Séquence émotion…

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Comme de nombreux autres français, je viens d’entendre en direct sur France Inter Nicolas Hulot annoncer sa décision de ne pas rester au gouvernement et donc de quitter ses fonctions ministérielles dès aujourd’hui ! J’ignore ce qu’il en sera de l’écologie après lui, en revanche je ne peux que le féliciter d’avoir pris cette décision courageuse : en effet, quand on sait pertinemment qu’on n’a aucun moyen d’appliquer sa politique face à un gouvernement qui met systématiquement l’écologie au rancart, mieux vaut partir… C’est une question de cohérence !

 

Décision mûrement réfléchie a annoncé Nicolas Hulot ce matin sur l’antenne de France Inter mais qui fait suite à une réunion de l’Elysée où les chasseurs ont été reçus hier pour la troisième fois ! Bien sûr, Nicolas Hulot ne démissionne pas à cause des chasseurs toutefois, l’annonce de ce départ au lendemain d’une entrevue qui donne une fois de plus de nombreux privilèges aux chasseurs (lire l’article de Libération ci-dessous) n’est peut-être pas totalement fortuite non plus : Nicolas Hulot a, lors de cette réunion pu constater, une fois de plus, combien l’écologie et la biodiversité étaient bafouées, données en pâture à des lobbys qui sont les véritables meneurs de jeu ! Les politiques ne font en effet que céder à ces groupes de pression et cela est véritablement inacceptable !

Le désormais ex Ministre de la transition écologique et solidaire vient sans doute, enfin, de comprendre tout cela et, amer, ne peut que se désolidariser de cette politique politicienne qui ne fait rien pour l’environnement ou si peu…

J’ai souvent été en désaccord avec Nicolas Hulot, ministre et, à chaque fois, l’ai dit sans ambages : je suis bien conscient que sa « marche de manœuvre » était très limitée et suis, par ailleurs, intimement persuadé qu’Emmanuel Macron n’a fait que se servir de l’image de son populaire ministre… Je salue par conséquent sa décision de quitter ce navire : ils ne te méritaient pas Nicolas et ton propos d’aujourd’hui m’a profondément ému  !

 

 

Les chasseurs reçus à l'Elysée : «Par démagogie, on maintient l'ancien monde»

Alors qu'Emmanuel Macron recevait les chasseurs pour la troisième fois, Allain Bougrain-Dubourg, le président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), se désole du peu de cas fait des questions de biodiversité.

Chasse à courre dans la forêt de Chatenoy, le 23 décembre. Photo : Lionel Bonaventure. AFP

Emmanuel Macron a réuni lundi à l’Elysée le président de la Fédération nationale de la chasse, Willy Schraen, et le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, pour discuter du projet de réforme de la chasse, très critiqué par les défenseurs de la nature. Parmi d’autres décisions actées, le prix du permis de chasse national passera de 400 à 200 euros et les oies cendrées pourront être chassées dès le mois de février dans le cadre de la «gestion adaptative des espèces». Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), ne cache pas sa déception et sa colère.

Que vous inspire le fait qu’Emmanuel Macron ait reçu les chasseurs ?

Cela va faire trois fois que le Président reçoit les chasseurs, deux fois à l’Elysée, une fois à Chambord. Alors que les associations de protection de la nature et de la biodiversité ont demandé à le rencontrer pour des dossiers qui vont bien au-delà de la chasse (pesticides néonicotinoïdes «tueurs d’abeilles», agriculture, protection des espèces, etc.). Après deux mois d’attente, on a été retoqués, la présidence de la République nous a renvoyés vers une conseillère de l’Elysée, que nous avons décidé de ne pas rencontrer, car c’est le Président que nous voulions voir. Ce n’est pas élégant. Et ça prouve l’intérêt qu’il porte à la chasse et le peu de cas qu’il fait des questions de biodiversité. C’est agaçant, et je suis assez surpris de le voir un peu hors sol sur ces questions.

Nicolas Hulot a lancé une consultation participative en plein mois d’août sur le thème des chasses traditionnelles : à la glu, à la matole (une petite cage), à la lecque (l’oiseau est écrasé par une pierre), etc.

En moins de quinze jours, nous avons réussi à décrocher plus d’un million de réponses en faveur des propositions de la LPO, c’est-à-dire l’abolition de ces chasses d’un autre temps. Donc quand on dit qu’il faut être attentifs aux chasseurs parce qu’ils représentent une force, pourquoi pas, mais il existe aussi d’autres forces… Je croyais qu’on s’apprêtait à entrer dans un nouveau monde avec le président Macron, or par démagogie, on maintient l’ancien. Pire, on rétablit les chasses présidentielles. Sauf erreur de ma part, la première chasse présidentielle aura lieu en 2019 avec nos amis du gouvernement italien, et ce sera en l’honneur des 500 ans de la mort de Léonard de Vinci. Sauf que ce dernier était végétarien et a écrit parmi les plus belles pages invitant au respect de la nature et des animaux. Il va se retourner dans sa tombe ! J’en ai parlé à la région Centre, pour leur demander d’intervenir pour qu’il n’y ait pas de chasse présidentielle, au moins au titre de Léonard de Vinci.

En France, on chasse 64 espèces différentes d’oiseaux. La moyenne européenne, c’est 14 espèces. Et on veut tuer encore davantage. Parmi ces 64 espèces, vingt sont sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) parce qu’en déclin pathétique. La tourterelle des bois, par exemple, a perdu 80% de sa population en trente ans et on continue d’en tirer 100 000 par an. Quant à l’alouette des champs, le Muséum national d’histoire naturelle et le CNRS ont révélé en mars un déclin de plus de 30% de sa population en quinze ans. Nicolas Hulot a fait un appel à la solidarité pour la biodiversité à la suite de cette révélation. Eh bien ça n’empêche qu’on va en tirer ou piéger (au moyen de petites cages et au filet) encore près de 500 000 par an, leur piégeage risque d’être maintenu à l’égal de 2017, c’est honteux. Il y a donc deux langages. Et les chasseurs élèvent près de 20 millions d’animaux (faisans, perdrix, canards colvert, lièvres, lapins, etc.) pour les lâcher devant les fusils, en plus de tout le reste.

Que pensez-vous de «la gestation adaptative des espèces», soit l’idée d’ajuster le plus finement possible les quotas de chasse en fonction de l’état exact de la population et des dégâts provoqués par les animaux ?

Cela veut dire en fait que si on a beaucoup d’animaux, on peut taper dedans. Je n’ai pas cette conception des choses et je souhaite que 64 espèces soit la limite maximum du nombre d’espèces chassables. Or cette gestion adaptative pourrait nous inviter à autoriser d’autres espèces à la chasse, notamment le pinson, pour remplacer l’ortolan qui est en déclin pathétique. Par ailleurs, cela conduit à dire qu’on pourra chasser les oies cendrées au mois de février. Il est honteux de prétendre qu’elles ravagent les cultures, c’est un mensonge scandaleux. Il y a des problèmes avec les oies cendrées aux Pays-Bas, autour des aéroports. Mais en France, non, ce ne sont pas les mêmes populations. Là-bas, elles sont sédentaires et en nombre, ça n’a strictement rien à voir. Emmanuel Macron n’est pas le premier à vouloir prolonger la chasse aux oies, il y a eu les ministres de l’Ecologie Jean-Louis Borloo, Ségolène Royal, Philippe Martin, et on les a tous retoqués devant le Conseil d’Etat. Cela fait onze fois qu’on gagne en référé sur les oies, et il faudrait recommencer une douzième fois ? Eh bien, on ira devant le Conseil d’Etat.

On a demandé et obtenu un moratoire pour deux espèces, la barge à queue noire et le courlis cendré. Sauf que pour ce dernier, le moratoire a été donné à l’exception du domaine public maritime. L’ennui, c’est que la majorité des populations de courlis cendré sont sur ce domaine maritime… On sera très attentifs, avec le Muséum, le CNRS, les scientifiques, pour sortir des laboratoires et montrer la réalité.

Le prix du permis de chasse national va baisser, de 400 euros par an actuellement à 200 euros…

Je trouve ça navrant, c’est du clientélisme. A un moment où on a besoin de budget pour tenter d’enrayer le déclin de la biodiversité, exonérer les chasseurs de plus de la moitié de ce qu’ils donnaient avant, ce n’est pas un joli signal. Par ailleurs, l’estimation du prix d’un cerf avoisine les 1 000 euros. Alors, quand je vois qu’on descend le prix du permis de chasse, ce n’est pas élégant…

Brigitte Bardot, que vous connaissez bien, a qualifié cet été Nicolas Hulot de «trouillard» sur le dossier de la chasse et appelé à sa démission…

Je regrette qu’elle se soit emportée. Elle parle avec ses tripes et son cœur. Mais je constate que sur les réseaux sociaux, beaucoup de gens ont considéré que les réformes que nous demandons, comme l’arrêt de ces chasses dites traditionnelles, devaient s’imposer. Et je crois que le président Macron ne voit pas la sensibilité de l’opinion publique tant à l’égard de la protection de la nature que de la condition animale.

Quant à Nicolas Hulot, je le connais depuis longtemps, je ne doute pas une seconde de sa bonne volonté et de sa sensibilité dans ces dossiers. Seulement, effectivement, il arrive un moment où l’inacceptable s’impose. Par conséquent, il faut faire preuve d’autorité d’une manière ou d’une autre.

Libération/Coralie Schaub (27 août 2018)

 

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J
Je suis de toute ma pensée et de tout mon coeur en accord avec les réflexions graves, profondes, humaines au haut sens du terme exprimées dans ces articles aujourd'hui. Elle me consolent de la médiocrité de ceux qui sont, par notre choix, aux commandes. <br /> Merci à Jean-Louis , à Gérard Charollois, à Allain Bougrain-Dubourg, à la maladroite BB mais si efficace et généreuse, à tous ceux célèbres ou moins qui aiment la vie de chaque être qui vit et veut vivre, l'arbre, la fleur, l'oiseau, le blaireau et l'homme. Nous sommes la merveilleuse unité diverse qui enchante celui qui s'ouvre à elle. Je pleure devant tant de gâchis politique, mais je pleure de joie en lisant vos commentaires. <br /> Jacqueline qui va quitter cette Alsace tant aimée pour les Yvelines où se trouvent enfants et petits-enfants.
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J
Bonjour Jacqueline,<br /> Merci pour ce touchant commentaire : il y a effectivement un gâchis monstre où, à chaque fois, c'est la Nature -dont nous avons pourtant tellement besoin- qui trinque ! Je suis souvent en colère contre tant de bêtise et d'ingratitude... Malheureusement, cela ne change pas grand-chose ! Il nous faut malgré tout poursuivre la lutte, ne serait-ce que pour pouvoir continuer à se regarder en face chaque matin et avoir la satisfaction d'avoir essayé de changer le cours des choses et ne n'avoir pas été complice de toutes ces horreurs...<br /> Vous quittez l'Alsace ? J'espère que vous garderez le contact peut-être à travers "Nature d'ici et d'ailleurs" ! J'en serais honoré...<br /> Donnez-nous de vos nouvelles à l'occasion !
J
Avec les dernières mesures du chef d’état en faveur de la chasse et l’éradication de NH du gouvernement, ce que souhaitaient bon nombre d’impliqués de près ou de loin contre l’écologie, il devient clair que Macron a bien trompé ses électeurs.<br /> Il ne souhaite aucunement un renouveau dans la politique et à comme tous les autres été mis au pouvoir pour faire perdurer cette vieille politique qui nous mène droit dans le mur. C’est bien le président des riches, on le voit de plus en plus avec les mesures anti sociales prises, et c’est aussi le président des tueurs, pollueurs.<br /> Qui peut encore avoir confiance en ses paroles?<br /> Et pour Albert, son intervention stupide dans ces lignes montre bien son atteinte mentale!
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J
'il est une chose où je ne me sens nullement grugé, c'est bien la politique de Macron qui est telle que l'on pouvait la craindre : abo minable (l’orthographe est volontaire...) pour l'Environnement et les animaux qui sont et ont toujours été le cadet des soucis de cet arriviste qui œuvre sans complexe aucun pour les nantis et l’impitoyable monde des affaires ! Le départ de NH -que je salue une fois encore- est un formidable aveu d’impuissance face à une politique qui n’aura de cesse de continuer la destruction déjà bien entamée ! Rester aurait été se rendre complice de ce détricotage immonde qui fait la part belle aux pollueurs et aux opposants de tous poils du vivant… <br /> Pour ce qui est du commentaire de cet ‘’Albert’’ (ci-dessous) : inutile de s’y attarder : il reflète merveilleusement un état d’esprit particulièrement rétrograde qui plus est bête et méchant ! Une véritable caricature qui, pour toute réponse, ne mérite que le mépris…
C
Je vais être bref et direct : pour moi la chasse de loisir devrait être interdite tout simplement. Quant à NH, il a bien fait de quitter ce gang de mercenaires malfaisants sur tous les plans...
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J
Comment te contredire sur cette analyse l’Ami ? Inutile que je radote : tu connais mes idées…
C
Moment d'émotion pour lui mais sage décision.
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V
coucou s'il n'a pas réussi à imposer sa vision, je ne sais pas si quelqu'un y arrivera
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J
Hulot a été hué par tout le monde, les chasseurs comme les écolos. C'est si facile de ràler. Je comprends qu'il quitte sa fonction, mais c'est dommage car il était un bon poil à gratter pour le gouvernement. Nous le regretterons.
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L
il a raison !! pas les coudées franches pour faire évoluer les dossiers--<br /> seul face à tous-<br /> BB le critique mais tout le monde n'a pas sa grande G !<br /> bonne fin de journée-<br /> on va avoir qui ? une potiche ! lol<br /> amitiés-
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M
je trouve cette situation désespérante ; si même lui n'a rien pu faire rien ne sera fait :( il a eu raison de ne pas cautionner par sa présence les décisions prises; favoriser ainsi la chasse au mépris de la vie peut sembler un bon choix électoral ; mais la sensibilité écologique gagne enfin du terrain ; et il aurait fallu se demander si les défenseurs des animaux n'étaient pas plus nombreux que les chasseurs
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K
Séquence émotion...<br /> Triste constat. Je respecte Nicolas Hulot et sa décision courageuse et cohérente de quitter le gouvernement.... Il n'a pas été écouté. Monsieur Macron brosse les chasseurs dans le sens du poil, au mépris de la biodiversité animale et du reste... Et c'est sans doute la goutte qui a fait déborder le vase.<br /> Qui va pouvoir reprendre le flambeau ?<br /> Merci Jean-Louis pour cet article.
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D
Merci pour cet article Jean-Louis, Nicolas Hulot a bien fait de ne pas cautionner une politique bien trop tiède en faveur de l'environnement alors que nous allons dans le mur
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A
Etant chasseur donc attarde mental suivant vos opinions ,je vous remercie de participer financièrement a la baisse de notre permis de chasse.<br /> cordialement.
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C
C'est honteux. Déjà que nous voyons de moins de moins d'oiseaux, quelque soit l'espèce, que ca t il rester. Je comprends la demi Sion de Nicolas Hulot. Macaron, tu nous déçois de plus en plus
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D
Allonger la période de la chasse aux oies cendrées, quelle horreur, elles ne devraient même pas être chassées; ici au parc Saint-Pierre nous avons depis des années une oie cendrée solitaire, non seulement très jolie, quand elle plonge la tête on ne voit plus que son petit cucu blanc; chaque année elle s'instaure nourrice des canetons d'une ou plusieurs canes, les encadre, les protège. <br /> Allain Bougrain-Dubourg évoque aussi l'alouette, c'est vrai naguère nous avions souvent le plaisir d'écouter son chant quand elle monte monte monte vers le soleil suivi de celui de la voir se laisser tomber comme une petite boule; en le lisant je réalise que ce plaisir est devenu très rare.<br /> Les tourterelles des bois, il y a 30 40 ans nous devions au mois de juin être vigilants sur les routes de campagne car elles s'y posaient en nombre, pourquoi en juin je ne l'ai jamais su mais je m'en souviens, je n'en vois plus! Leur droit à la vie mais aussi notre plaisir à les voir, pourquoi les chasseurs suppriment-ils ce droit des unes et des autres, la chasse finalement c'est inique!<br /> Et nos joyeux pinsons dont le chant agrémente tout l'été les jardins, les parcs les rues boisées même; ils étaient nombreux à nous accompagner de leurs trilles, quand nous empruntions l'allée longeant la fac de Science; maintenant fac agrandie arbres coupés si on en entend un parfois on peut s'estimer heureux<br /> Et voilà que va être chassé le pinson ce joyeux compagnon, dont le chant si reconnaissable nous permettait de faire s'arrêter les enfants pour lui consacrer un instant et ensuite chercher à le repérer dans les branchages, " si tu en entends un une fois et si tu le vois tu reconnaîtras toujours les pinsons"<br /> Tout ça pour épargner le peu qu'il reste d'ortolans, à cause des chasseurs justement, et quand ils auront presque éradiqué le pinson, qui les autorisera-t-on à chasser etc etc<br /> Bougrain-Dubourg sait de quoi il parle, lisez-le, mais tout ça c'est dit et redit depuis longtemps....en vain<br /> Honte à Macron honte à l'espèce humaine <br /> Dominique
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M
Nous partageons l’analyse de Nicolas Hulot : les enjeux écologiques ne sont pas suffisamment pris en compte par le gouvernement, dans lequel le ministre de la Transition était trop souvent isolé dans ses orientations exigeantes. Malgré ses efforts, le bilan de la première année est maigre sur le plan concret. L’écart entre l’urgence et la gravité des problèmes, dont nous constatons chaque jour la réalité, et les timides avancées, voire parfois les régressions, est trop fort.
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G
Je rends hommage à Nicolas HULOT qui se sépare enfin du « Macronisme », cette maladie de toutes les régressions. Lors d’une réunion autour du monarque électif, le ministre de l’écologie découvrit la présence d’un pur lobbyiste, Thierry COSTE, agent de la chasse. Il n’avait pas été avisé de cette présence qui en dit long sur la soumission du chef de l'Etat aux injonctions des chasseurs.<br /> Sujet futile, loisir bucolique pour attardés du rural profond, fait de société représentant une survivance folklorique de la France des champs, prédation d’une faune méconnue des urbains bien éloignés de ce passe-temps archaïque hérité d’un monde qui s’en va, telle apparaît la chasse pour nombre de contemporains et pour les essayistes hors-sol.<br /> La problématique échappe à la plupart de ces observateurs parfaitement ignorants des incidences de ce loisir sur la biodiversité et tout autant des menées souterraines d’un invraisemblable lobby qui possède ses entrées, via notamment les milieux de la banque, auprès du chef de l’Etat, ami des veneurs. Le monarque électif voulait humilier son ministre de l’écologie en imposant une diminution de moitié du coût du permis de chasser (200 Euros au lieu de 400), un assouplissement des mesures de protection des espèces d’oiseaux, en attendant d’autres cadeaux.<br /> La presse débile imagine qu’ainsi le chef de l’Etat flatte les un million deux cent mille chasseurs qui, influençant leurs amis et familles, représentent cinq millions d’électeurs.<br /> Or, les tueurs agréés sont moins d’un million. Ce qu’ignorent le public et les observateurs peu informés, c’est que la chasse exerce une emprise absolue sur l’appareil d’Etat, en raison de son organisation et de ses relais et nullement en considération du poids démographique de la population cynégétique.<br /> La chasse est ultra-minoritaire, à savoir moins de 2% des habitants de ce pays, moins de un million d’adeptes qui d’ailleurs sont très hétérogènes dans leurs pratiques et leurs implications dans la défense de l’art de tuer.<br /> Que de nuances entre le tireur occasionnel de quelques faisans d’élevage, l’amateur de battues aux sangliers, le grand veneur affublé de ses rituels et habits du Moyen-âge, le forcené du canard sauvage passant ses nuits à massacrer des oiseaux d’eau, le piégeur de grives aux gluaux ou aux lecques, le snipper de pigeons ramiers ?<br /> Certes, le mépris de l’animal, être sensible, la banalisation de l’acte de mort les réunissent dans leur négation du droit pour un être vivant à conserver la vie.<br /> Mais il se trouvera plus d’un chasseur pour déplorer que l’on détruise encore trop de petits oiseaux chanteurs et le modeste tueur de lapins fulminera contre l’arrogance seigneuriale du banquier en grand équipage.<br /> Hétérogène sociologiquement, ce petit monde du loisir de mort sécrète un noyau féodal, haineux, crispé sur ses privilèges qui instrumentalise les structures corporatistes de la chasse pour imposer au pays des pratiques cruelles et nocives pour la préservation de la faune.<br /> Ainsi, bien que très minoritaire selon toutes les enquêtes d’opinion, la chasse contrôle les politiques et leur fait effectuer la danse du ventre devant les porteurs de fusils.<br /> Une ordonnance du maréchal PETAIN du 28 juin 1941, publiée au JO de l’Etat Français du 30 juillet, créa les « sociétés départementales des chasseurs », devenues par arrêté du 15 novembre 1945 les fédérations départementales des chasseurs, système corporatiste impliquant une adhésion et une cotisation obligatoires pour tout chasseur, structure unique dans chaque département, avec au sommet de la pyramide une fédération nationale.<br /> Cette structure et ce financement explique le poids antidémocratique du lobby qui obtient tout des élus persuadés de faire de la démagogie à bon compte en satisfaisant les moindres exigences du lobby, en bafouant les aspirations contraires de l’immense majorité des citoyens.<br /> Même le ministre d’état, Nicolas HULOT, ne pouvait strictement rien entreprendre contre la malfaisance de la chasse à la française.<br /> Comment sauver les alouettes des champs capturées par centaines de milliers, les grives engluées les oiseaux d’eau et les blaireaux ?<br /> Le monarque électif veille à préserver le chasseur et non la biodiversité.<br /> Aucune mesure ne doit entraver le jeu de massacre et ce d’autant que le nombre des chasseurs diminue et que les jeunes ne prennent pas suffisamment la relève, ce qu’avoue le lobby aux abois et qui explique le souci de réduire le coût financier du permis de chasser.<br /> Alors, le lobby lance des fumigènes : « il faut réguler les sangliers », « il faut combattre, hier la rage, aujourd’hui la maladie de lyme ». L’absurdité de cette propagande échappe aux organes de presse qui relaient complaisamment ces bobards énormes. La chasse, comme toute activité impliquant l’usage ludique d’une arme à feu, est une école de violence, un apprentissage à l’acte d’ôter la vie.<br /> Se vouloir humain, c’est se vouloir empathique, bienveillant, accessible à toute souffrance d’autrui. Cet autrui peut être de notre espèce ou d’une autre espèce.<br /> Cela me détermine à récuser la chasse, non pas en raison des accidents qu’elle génère et de ses abus, mais de son principe même.<br /> Tuer pour se distraire est une faute morale.<br /> « Tu ne tueras point » figure dans toutes les civilisations. Cependant, ce principe énoncé, les hommes ont dérogé à cette prohibition au détriment de l’ennemi, de l’étranger, de l’autre par sa race ou son espèce. Le combat éthique contre la chasse est celui du choix de la vie contre celui de la mort.<br /> Voilà qui va bien au-delà de l’écume des débats suscités par cette activité récréationnelle trop bien gardée.<br /> Il ne faut jamais faire de la souffrance et de la mort d’un être sensible un loisir, un jeu, une banalité.<br /> Pour moi, toute mort est un deuil.<br /> Pas pour le chasseur, le banquier, noms qui résonnent comme des injures.<br /> Le chasseur massacre la faune.<br /> Le banquier exige le sacrifice des citoyens au profit de la finance, des réductions budgétaires perpétuelles.<br /> Nous vivons, ici et maintenant, sous la botte de la chasse et la férule de la finance.<br /> Nous vivons le temps des régressons morales et sociales puisque l’arbre, l’animal et l’homme sont unis dans la belle aventure de la vie.<br /> Que savent de la beauté et de l’unité du vivant ceux qui mènent ce monde à sa perte ?<br /> Gérard CHAROLLOIS
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C
Triste France, enlisée dans ses vieilles traditions dépassées, un gouvernement à la main-mise des lobbys et un ministre de l'agriculture "FNSEA"... Prendre à la louche d'une main pour donner petitement de l'autre est totalement incohérent, voire borderline quand on sait l'état d'urgence environnemental. Un avenir durable passera forcément par l'éco-citoyenneté active et la solidarité inter-espèces. Nicolas Hulot retrouvera sans doute mieux sa liberté d'action en nageant bien loin des prédateurs du Vivant...
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