique, les parasites augmentent et nous devons utiliser plus de produits chimiques", déplore-t-il.

 

Sciences et Avenir avec AFP (04.01.2019)

 

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Z
On n'y va plus, on EST dans le mur . Désespérant!
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J
Oui mais en Bolivie, c’est peut-être encore plus difficile de vivre sans ces traitements que chez nous. Et dans certains cas, l’homme choisira toujours de survivre à court terme. Il faudrait leur proposer des solutions alternatives.
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D
désespérant !
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O
Une fois de plus c'est le consommateur qui aura le dernier mot, exigeons de la cocaïne 100% bio, issue du commerce équitable et labellisée Max Havelaar.
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J
Hé oui, ce « on a pas le choix » est d’une stupidité hallucinante…comme chez nous. D’ailleurs, concernant l’un de ces pesticides, sur la sellette, le glyphosate, j’ai appris très récemment qu’il a aussi été breveté par Monsanto et en 2000, comme antibiotique. Or, comme nous en « mangeons » tous d’une façon ou d’une autre, ce produit devrait à ce seul titre d’antibiotique être interdit au nom du principe de précaution MÊME si il s’avérait qu’il n’est pas toxique, car chacun sait que les antibiotiques, c’est pas automatique (ne nous l’a t-on pas répété des milliers de fois?) et dans ce cas précis cela provoque l’émergence de souches bactériennes résistantes. Ah, cette pourriture de langue de bois, d’omissions volontaires d’infos, de trafic lobbyiste, …et tout ça pour détruire la planète. Eh! Oh!, vous avez un cerveau les dirigeants ? Même quelques neurones? Quelques circuits de pensée sans le fric au bout? Sans votre ego directif? Sans idée carriériste ?
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J
Paradoxe saisissant et quelque peu absurde que ce ‘’on n’a pas le choix’’ ! Pas le choix de tuer l’environnement pour, finalement, s’auto détruire soi-même ? Quelle stupidité… Evidemment, il nous est facile de porter ce genre de sévères jugements alors que, finalement, les choses se passent exactement de la même façon chez nous sans pour autant qu’il y ait un réel sursaut dans la conscience collective… L’effondrement, on n’y va pas, on y court non sans avoir préalablement tout détruit !
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