Une instance gouvernementale favorable à la protection du putois d'Europe

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Le Conseil national de protection de la nature a rendu un avis favorable concernant l'inscription du putois d'Europe sur la liste des mammifères protégés en France.

Putois d’Europe, mammifère carnivore de la famille des Mustélidés, sur un tronc de saule, dans la forêt rhénane de la Wantzenau. Photo : Yves Noto Campanella (cliquez pour agrandir)

Putois d’Europe, mammifère carnivore de la famille des Mustélidés, sur un tronc de saule, dans la forêt rhénane de la Wantzenau. Photo : Yves Noto Campanella (cliquez pour agrandir)

Le putois d'Europe (Mustela putorius) va-t-il devenir une espèce protégée ? Son inscription sur la liste des mammifères protégés en France est en bonne voie : le CNPN (Conseil national de protection de la nature) a rendu un avis favorable à ce sujet. Pierre Rigaux, administrateur en charge du dossier pour le compte de la Société Française pour l'étude et la protection des mammifères (SFEPM) l'assure : "C'est une étape très importante qui vient d'être franchie".

Le CNPN est rattaché au Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire. Son avis est consultatif notamment concernant la législation applicable à la préservation des espèces sauvages. "Pour que le putois soit classé 'protégé', il faut maintenant qu'un arrêté soit signé par le ministre François de Rugy. C'est une décision politique qui est nécessaire pour que l'espèce puisse être sauvée en France", poursuit le naturaliste dans un mail envoyé à Sciences et Avenir.

La situation de l'espèce en France est préoccupante

À l'origine de cette demande, la SFEPM a publié en 2017 une synthèse sur la situation de l'espèce en France. Selon le rapport qui avait été rédigé par Pierre Rigaux en récolant des données obtenues au niveau local, des avis d'experts et en se basant sur des publications scientifiques, "le constat qui ressort de cette synthèse est alarmant". De nombreuses menaces pèsent sur ce petit carnivore et ont conduit à son déclin sur le territoire national. La première d'entre elles est le piégeage et la chasse qui ne sont pas toujours pratiqués dans la légalité et ne visent pas forcément ces animaux. Certains pièges sont en effet destinés aux espèces invasives comme le Vison d'Amérique (Neovison vison), mais ils ne sont pas suffisamment sélectifs. Ces espèces sont en outre susceptibles de transmettre des agents pathogènes aux putois par exemple le virus de la maladie aléoutienne.

Comme de nombreuses autres espèces, Mustela putorius souffre également de la pollution (agricole et industrielle), de la destruction et de la fragmentation de son habitat, notamment des zones humides où cet animal aime s'aventurer. L'expansion du réseau routier n'y est pas étrangère. Par ailleurs, "le putois est fréquemment victime de collisions routières", note le rapport. En plus de toutes ces menaces qui le vise directement, le putois d'Europe souffre aussi de la raréfaction de ses proies comme le lapin de garenne ou encore certaines espèces d'amphibiens. L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a inscrite l'espèce dans sa fameuse Liste rouge.

Le putois est fréquemment victime de collisions routières. Photo : JLS (cliquez pour agrandir)

Le putois est fréquemment victime de collisions routières. Photo : JLS (cliquez pour agrandir)

Des programmes de préservation pourraient être mis en place

"Sous la pression des représentants cynégétiques, le putois est encore classé 'susceptible d'occasionner des dégâts' (nouvelle dénomination des 'nuisibles'). Pourtant, rien ne justifie un tel classement : aucun impact sur les activités humaines, aucun impact écologique négatif n'est documenté par aucune donnée scientifique", se désole Pierre Rigaux.

L'animal est accusé de s'attaquer aux basses-cours et aux petits gibiers. Des incriminations balayées par le naturaliste dans une note de blog : il assure que ces dégâts ne sont jamais prouvés. "Rarement visités par les putois, les poulaillers ne le sont pas du tout s'ils sont bien fermés la nuit" et "quant au 'petit gibier', c'est-à-dire en fait les perdrix et faisans d'élevage lâchés pour la chasse, rien n'indique que les putois s'en attribuent une part notable", déclare-t-il.

De son côté, l'ONCFS explique sur son site que "la prédation du putois sur les élevages avicoles, comme celle des autres espèces de mustélidés, reste difficilement quantifiable par manque d'outil simple permettant une estimation précise des pertes et une reconnaissance fiable des prédateurs en cause". La protection de cette espèce permettrait l'interdiction de son piégeage, sa prise en compte lors des chantiers d'aménagement du territoire mais aussi la mise en place de programmes de protection.

 

Sciences & Avenir/Anne-Sophie Tassart (03.12.2018)

 

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K
Une bonne nouvelle.<br /> Bonne fin d'année 2018
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D
bonne nouvelle
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O
Il était temps !
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J
Espérons en effet que cette protection voit le jour, sinon c’est effectivement incompréhensible que l’on continue de détruire cet animal, mais avec un président qui ne trouve rien de mieux à faire de de diviser par deux le prix du permis de chasse donc de tuer, je m’attends à tout!
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O
Pendant mes années d'enfance "putois" a surtout signifié pour moi une horrible chose, dotée d'une tête avec des yeux en boutons et de petites pattes pendouillantes, qu'on accrochait autour de mon cou, par-dessus le col de mon manteau, avant de sortir l'hiver. Ces temps là sont déjà heureusement révolus et la possibilité d'une protection de ce bel animal est une bien bonne nouvelle dont je vous remercie. Bonne fin d'année !
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J
Je garde moi aussi un souvenir très mitigé de ces cols en cadavre d'animaux : martre, putois, renard... Quelle horreur !
J
Il y a toujours la même équation : d’un côté, une baisse drastique de l’ensemble de la biodiversité, de l’autre, des espèces –fussent-elles menacées- que l’on continue à détruire sciemment, par plaisir mais, surtout, par ignorance et bêtise ! J’avoue que ce genre de comportement m’est totalement incompréhensible tout comme l’est l’attitude des pouvoirs publics qui traînent des pieds pour prendre les mesures adaptées…
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