Didier Guillaume, ministre de l'Agriculture (et du glyphosate ?)

Publié le par Jean-Louis Schmitt

On a rêvé que le successeur de Stéphane Travert joue une carte un peu nouvelle sur les pesticides. Perdu, c’est Didier Guillaume…

Didier Guillaume, nommé ministre de l’Agriculture le 16 octobre 2018 (GEOFFROY VAN DER Didier Guillaume, nommé ministre de l’Agriculture le 16 octobre 2018 (GEOFFROY VAN DER  HASSELT / AFP)

"Sur le fond, sincèrement, je ne l’ai jamais entendu formuler des propositions fraîches et innovantes, où qu’il soit." Quand il évoque l'action politique du nouveau ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, ce sénateur socialiste anonyme cité par une dépêche de l’AFP est sans aménité. Hélas, il confirme un pressentiment qui nous a traversé lorsqu’on a appris la nomination de cet ancien vallsiste au portefeuille rural : le changement, ce n’est pas pour maintenant.

Car oui, on avait eu la folie de rêver qu’un ministre de l’Agriculture pourrait avoir, sur l’épineuse question des pesticides, une opinion un peu différente de ses prédécesseurs. Voire un pedigree nouveau. Pourquoi ce souhait complètement dingue ? Parce que les choses ont beaucoup évolué ces derniers mois en ces matières. D’abord, il y a eu le procès Dewayne Johnson perdu par Monsanto cet été. Pour la justice américaine, il est clair désormais que glyphosate, le principe actif de l’herbicide RoundUp, est un poison pour l’homme.

Quelque chose s'est brisé

Cette étape judiciaire fondamentale fait écho aux conclusions de l’Organisation mondiale de la santé, qui déclarait le glyphosate "cancérogène probable chez l’homme" en 2015, et au travail journalistique d’une Marie-Monique Robin, enquêtant sur les ravages de cette substance chimique sur la santé humaine, les espèces et les sols.

Quelque chose s’est sans conteste brisé entre l’opinion française et les pesticides (le terme "produits phytosanitaires", doux euphémisme, est de moins en moins usité dans les médias). Quelque chose de renforcé par l’étude de l’Inra démontrant, cet été, qu’ils sont moins efficaces contre les ravageurs, champignons et mauvaises herbes que l’agriculture bio.

Renforcé aussi par les promesses de l’actuel gouvernement d’interdire le glyphosate – promesse, certes, qui n’est accompagnée d’aucun calendrier, mais promesse quand même. Renforcé, enfin, par la démission fracassante de Nicolas Hulot, et par le récent "Appel des Coquelicots", ce mouvement populaire qui réclame d'abolir l’usage de tous les pesticides, sans exception.

Bref, on pensait que le vent avait tourné, que le règne macronien pouvait désormais se risquer à nommer un ministre de l'Agriculture qui ait le courage d’affronter la question phytosanitaire avec courage (car il en faut), sans forcément se mettre au service des grands syndicats agricoles.

Vieille maison

Il ne faut pas faire de procès d’intention à M. Guillaume. "Nul ne sait ce que peut le corps", disait Spinoza. Et un ministre n’est certes jamais définitivement enfermé dans un destin – fût-il tracé par les lobbies. Mais le passif est là. Le successeur de Stéphane Travert a voté contre l’interdiction du glyphosate lorsqu’il était sénateur. C’est un membre de cette vieille maison coupée des réalités qu’est le Sénat, un représentant du monde agricole qui fait donc ce qu’il croit que le monde agricole attend de lui. Pas de surprise en vue, donc.

On l’entend déjà, d’ici, dire que sur le glyphosate, il faut faire preuve de "pragmatisme" plutôt que d’ "idéologie", que les agriculteurs souffrent déjà bien assez de la concurrence mondiale sans qu’on vienne leur ajouter des difficultés supplémentaires… Tout cela est prévisible. Didier Guillaume rêvait, paraît-il, jour et nuit de devenir ministre. Mais c’est à se demander pourquoi Stéphane Travert est parti.

 

L’OBS/Arnaud Gonzague (16.10.2018)

 

 

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K
Rien ne changera...<br /> Bon après-midi
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M
Inutile de se bercer d’illusions : Guillaume a été choisi par Macron pour faire la politique de Macron ! Alors…
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L
as tu vu le lanceur d'alerte sur les bébés qui naissent sans bras ? entre les médecins et les pouvoirs publics , bien sûr , c'est le désaccord
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J
Bien entendu, il n'y a aucun lien de cause à effet entre les abeilles qui crèvent par millions, les malformations de plus en plus nombreuses et l'usage des pesticides !
J
Si il a voté contre l’interdiction du glyphosate c’est qu’il fait passer les intérêts de l’argent avant ceux de la planète et de tous ceux qui y vivent. Il est actuellement impossible de méconnaître les effets néfastes de ces produits, c’est donc quelqu’un qui en toute connaissance du dossier, privilégie le système, aucune confiance n’est possible à son égard! Il ne changera pas.
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J
PS : oui tout à fait d’accord , Macron se fout de nous !
J
Wait and see… mais j’avoue qu’il y a peu de chances que quelque chose change : La politique de Macron, faut-il le rappeler ? ne tient aucun compte de l’environnement… si ce n’est de celui des actionnaires !
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D
Malgré ses propos d'hier concernant l'environnement il y a peu à espérer de Macron dans ce domaine, un Macron dont le propos est passé bien au dessus de la tête des Français et un propos qui est bien en dessous de nos préoccupations. Pourtant, en matière d'environnement, et de biodiversité, c'est bien par l'agriculture qu'il faut commencer
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M
Pour moi, Macron se fout de nous et ne parlons pas du Ministère de l'environnement… C'est à désespérer...
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