Observation d'une Buse variable pratiquant le formicage en Belgique

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Les bains de fourmis sont pratiqués par plus de 200 espèces d'oiseaux, surtout des passereaux. Le 26 juin 2018, Marc Fasol a photographié, semble-t-il pour la première fois, ce comportement chez une Buse variable.

La Buse variable (Buteo buteo) a baissé sa queue jusqu'à ce qu'elle touche le sol. Forêt au nord d'Anvers (Belgique) le 26 juin 2018. Photographie : Marc Fasol

Les relations entre les oiseaux et les fourmis peuvent être au désavantage ou à l'avantage des premiers, lorsqu'ils les suivent dans la forêt tropicale pour capturer les petits animaux qui les fuient, quand ils cohabitent dans les cavités ou quand ils pratiquent le formicage ou bain de fourmis ("anting" en anglais).

Ce comportement assez répandu mais rarement observé, est pratiqué par plus de 200 espèces d'oiseaux, principalement des passereaux. Le formicage peut être "actif" ou "passif". Dans le premier cas, les oiseaux prennent une ou plusieurs fourmis dans leur bec, soulèvent une aile qu'ils posent généralement sur leur queue, et frottent rapidement les insectes contre leurs rémiges et parfois leurs rectrices, qu'ils imprègnent ainsi d'un mélange d'acide formique et de salive. Le Pinson des arbres (Fringilla coelebs), le Pipit farlouse (Anthus pratensis), l'Étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris) et la Pie bavarde (Pica pica) sont des exemples d'espèces adeptes du formicage actif.

Dans le cas du formicage passif (ou indirect), les oiseaux laissent les fourmis grimper sur leur corps et font en sorte qu'elles projettent des jets d'acide formique en les provoquant : pour cela, ils se posent et s'agitent au milieu des insectes, parfois même sur les fourmilières, avec les ailes et la queue étalées.

Les Geais des chênes (Garrulus glandarius) et bleu (Cyanocitta cristata), les Merles noir (Turdus merula) et d'Amérique (T. migratorius) ou les Grives musicienne (Turdus philomelos) et draine (T. viscivorus) pratiquent cette technique. Dans le cas du formicage passif, les parasites tombent parfois sur le sol et sont alors mangés par les fourmis, qui seraient ainsi "récompensées". Quelques oiseaux, comme le Pic flamboyant (Colaptes auratus), utilisent les deux types de formicage.

Le 26 juin 2018, alors qu'il faisait un affût photographique près d'un point d'eau dans une pinède au nord d'Anvers (Belgique), près de la frontière néerlandaise, Marc Fasol a observé un comportement intéressant chez une Buse variable (Buteo buteo) : elle s'est posée sur une branche et s'est adonnée à une longue séance de toilettage. Elle est descendue au sol à plusieurs reprises, s'est rapprochée avec assurance d'un endroit précis près d'un tronc de Pin sylvestre (Pinus sylvestris), a baissé sa queue puis ses ailes jusqu'à ce qu'elles touchent le sol, puis elle est restée immobile dans cette étrange position. Le secteur est riche en nids de Fourmis rousses. Le biologiste Glenn Vermeersch a confirmé qu'il s'agissait d'un cas de formicage, un comportement qui n'avait jamais été photographié auparavant semble-t-il chez la Buse variable.

Il existe plusieurs explications possibles à ce comportement, la plus répandue étant que les oiseaux se servent de l'acide formique pour se débarrasser de leurs parasites (invertébrés, champignons et bactéries). Une expérience menée en Russie chez le Pipit farlouse avait montré que les poux mallophages étaient affectés voire tués après un bain de fourmis.
 

La Buse variable (Buteo buteo) a ensuite laissé tomber ses ailes jusqu'à ce qu'elles touchent le sol et est restée immobile. Forêt au nord d'Anvers (Belgique) le 26 juin 2018. Photographie : Marc Fasol

L'acide formique servirait aussi au nettoyage et au lissage des plumes du vol et calmerait la peau irritée par la pousse des plumes durant la mue. Pour les oiseaux consommant des fourmis, cela leur permettrait de les vider de leur acide formique. Enfin, les oiseaux prendraient simplement du plaisir grâce à une stimulation sensorielle.

Les oiseaux prennent des bains de fourmis seuls ou en petits groupes : à Porto Rico, un groupe de 19 Carouges à épaulettes (Agelaius phoeniceus) a par exemple été vu utilisant des fourmis Ce comportement est plus fréquent entre mai et octobre, avec un maximum de juillet à septembre, quand beaucoup d'oiseaux effectuent leur mue post-nuptiale ou post-juvénile (lire). Les hyménoptères sont par ailleurs très actifs en été (essaimage). Les ouvrières, plus riches en acide formique, sont choisies de préférence. Les genres FormicaLasius et Camponotus sont les plus utilisés : Fourmis noire commune (Lasius niger), fauve (L. flavus) et rousse (Formica rufa) en Europe, et Formica obscuripes en Amérique du Nord. 

Précisons que les oiseaux se servent parfois d'autres insectes, notamment des mille-pattes et des chenilles, mais aussi des escargots, des fruits (noix encore vertes), ou des fleurs ayant certaines propriétés chimiques…

Source : Ornithomedia

 

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C
Voilà un article intéressant. Merci de ce partage !
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K
Quel article passionnant !<br /> Merci !<br /> Bon début de semaine
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F
Que savons-nous du monde ?...<br /> Si peu parce-que l'on ne prend pas le temps de bien l'observer et quand d'autres le font pour nous, nous sommes bien étonnés et alors nous nous trouvons bêtes par tant d'ignorance. <br /> Merci pour cet article qui nous sort de notre "macrocosme oppressant" et nous dirige vers ceux que nous estimons tellement inférieurs à nous ... quelle vaste illusion !...
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J
Très jolie et fort juste observation Farfadet 86 : nous avons tant à apprendre et, pour cela, il nous suffirait d'ouvrir grands nos yeux et nos oreilles et, surtout, de conserver un lien étroit avec cette étonnante nature qui, bien qu'étant à notre porte, constitue un univers inconnu pour le plus grand nombre...<br /> Merci à vous !
J
Très intéressant, j'ignorais tout ça. Soit je ne l'ai jamais vu soit je n'y ai jamais prêté attention. Je vais m'abonner pour mourir un peu moins bête ! La nature a beaucoup à nous apprendre.
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J
Merci pour votre intérêt pour ce blog et bienvenu parmi mes abonnés : j'en suis ravi ! Nous avons certainement beaucoup à partager, à échanger... N'hésitez donc pas à contribuer d'une manière ou d'une autre si vous le souhaitez !
C
Oh! Wow! Je ne savais pas cela du tout! C'est vraiment intéressant! Les fourmis sont utiles à plein de choses! Bon dimanche!
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J
Ravi de t'avoir appris quelque chose ! Bonne journée à toi...
C
Intéressant ce comportement que je découvre.<br /> Bonne fin de journée.
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J
Tout le plaisir est pour moi ! Merci d’être fidèle à Nature d’ici et d’ailleurs : il y aura bien d’autres découvertes encore…
D
Très instructif, merci Jean-Louis
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J
Je suis ravi que ce partage vous convienne et, par la même occasion, vous éclaire quelque peu quant aux mystères de la nature dont, ignorants que nous sommes, nous ne savons finalement pas grand-chose !
L
Merci pour cette découverte.<br /> Je ferais mieux attention dorénavant !<br /> Belle journée
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J
Nous avons encore bien des choses à apprendre et c’est passionnant !
J
Vraiment intéressant. Merci pour cette découverte.
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J
Plaisir partagé...
M
Je n’avais pas conscience que les oiseaux pouvaient avoir des parasites et encore moins qu’ils pratiquaient le formicage !
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J
Les hirondelles, contrairement aux martinets, peuvent décoller du sol sans problème. Cela dit, comme précisé ci-dessous, elles ne pratiquent pas le "formicage"...
J
Certes mais pourraient-elles repartir parce qu'elles ont besoin d'un point haut pour décoller ?
J
Il m'est arrivé de ramasser de jeunes oiseaux tombés du nid -telles les hirondelles par exemple- : c'est impressionnant le nombre de parasites qui grouillent sur eux lorsque l'on soulève un peu les plumes ! Dommage donc que les hirondelles, à l’instar d’autres oiseaux, ne s’adonnent pas au ‘’formicage’’ puisque, avec les fourmis, elles auraient un allié de choix sacrément efficace !
D
donc on peut être buse sans être sot ;-)
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J
En revanche, une triple buse est généralement plutôt niaise... si je ne m'abuse ! <br /> La buse -l'oiseau- mérite-t-elle d'être assimilée à pareil fat ?
D
une médecine naturelle en quelque sorte, on devrait peut-être s'en inspirer
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J
Enfin, moi, sans être particulièrement "chochotte", je ne m'y risquerai pas quand même ;-)) !
J
Intéressante et rare observation en effet que celle-ci ! J'ai moi-même déjà observé cette pratique du "formicage" par un geai posé directement sur une fourmilière... et semblant manifestement se délecter de cet interaction ! Encore un bel et passionnant exemple de cohabitation en l’occurrence pas vraiment pacifique puisque les fourmis se défendent de cette intrusion en lançant des jets d’acide…
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