Sombre nuit pour les animaux

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Jeudi 19 avril, jusque tard dans la nuit, et le lendemain matin, les députés de la commission des affaires économiques ont débattu et voté les amendements relatifs à l’article 13 du projet de loi issu des États généraux de l’alimentation. Les associations de défense des animaux attendaient des avancées, puisque les questions du contrôle vidéo en abattoir et de l’interdiction de l’élevage en cage des poules pondeuses allaient notamment y être abordées. Ces mesures auraient pu être significatives pour les animaux… Aucune d’entre elles n’a été adoptée.

Photo : document L214

Des amendements rejetés en bloc

Après avoir renommé cet article 13 « Respect du bien-être animal », la majorité des députés présents, menés par M. Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture, ont rejeté méticuleusement, un à un, les amendements concrets qui auraient pu changer les conditions d’élevage, de transport et d’abattage des animaux. Démarches volontaires des filières et arguments économiques fallacieux ont été systématiquement avancés pour stopper net les avancées possibles. La FNSEA, syndicat majoritaire agricole, et le CNPO, inter-profession des producteurs d’œufs, peuvent se vanter de leur pouvoir bien réel sur le gouvernement !

Petit florilège des arguments les plus absurdes entendus pendant les débats : pour M. Stéphane Travert, « s’il est vrai que certaines pratiques particulièrement cruelles devraient disparaître, il vaut mieux faire confiance à la filière pour faire évoluer les choses ». Le ministre ose même dire que « l’élevage en cage des lapins est nécessaire car autrement il y aurait des risques de cannibalisme ». Et M. Thibault Bazin, député républicain, de surenchérir : « l’INRA a rendu les poules joyeuses en cage » puisqu’elles ont de toute façon « peur de l’extérieur » et ont « plein de copains en bâtiment ». À les entendre, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Ce qui aurait pu changer pour les animaux

Chaque amendement un peu concret a ainsi été retoqué à coups d’arguments malhonnêtes et parfois mensongers. Et ces votes, qui auraient pu limiter les souffrances des animaux, n’auront finalement abouti à rien.

Le contrôle vidéo en abattoir, promesse de campagne de M. Emmanuel Macron, approuvé par 85 % des Français et déjà voté par l’Assemblée nationale en janvier 2017 sous l’impulsion de M. Olivier Falorni, a été rejeté : les abattoirs feront éventuellement cette démarche volontairement. Comme l’a très justement rappelé M. François Ruffin en séance : « Dans ce texte de loi, il n’y a rien sur cette question, il n’y a rien sur les abattoirs, il n’y a rien pour aider les salariés à souffrir moins à l’intérieur de ces entreprises ». Rien pour les animaux. Les amendements sur l’interdiction de l’étourdissement au CO2, de l’abattage sans étourdissement et bien d’autres destinés à poser des limites à ce qu’endurent les animaux au moment de leur mise à mort ont été rejetés. 

L’interdiction des cages pour les poules pondeuses a également été écartée alors qu’elle aurait pu mettre un point final aux privations comportementales sévères de 33 millions de poules chaque année, qu’elle répondait à une attente de 90 % des Français et que plus de 100 entreprises se sont déjà engagées à ne plus utiliser les œufs issus de tels élevages. Là aussi, il s’agissait d’un engagement de M. Emmanuel Macron, renié sous la pression de l’interprofession des producteurs d’œufs.

Quant à la durée des transports d’animaux vivants, elle restera sans limite malgré les arguments percutants de Mme Anne-Laurence Petel, rappelant l’enquête récente de l’ONG Animals Australia démontrant les conditions de transport ignobles des animaux sur un bateau et les changements déjà impulsés par d’autres pays.

D’autres mesures essentielles, comme la castration à vif des porcelets mâles, ont également été balayées d’un revers de main. Il s’agit pourtant d’une mesure de prime importance, qui touche des millions de cochons chaque année, comme nous le rappelle la campagne End Pig Pain d’Eurogroup for Animals, soutenue par L214. Certains pays, comme la Suisse, ont déjà interdit cette pratique particulièrement douloureuse. Qu’attendons-nous pour le faire ?

Photo : document L214

Des attentes fortes des citoyens, ignorées

Les parlementaires avaient la responsabilité d’ouvrir la voie à un changement de modèle agricole et alimentaire : fixer des échéances pour abolir les pratiques les plus cruelles, telles que les mutilations à vif des porcelets ou le broyage des poussins, prononcer l’interdiction des cages pour les poules et les lapins, renforcer le contrôle dans les abattoirs ou végétaliser progressivement l’alimentation. Au lieu de cela, ils ont choisi de s’en remettre aux filières de l’élevage intensif afin de favoriser des intérêts économiques de court terme, au mépris de l’éthique, des impacts sur l’environnement, sur la santé et à contre-courant des attentes des consommateurs.

En choisissant l’inertie, l’Assemblée nationale et le gouvernement sont restés sourds aux demandes des Français. Alors que 67 % de ces derniers considèrent que les animaux sont mal défendus par les politiques, le spectacle pathétique offert par la représentation nationale ne peut que leur donner raison. Plus encore, ce sont les souffrances insupportables de millions d’animaux élevés puis abattus chaque jour que les députés ont choisi d’ignorer. En prenant la décision d’avancer à contre-sens de l’histoire, nos députés ont raté un rendez-vous : celui de l’engagement de notre société vers plus de justice et de compassion au bénéfice de tous.

Source : L214

 

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Commenter cet article

corbin 13/06/2018 12:23

Animal intelligent tel le cochon, ou moins intelligent, peu importe, puisque sont tous sensibles, comme nous, parfois plus ! L'intelligence n'est pas un argument à retenir. Les animaux sont sentients et ils veulent continuer à vivre, c'est pourquoi la consommation de viande est un crime contre l'animalité.

kimcat 12/06/2018 16:56

Cela me désole !!!!!!!!!!
Bonne soirée

corbin 13/06/2018 14:18

Nous les traitons avec condescendance pour leur incomplétude, pour leur tragique destin d'avoir pris forme tellement loin en dessous de nous. Et en ceci, nous nous trompons grandement. Car l'Homme n'est pas la mesure de l'animal. Dans un monde plu vieux et plus complet que le nôtre, ils évoluent finis et complets, dotés d’extensions des sens que nous avons perdues ou jamais atteintes, vivant par des voix que nous n'entendrons jamais. Ils ne sont pas nos frères, ils ne sont pas nos subordonnés, ils sont d'autres nations, prises avec nous dans le filet de la vie et du temps, compagnons de la splendeur et de la fatigue de la terre. (Henry Beston)

vét 12/06/2018 11:40

Hallucinant ! je regardais hier une intervention de Olivier Falorni disant qu'il faut des caméras dans tous les abattoirs. Ce serait déjà une très belle avancée !

Jean-Louis 12/06/2018 10:05

Petit rappel toujours intéressant : on sait que nos chers députés sont vaguement surbookés ! Toutefois, en dépit de l’importance des sujets, il est choquant de constater que seulement 67 députés étaient présents lors de ces votes concernant le bien-être animal ! 67 sur… 577 !!! C’est dire l’intérêt de nos élus pour ces questions : sans doute que, hormis ceux qui sont dans leur assiette à la cantine de l’Assemblée, les animaux ne les intéressent guère…
Pour savoir qui a voté quoi, on peut toujours faire un petit tour sur le site Politique-Animaux de L214 (https://www.politique-animaux.fr/ ) ! N’hésitez pas à leur rappeler leur calamiteuse position lorsque vous en aurez l’occasion !

chez laramicelle 11/06/2018 18:53

c'est à pleurer :(

dominique 11/06/2018 16:19

Prise par d'autres combats, je ne connaissais pas le détail, je le découvre et j'en pleure; je savais le rejet des caméras et ne l'avais pas trop mal pris car dans sa magnifique intervention (vue en vidéo) François Ruffin, bien que décrivant bien la souffrance animale dans les élevages industriels et demandant que cela cesse, expliquait pourquoi il ne voterait pas pour ces caméras; ça je le déplore même si j'ai bien compris qu'il craint qu'on s'en prenne uniquement aux employés alors que c'est tout le système qu'il faut combattre et éradiquer; je l'ai compris: montrer du doigts qq individus pour faire passer l'ignominie du système, il y avait risque; cependant je pense que les caméras auraient aussi permis de montrer l'horreur en elle-même pas seulement les abus.
Pour la durée des transports d'animaux, pour les cages, pour les cochons que l'on dit si intelligents, quel malheur, quel refus d'avancer alors qu'ils en avaient la possibilité, les lobbies ont encore bien du pouvoir; qui s'y est pris de telle sorte que les amendements étant si nombreux en si eu de temps, les députés, épuisés, ne venaient pas en grand nombre aux séances de nuit, pour parvenir à ces rejets d'amendements; comment le savoir?
Que ceux qui ont voté Macron ne s'étonnent pas , L214 avait bien publié les intentions de chaque candidat pour la cause animale et il arrivait bon dernier avec Fillon; aussi nous savions; en tête, n'en déplaise à d'aucuns, pour les animaux: Mélenchon, Dupont Aignan, Hamon

corbin 11/06/2018 12:30

Les français sont tombés dans le piège qu'on leur a tendu en élisant le pire ennemi des animaux. Je connais même des véganes qui ont voté pour le président des bacs à sable, ou plutôt contre l'autre candidate (c'était le but recherché, l'autre en question n'étant qu'un leurre). Il est tellement facile de manipuler les masses ! CQFD : Les animaux font aujourd'hui, comme toujours, les frais du stupide aveuglement du peuple, la cause animale vient même de faire plusieurs pas en arrière. C'est à pleurer.
On piétine, c'est un pas en avant, puis trois pas en arrière. Et pour ne citer personne, même dans les milieux de la PA et de la lutte contre l'exploitation des animaux de "rente", c'est un sacré merdier !
Faut pas rêver...

Jpl 11/06/2018 10:04

Il faudrait que chacun, ou en groupes, à chaque dérive de ce genre, écrive à son député pour lui signifier notre désapprobation, il faudrait mais est-ce possible, savoir qui vote et pour quoi pour individualiser son action contraire et le montrer du doigt, il faudrait arrêter de laisser le pouvoir à un seul homme qui, détenteur d’une majorité, leur assigne le sens du vote que lui souhaite et bien sûr même si c’est contraire à ses engagements de campagne.
On a cru qu’en élisant notre président on allait changer de politique, et bien non, on fait toujours et encore de la vieille politique, on utilise toujours les mêmes grosses ficelles de la langue de bois, pire peut être, on voit de plus en plus de nos soit disants représentants qui refusent purement et simplement de répondre aux questions…et tout cela bien sûr et toujours pour le pouvoir et l’argent…alors la cause animale dans tout cela, elle est loin, très loin!
PS : j’ai vu hier soir aux infos un cadre de chez total dire tout le bien du réchauffement climatique qui allait permettre d’ouvrir de nouvelles voies maritimes vers le nord, en particulier pour exploiter les ressources en gaz…donc continuer de brûler et faire du CO2… alors le bien être animal…ils en ont rien à faire!

Jean-Louis 12/06/2018 09:56

Personnellement, je ne me suis fait aucune illusion au sujet de Macron : on connaissait son total désintérêt pour la cause animale et, chaque jour, il confirme ses choix personnels qui sont ceux de la finance et de ces oligarques... La condition animale, ce monde-là s’en moque éperdument !

Zoé 11/06/2018 09:45

Inacceptable!

Jacky 11/06/2018 08:43

Que dire de la loi ELAN qui réduit la part des logements accesssibles aux personnes handicapées dans les nouvelles constructions? Elle est réduite de 10% contre 100% dans la loi précédente de 2005.

Jacky 12/06/2018 19:31

Les êtres sans défenses se font actuellement laminer. C'est bien triste.

Jean-Louis 12/06/2018 09:52

Oui, bien que ce ne soit pas le sujet ici, je reconnais que c'est également navrant !

domi 11/06/2018 05:20

Navrant, il y avait pourtant des avancées possibles : vu hier à la télé le reportage sur l'élevage du boeuf en Amérique du Sud, des bovins qui ne voient plus d'herbe, consternant, on est mieux en Bourgogne

Jean-Louis 11/06/2018 06:01

Au lieu d'avancer dans le bon sens, on ne fait que reculer sous le diktat des divers groupes de pression auxquels le monde politique fait aimablement allégeance... Tout cela est effectivement consternant et, à notre niveau, on ne peut que constater les dégâts qui sont inouïes ! Soutenir les lanceurs d'alerte que sont les militants -à l'instar de L214- s'avère donc primordial pour essayer de faire bouger les choses... dans le bon sens !