Réchauffement climatique : vraies menaces et infos bidons

Publié le par Jean-Louis Schmitt

A force de voir passer tout et son contraire sur le climat, on peut en venir à douter de l’évidence et à croire l’invraisemblable. "Marianne" a présenté à plusieurs spécialistes les idées reçues – ou non ! – que vous avez forcément entendues en parlant d’environnement, afin de démêler le vrai du faux… et de pouvoir garder la tête froide.

Il a suffi d’un été européen torride pour que le spectre du réchauffement climatique revienne dans toutes les conversations. - Samuel Blanc / Biospho

"On n’a jamais eu aussi chaud cet été !" C'est FAUX

Au risque de vous décevoir… ce n'est pas le cas : "L'épisode que nous venons de vivre n'a rien à voir avec la canicule de 2003 qui était la plus forte de l'histoire française récente", note François-Marie Breon, directeur adjoint du Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement. La vague de chaleur de 2018 est néanmoins compatible avec la plupart des tendances annoncées par les modèles climatiques.

Difficile pour les chercheurs de dresser un lien définitif entre cette canicule-ci et le réchauffement de la planète, comme il est impossible de le déduire d'un seul ouragan. "Chaque canicule est différente de la précédente : leurs implications diffèrent selon leur durée, leur intensité, le fait qu'elles aient été précédées d'une période sèche ou humide", décrit Hervé Le Treut, climatologue et directeur de recherche au CNRS. Une seule certitude : l'augmentation des températures devrait entraîner une multiplication des épisodes caniculaires à l'avenir. Pour des étés toujours plus irrespirables : le mois de juillet qui vient de s'écouler a ainsi été le troisième le plus chaud depuis 1900.

"La France va ressembler au Maroc dans 50 ans" C'est POSSIBLE

La Côte d’Azur transformée en Sahara, ce n’est pas pour tout de suite. Mais la France est appelée à changer irrémédiablement. L’Hexagone devrait tendre vers le climat de l’Espagne actuelle d’ici à 2030. Ensuite… "A l’horizon 2070, le Sud de la France pourrait ressembler au Maghreb et la région Rhône-Alpes à la Provence", résume Patrick Bertuzzi, ingénieur agronome à l’INRA. La forêt méditerranéenne pourrait même "s’étendre jusqu’à la Loire" d’ici à 2100. Changements à prévoir également : des hivers plus doux, la multiplication d’étés caniculaires marqués par des incendies, et le développement de la végétation en haute montagne. Des évolutions probables, mais pas certaines tant le climat est soumis à des variations rapides : une hypothèse envisage ainsi une déviation du Gulf Stream qui ferait hériter à notre pays du climat… canadien !

"Le trou de la couche d’ozone va mieux" C'est VRAI

Le trou dans la couche d'ozone s'est résorbé de 20% depuis 2005. Ce petit miracle a été rendu possible par l'arrêt total de la production de chlorofluorocarbures, un composé chimique apparu à la fin des années 1920.

"On parle trop du climat"  C'est VRAI

"L’écologie a été vampirisée par la question du climat." Guillaume Sainteny soupire. Difficile de dresser ce constat iconoclaste sans passer à première vue pour un climatosceptique douteux. Pourtant, cet ancien haut fonctionnaire au ministère de l'Ecologie se bat depuis plus de 30 ans pour préserver notre environnement. Et se désole de "l’identification de l’environnement au climat dans la sphère médiatique et politique". Lui distingue quatre grands phénomènes inquiétants : la pollution de l’air, l’accès à l’eau potable, l’érosion de la biodiversité, et donc le climat. Ces enjeux sont imbriqués, et se nourrissent entre eux. Par exemple, le changement climatique peut favoriser l'érosion de la biodiversité ("sans en être le facteur principal")... mais la déforestation est responsable de 20% des émissions de gaz à effet de serre. Il est donc "impossible de s’attaquer à un problème et pas aux autres", résume Sainteny.

Or la focalisation excessive sur le seul climat a, d’après lui, des conséquences néfastes, au point de nuire aux autres enjeux écologiques. Un exemple concret : la promesse de financer les nouvelles infrastructures du Grand Paris par des "green bonds" (obligations vertes) passe à côté du fait "qu’en construisant des transports et des pôles urbains, on fragilise la biodiversité et le paysage"… et, in fine, l’environnement ! Impossible de résumer l’état de la planète au chiffre sur le thermomètre. Un constat à méditer, notamment avant de construire une éolienne sur un littoral sauvage ou d’abattre une forêt pour y installer une centrale d’énergie renouvelable.

"Tout dépend du soleil, pas de nous !"  C'est FAUX

L'idée que les variations de l'activité solaire puissent influer sur le dérèglement climatique est largement répandue chez les climatosceptiques et trouve naissance en 1801. Le britannique William Herschel remarque une corrélation entre le nombre de tâches à la surface du Soleil et le cours du blé. Plus le nombre de taches solaires est faible, signe d’une activité de l’astre réduite, plus les récoltes sont mauvaises. Et inversement. Le Soleil influerait sur la quantité de blé récoltée et donc sur le cours de la denrée.

Des chercheurs ont depuis tenté de trouver le lien de causalité entre changement climatique et activité solaire… sans pouvoir trouver de conclusion probante. "Les analyses de la communauté scientifique ont été réalisées en dépit de l’activité solaire et nous avons observé une chose : quelque soit le comportement du soleil, le changement climatique se poursuit", affirme Hervé Le Treut, climatologue français et directeur de recherche au CNRS.

"De terribles virus vont ressortir de terre"  C'est POSSIBLE

Le chapelet de catastrophes dû au réchauffement climatique est truffé de surprises. Parmi elles, la fonte du permafrost qui pourrait entraîner la décongélation de virus jusqu'ici disparus. Il ne s'agit pas d'un simple scénario de science-fiction. En 2016, les habitants de la péninsule de Yamal, à 2500 km au nord-est de Moscou, ont vécu un cauchemar : un enfant est mort et 23 personnes ont été infectées par l'anthrax. La maladie du charbon, portée disparue depuis plus de 75 ans dans la région, avait fait sa réapparition. Selon les scientifiques, ce retour serait lié au dégel d'un cadavre de renne mort du virus des dizaines d'années auparavant.

Il suffirait de quelques degrés supplémentaires pour que d'autres bactéries soient réveillées de leur hibernation. Une fonte de quelques centimètres pourrait entraîner un retour de la variole. La décongélation du cadavre de mammouth, la résurgence d’un virus à peine connu par les hommes. "Il faut toutefois être prudent, note François-Marie Breon, chercheur au Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement. L'hypothèse de la libération de virus ne fait pas consensus dans la communauté scientifique. Il ne s'agit que d'un scénario parmi d'autres des catastrophes possibles".

"Le réchauffement, c’est tout bénef pour la Russie"  C'est VRAI

Pour certains, l'augmentation des températures serait une occasion en or. La Russie, premier exportateur mondial de blé à l'heure actuelle, pourrait devenir le grenier à blé du monde : "Le dégel du permafrost devrait permettre d'accéder à un nombre considérable d'hectares qui n'étaient jusque là pas cultivables", explique Bastien Alex, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques.

Le changement climatique va contribuer à la redistribution des cartes en matière agricole”, confirme Patrick Bertuzzi, ingénieur agronome. Avec l’élévation des températures, les grandes cultures de blé, riz ou maïs vont diminuer dans les zones de culture traditionnelle et migrer vers le Nord. Autre option : trouver des variétés plus résistantes à la chaleur.

"Il faut manger du tofu pour sauver la planète"  C'est FAUX

Pour préserver la planète, faudra-t-il se nourrir exclusivement d’insectes et de légumineuses ? Selon une étude de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la consommation de produits carnés atteignait 317 millions de tonnes en 2016. Le problème est que l’élevage produit 14,5% des gaz à effet de serre (dont 9,3% pour les seuls bovins), de l’utilisation des terres pour nourrir le bétail jusqu’au transport des produits à destination des points de vente. Plus la bête est loin de l’assiette, plus la pollution est importante.

Se priver de viande n’est pas la seule solution : l’essentiel est de consommer mieux. Pour Patrick Bertusi, ingénieur agronome et responsable de la filière Agroclim de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), trois facteurs vont être déterminants dans notre manière de changer notre alimentation : “D’abord, il faut que la production privilégie la qualité à la quantité, avec des implantations en local. Parallèlement, le consommateur a la nécessité de revenir à une plus grande saisonnalité dans le choix des aliments consommés et privilégier ceux qui ont une empreinte 'carbone' la plus réduite possible”. Autrement dit : ne plus manger de viande, non, privilégier le circuit-court, oui.

"Les catastrophes naturelles vont augmenter"  C'est VRAI

Oui, nos sociétés seront de plus en plus frappées par les caprices du climat… sans que ce soit uniquement la faute du climat. Emmanuel Garnier, historien du climat et directeur de recherche au CNRS, tient à revenir sur la “confusion grossière” entre “d’un côté les aléas naturels (pluies, tempêtes…), de l’autre les catastrophes naturelles”. La catastrophe n’a lieu que si l’aléa naturel rencontre l’homme. La multiplication des catastrophes peut donc aussi être le fruit des déplacements de population ou de mauvaises décisions dans l’aménagement du territoire. “Les catastrophes vont augmenter, c’est sûr, mais pas tant à cause du changement climatique que de la vulnérabilité des populations, c’est-à-dire la façon dont les gens sont exposés aux risques”, juge l’historien.

"Le plastique est un fléau pour la planète"  C'est VRAI

Les images des eaux et plages jonchées de bouteilles d’eau, sacs plastiques, shampoings et autres objets improbables ont fait le tour du monde. Huit millions de tonnes de plastique terminent chaque année leur vie dans les océans. Une quantité en constante augmentation. Pour l’océanographe Sarah-Jeanne Royer, outre ses conséquences évidentes sur la biodiversité marine, le plastique est particulièrement difficile à éliminer et responsable du rejet d’une grande quantité de gaz toxiques. Le méthane, qui a un pouvoir de réchauffement 25 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone, et l’éthylène, accroissent considérablement la concentration de monoxyde de carbone et donc, le réchauffement climatique. Si le trou de la couche d’ozone s’est résorbé, la problématique de la gestion des déchets, en particulier plastiques, reste centrale pour trouver une issue à la réduction des émissions polluantes.

"L’érosion de la biodiversité ne va rien changer à ma vie"  C'est FAUX

Difficile de réaliser que la disparition de plantes ou d’espèces animales modifie notre quotidien. Pourtant, la nature est partout dans la vie humaine. Par exemple, plus de 40% des médicaments viennent de la biodiversité. "Le remède contre le sida a peut-être déjà été détruit…", déplore Guillaume Sainteny, auteur de Le climat qui cache la forêt (Rue de l'Échiquier). La disparition d’espèces animales a de graves conséquences pour l’humanité : maillons des écosystèmes, les prédateurs mangent en priorité les proies malades, ce qui évite la propagation d’épidémies. Les abeilles, menacées par les pesticides, sont indispensables à l’agriculture et donc à une immense partie de notre alimentation. Si les insectes et leur pollen disparaissent, toute la production de fruits et légumes est en péril. Raser des forêts, c’est également détériorer la qualité de l’air et de l’eau… et donc nos conditions de vie.

"Le Groenland était vert il y a 1000 ans… c’est juste une affaire de cycles !"  C'est

FAUX

C’est une légende tenace de la fable climatosceptique : il y a 1.000 ans, le Groenland aurait été recouvert de forêts ! Une manière de prétendre que le réchauffement n’est qu’une affaire de cycles, et que l’homme s’en est toujours bien sorti. Pour ce qui est du pôle Nord, l’explication est plutôt simple : l’Arctique, dont les côtes sont encore aujourd’hui "vertes" l’été, fut nommé "Pays Vert" (Groen-land) par le viking Erik Le Rouge. Exilé d’Islande, l’explorateur a colonisé ces nouvelles terres en 982, et leur a donné un nom attrayant afin de convaincre ses compatriotes de s’y installer. Un bon coup marketing, en somme.

Il est toutefois vrai que, autour du XIe siècle, la température s’est réchauffée dans l’hémisphère Nord : on appelle cet épisode historique le "Petit optimum médiéval"... mais son ampleur est aujourd’hui relativisée par les scientifiques, et le phénomène est sans commune mesure avec le changement climatique mondial actuel.

 

Marianne/Hadrien MathouxAlexandra Saviana et Juliette Hay (16/08/2018)

 

 

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M
Je vis dans la nature , je peux dire que l histoire du CO2 est de la foutaise .En revanche les dechets (plastic , métaux speciaux)sont un fleau qui va laisser des traces pendant au moins deux cents ans, tuer des animaux , pourrir des sols .<br /> Pour le reste ,venez vivre a la campagne et vous vous rendrez compte que presque tout ce qui se raconte par les ecolos est faux.Pire , certains préceptes de ces derniers vont dans le sens inverse de ce qu'ils espèrent <br /> maintenant je n'ai pas envoie d'engager des polémiques stériles à mon âge , l'avenir vous éclairera d'ici 30 ans mais moi je serai trop vieux ou mort .
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C
très intéressant. C'est vrai qu'en y pensant nous avons eu des étés très chaud. il faut revenir en arrière et réfléchir. quand on lit tout ca, ca fait peur. Bonne fin de journée
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C
Vraiment intéressant ! Ça met les pendules à l'heure. Le bout de l'héritage du climat canadien me fait rire : je trouve que nos climats se ressemblent déjà... Bon jeudi !
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J
Très intéressant. Je suis souvent perplexe devant les affirmations souvent péremptoires véhiculées dans les réseaux sociaux mais aussi dans presse dite sérieuse. D'autre part, les experts sont loin d'être d'accord et beaucoup d'écolos sont assez proches d'ayatollahs. Moyennant quoi, la diversité recule, des espèces disparaissent ou vont et l'homme n'a sûrement pas une influence positive. Mais jusqu'à quel point ? That is the question !
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K
Merci ! C'est très intéressant...<br /> Et inquiétant...<br /> Belle soirée Jean-Louis
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S
angoissant....
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V
merci pour cette mise au point très alarmante ,hélas .
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J
C'est intéressant. Il y a de quoi plomber l'ambiance! Comme Jean-Louis, allons saluer le soleil et suivre les conseils du blog pour agir à notre petit niveau.
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J
C'est intéressant ! Maintenant pour savoir ce qui va vraiment se passer dans les temps futurs, personne je pense ne peux être catégorique ! Une certitude toutefois : comme Domi, je pense que la planète va très, très mal et de savoir que c'est notre espèce, l'animal humain, qui en est en grande partie responsable, me fend le cœur ! Etre en plus, conscient que les problèmes environnementaux ne sont malgré tout toujours pas pris avec le sérieux qu'il faudrait, me donne des envies de... Bon, j'arrête : je m'en vais saluer le soleil et demander pardon à la nature pour toutes nos conneries...
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D
Difficile de démêler le vrai du faux, mais ce qui est sûr, c'est que l'environnement va mal
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