Bartek était l’exact opposé de celui qui l’a tué

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Bartosz Orent-Niedzielski, surnommé Bartek, est mort, dimanche soir, cinq jours après avoir croisé la route du tueur de Strasbourg. Portrait.

Bartek s’est éteint dimanche soir, cinq jours après avoir été la cible du tireur de Strasbourg. DR

Bartek s’est éteint dimanche soir, cinq jours après avoir été la cible du tireur de Strasbourg. DR

Depuis mardi soir, sa mort a été plusieurs fois annoncée, puis démentie, sur les réseaux sociaux. Une épreuve de plus pour les proches de Bartosz Orent-Niedzielski, qui était hospitalisé à Hautepierre, à Strasbourg, en état de mort cérébrale, après avoir reçu une balle en plein front lors de l’attentat du marché de Noël de Strasbourg mardi soir. Un attentat qui a fait 5 morts et 11 blessés.

Claire Audhuy, une amie de Barto (le surnom que lui donnaient ses amis français), était encore à son chevet dimanche. « Sa peau était douce et chaude, il respirait tout seul », confie-t-elle au Parisien (en réalité sous assistance respiratoire, NDLR). « Les médecins ont eu beau nous expliquer qu’il était en état de mort cérébrale, on n’arrivait pas bien à réaliser. C’était un peu violent. On ne pouvait espérer qu’un miracle. »

Il n’y a pas eu de miracle. Dimanche soir, le cœur de Bartosz a fini par lâcher. « Mon frère Barto vient de nous quitter », a annoncé son frère Jakub sur Facebook. « Il vous remercie pour votre amour et pour la force que vous lui avez apportés », a-t-il ajouté, à l’attention des nombreux amis qui se sont déplacés, dans une file presque ininterrompue depuis mardi à l’hôpital.

« De l’or dans le cœur »

Car à 35 ans, Bartosz « avait énormément d’amis », salue Luc Arbogast, chanteur qui a participé à la saison 2 de The Voice, et ami du trentenaire strasbourgeois depuis le début des années 2000. Figure des mondes associatifs et culturels de la ville, Barto était très engagé, dans de multiples causes : droits des LGBT, culture yiddish, radios associatives, musique, écologie… « Barto était un hyperactif. Il était toujours investi dans un projet », se remémore Luc Arbogast.

« Il y a des gens qui ont de l’or dans les mains, toi tu avais de l’or dans le cœur », a salué sur Facebook Lionel Wurms, le président de Strasbulles, festival de bande dessinée dont Bartosz, était l’une des chevilles ouvrières. « Tu étais un modèle de bonté et d’ouverture vers autrui. Un modèle unique. »

Il parlait au moins sept langues

« Bart, Barto, Bartocz, Bartek… ses nombreux surnoms illustrent bien sa personnalité », très « riche », selon Claire, qui décrit un garçon passionné et touche à tout. « Ultra-sensible », aussi. « Quand il assistait à une de nos représentations », se souvient la jeune écrivaine, metteuse en scène, artiste, « que ce soit gai ou triste, Bartek ressortait les larmes aux yeux. Oui, c’était peut-être un ange, Bartek ». « Il avait un côté innocent, optimiste, un peu désinvolte », complète Luc Arbogast. « Il était excessivement intelligent ».

Originaire de Katowice, en Pologne, Bartosz était arrivé en France à l’adolescence, avec sa mère et son frère Jakub. Leur père, lui était resté au pays. « Au lycée, déjà, il était très bon en langues vivantes », se rappelle Piotr, l’un de ses camarades au lycée international des Pontonniers, à Strasbourg.

Un appétit pour les langues qui ne l’a jamais quitté. En plus de sa langue natale et du français, Bartek parlait l’anglais, l’italien, le hongrois, le yiddish, le russe… « Hier encore, nous avons essayé de compter. Sept, huit langues ? On n’y arrivait pas ! » glisse Claire.

« L’incarnation de la mentalité strasbourgeoise »

Un talent que Barto utilisait en accueillant des touristes étrangers à Strasbourg, et en leur servant de guide pour visiter la ville. « Son rêve était de créer une auberge multilingue », assure Claire. « Il était cosmopolite, fédérateur, ouvert sur les autres cultures », complète Luc Arbogast. « Il était l’incarnation de la mentalité strasbourgeoise. Si cela ne tenait qu’à moi, je baptiserais une rue de la ville à son nom ». « Il était europhile. Pour lui, l’identité européenne était très importante », abonde Claire, rappelant que Bartek a contribué à son livre « Penser et parler l’Europe » paru en 2012.

Lors de chaque session du Parlement européen, une fois par mois, Barto présentait une émission de radio avec son ami italien, le journaliste Antonio Megalizzi, mort, vendredi, des suites de ses blessures. C’est ensemble qu’ils ont croisé la route de Cherif Chekatt, mardi soir, en sortant d’une boulangerie, rue des Orfèvres. « Bartek, ce cher apôtre du bien, était l’exact opposé de celui qui l’a tué, qui lui a envoyé cette fichue balle », résume dans une colère froide Lionel Wurms.

Le Parisien/Caroline Piquet et Geoffroy Tomasovitch (17 décembre 2018)

 

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Publié dans Disparition, Portrait

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Jean-Louis 23/12/2018 06:44

Figure incontournable de la scène culturelle strasbourgeoise, Bartek était un authentique Citoyen du Monde dans le sens le plus noble du terme… Lionel Wurms, président de l’association ABD et de Strasbulles résume merveilleusement qui était Bartek : "Il y a des gens qui ont de l’or dans les mains, toi tu avais de l’or dans le cœur", écrit-il notamment, avant de poursuivre : "Bartek, cher apôtre du bien, je pense que tu étais l’exact opposé de celui qui t’a envoyé cette fichue balle. Ta belle âme lumineuse a malheureusement rencontré un esprit du mal."… "Ce dont je suis sûr te connaissant, c’est que si tu le croises un jour là-haut ou ailleurs, celui-là, cet opposé, celui qui a mis un terme à ton beau projet parmi nous, tu es encore capable d’aller lui tendre la main…", écrit-il encore. "On t’aimait Bartek. On t’aimait tous et nous étions nombreux."
Mes pensées vont aujourd’hui aux nombreux blessés de cet acte fou qui ne sont toujours pas ‘’tirés d’affaires’’, aux familles de toutes ces victimes et, tout particulièrement, à Dorota, la mère de Bartek !