Un ornithologue explique pourquoi les oiseaux disparaissent et comment les sauver…

Publié le par Jean-Louis Schmitt

En Alsace aussi, les oiseaux disparaissent. Parfois pour les mêmes raisons qu'à l'échelon national, mais d'autres sont liées strictement à la gestion locale des terres agricoles, des villes et des forêts. Or des solutions existent pour contrer ce déclin.

Bruant jaune (Emberiza citrinella). Photo : JLS

Bruant jaune (Emberiza citrinella). Photo : JLS

Le Muséum national d’histoire naturelle (MHNH) et le CNRSviennent de publier deux études selon lesquelles les oiseaux des campagnes disparaissent de façon massive, depuis ces vingt dernières années. Nous le constatons aussi en région et l' Alsace ni échappe pas. Il existe plusieurs raisons à cette hécatombe et il existe aussi des solutions. Un ornithologue nous dit tout.

La diminution est-elle propre au milieu agricole ? 

Non, elle existe aussi en forêt et en ville. Les deux études du Museum d'histoire naturelle et celle du et CNRS ne concernent que le milieu agricole. Mais un travail est en cours, pour la France, sur les oiseaux en ville et en forêt. Pour l'instant il existe des chiffres au niveau européen. Selon une étude rapportée sur un site consacré à l'Etat de la Planète en 30 ans, 421 millions d'oiseaux ont disparu, ce qui représente 20% d'une population totale d'un peu plus de 2 milliards d'oiseaux européens au début des années 80.

La cause principale de ce déclin ?

Il n'y a pas une cause mais des causes, qui diffèrent selon les milieux. En tête, l’intensification des pratiques agricoles ces vingt-cinq dernières années. Les parcelles sont de plus en plus grandes, sans un arbre ni un buisson à perte de vue qui pourrait permettre à un oiseau de se poser, de se nourrir ou de s'abriter.

En forêt aussi les oiseaux souffrent de l'intervention humaine, même si les chiffres restent stables dans ce milieu. La disparition des oiseaux y est moins dramatique quand on les compare à ceux des 15 à 20 dernières années. Mais dans les années 60-70 il y a avait aussi beaucoup plus d'oiseaux. Ces milieux se dégradent à cause du réchauffement climatique. Avant le réchauffement, les essences d'arbres étaient adaptées à de longs hivers et à plus d'humidité. Désormais ils se dessèchent et meurent ou manquent d'eau au point de ne plus apporter aux oiseaux l'environnement dont ils ont besoin.

Le mode de gestion forestière française est en cause également. Plus qu'auparavant, elle est exploitée de façon très intensive. De plus en plus les plantations mono-spécifiques augmentent. En Alsace, ce sont les communes qui paient la gestion des forêts et décident souvent de ne plus investir, parce qu'elles ne sont pas assez rentables. Autre phénomène, on sort le bois de plus en plus jeune pour l'exploiter. Une forêt vieille doit avoir plusieurs centaines d'années or en Alsace il existe quelques réserves naturelles, mais c'est loin d'être beaucoup.

En milieu urbain, les populations sont à peu près stables. Certains oiseaux y disparaissent, mais d'autres y apparaissent. Il faut se rappeler que les oiseaux des villes viennent d'ailleurs. Elles sont des zones de substitution pour les oiseaux qui ont su s'adapter. Le pigeon ramier, par exemple y est en augmentation, tout comme la pie bavarde. Simplement parce que ces oiseaux nichent dans les arbres et qu'ils ne trouvent plus d'arbres sur les terres agricoles. Mais historiquement, c'étaient des oiseaux des campagnes. Le moineau domestique et l'hirondelle des fenêtres sont aussi très menacés.

Les hirondelles sont essentiellement insectivores, or ceux-là disparaissent, elles ne peuvent donc plus se nourrir. Elles font partie de ces espèces d'oiseaux très spécialisés dans leur mode alimentaire qui ne mangent que des insectes ou que graines et sont donc très menacées, Contrairement aux oiseaux généralistes qui se débrouillent avec un spectre d'alimentation important, comme les mésanges bleues et les mésanges charbonnières. Les gaz d'échappement restent un problème également, mais surfaces enherbées où les pesticides et autres produits chimiques sont supprimés par certaines communes, améliore la situation.

Les solutions pour voir ces populations d'oiseaux réapparaître?

En milieu agricole :Revenir à des parcelles agricoles plus petites, recréer des haies vives pour permettre aux rongeurs, oiseaux et insectes de se réfugier, s’alimenter et se reproduire. Supprimer ou du moins réduire considérablement les pesticides, insecticides et fongicides de synthèse.

En forêt : laisser des arbres morts sur pied ou de vieux arbres en place, ainsi que du bois mort au sol pour permettre aux oiseaux de trouver le gîte et le couvert. Il faudrait aussi définir des zones de plusieurs dizaines d'hectare où l'homme n'interviendrait plus du tout, pour que la forêt redevienne naturelle.

En milieu urbain : les communes pourraient être encore plus nombreuses à passer au zéro phyto dans le traitement des surfaces végétalisées. Le particulier, quant à lui, peut aussi contribuer fortement à la préservation et au retour des oiseaux, en n'utilisant pas de produits chimiques de synthèse dans leurs jardins et sur leurs terrasses…

 

France3 Grand Est/Catherine Munsch (23/03/2018)

Alexandre Goncalves, ornithologue LPO (Ligue protectrice des oiseaux) interviewé au milieu de champs où aucune biodiversité ne trouve de place. En cause notamment les pesticides, insecticides et fongicides. Reportage : Nadine Ly, Bernard Stemmer

 

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T
L'agriculture pollue c'est certain mais il faut arrêter de la prendre comme seule bouc émissaire.<br /> Technicien agricole en Touraine je met en garde contre toute ces fausses informations sur l'agriculture qui pullulent ces derniers temps. Les habitats des oiseaux diminuent en Beauce peut être mais pas en Touraine en tout cas pas à ma connaissance. De plus on ne prend pas assez en compte la pollution atmosphérique due aux transports. C'est sur qu'il est préférable de taper sur l'agriculture qui est une minorité aujourd'hui par rapport aux siècle dernier que de dire que la pollution c'est l'affaire de tous !! Tout le monde pollue aujourd'hui et surtout le transport !!<br /> les produits phytosanitaires effectivement tuent des insectes qui vont manquer en nourriture aux oiseaux mais l'employé communal avec son désherbage au gaz rejette du CO2 qui réchauffe notre atmosphère. Amazone avec ses livraisons en 24 ou 48H fait rouler des camions vides sur les routes et personne s'en plaint. Les hormones des pilules contraceptives font changer les poissons de sexe dans les rivières mais tout le monde s'en fout !! C'est tellement plus facile quand ce sont les autres qui polluent !!!<br /> A bon entendeur et vive les médias et internet qui nous inondent de fausses informations...
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H
Malheureusement il y a longtemps que j'ai observé le phénomène ! J'habite en milieu rural, et je ne peux que constater la disparition de certaines variétés d'oiseaux... J'essaie à mon niveau d'améliorer leur environnementn en créant un jardin riche et varié, les nourirssant, afin de leur éviter les pesticides, insecticides et autres...
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J
Un exemple à suivre assurément !<br /> Nous faisons de même en ce qui nous concerne...<br /> Qui sait ? Peut-être que l'émulation... <br /> Merci à vous Harmonia !
J
Fini de tondre ma pelouse à ras. Je vais semer de la prairie fleurie et laisser pousser des haies aux abords de mon jardin.
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J
Voilà du concret et c'est à la portée de chacun de nous ! Bravo Jacky...<br /> En plus, tu seras directement récompensé car, c'est sûr, tu auras une faune et une flore beaucoup plus riche...
D
Je retrouve dans les commentaires ce que j'ai pensé en lisant, on constate, on explique, on a des solutions mais......<br /> Cependant une petite joie: le couple de ramiers qui s'était habitué à notre présence au point de la rechercher, est revenu nicher dans notre jardin, je les vois entrer et sortir du grand laurier....ça veut tout dire
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J
Bonjour Dominique,<br /> A propos de "votre" couple de ramier : ne ratez pas une publication à venir très bientôt (peut-être demain...) justement sur cet oiseau ! A suivre donc !
L
Pour appliquer, il faut en effet la mobilisation des pouvoirs publics comme le dit Domi.<br /> L'homme détruit tout par des comportements absurdes et je reste polie.<br /> Nous avons tous je pense une part de responsabilité vis à vis de tout ce qui nous entoure.<br /> On veut des oiseaux mais on refuse d'entendre leur chant (vécu avec mes voisins qui ne supportaient pas d'être réveillés par les oiseaux)...<br /> Je partage la vidéo...
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J
Oui Erika, difficile d'avancer avec des contemporains au mieux indifférents s'ils ne sont pas carrément hostiles à la nature ! Comme le disait fort à propos Sarte : "l'enfer c'est les autres"...
D
on connait les solutions, mais pour les appliquer il faut la volonté des pouvoirs publics, et des gestes pour l'environnement de chaque personne<br /> nous avons un dortoir à hirondelle, eh bien tant pis pour les crottes...
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J
Bonne nouvelle d'ici : les deux premières hirondelles sont revenues hier... Mais, on en reparlera ! Amitiés
K
C'est très triste... et alarmant...<br /> L'homme est si destructeur...<br /> Il est grand temps de faire quelque chose !<br /> Bon lundi Jean-Louis
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J
"Faire quelque chose" ça peut être diffuser ce genre de publication le plus largement possible autour de vous... Semez des petites graines, informer, alerter...Ne restons pas dans le "il faudrait que...", "y'a qu'à"... Agissons à notre humble niveau mais, agissons !
J
Triste constat et depuis bien longtemps déjà nous savons qu’il faudrait replanter des haies,…le fait-on?non bien sûr car cela coûte de l’argent et diminuerait la productivité etc… etc…la seule action possible est la pression sur le monde politique de la part de la population mais personnellement je n’y croit pas par le vote, l’écologie politique n’ayant de mon point de vue servi que des intérêts personnels et carriéristes. Il faut exiger de vraies actions en manifestant mais avez vous vu beaucoup de manif nationales en faveur de la nature? <br /> Malheureusement, l’homme attends toujours d’avoir les catastrophes sous les yeux pour agir, mais il y a des points de non retour en arrière et un jour ou l’autre nous en franchirons un ultime qui signera notre fin. Avons nous l’intelligence suffisante pour ne pas en arriver là? Pas sûr, pas sûr…
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J
Cher JPL, je te rejoins complètement sur ton propos sauf que, pour ce qui est des haies, ce n'est pas une simple question de coût mais bel et bien une opposition farouche de la part de ceux qui "exploitent" la campagne ! Pour un km de haies plantées, combien continues à être massacrées ?<br /> Quant aux manifs, pour avoir participé à beaucoup, je sais d'expérience que les thèmes qui défendent la nature (et les animaux) sont peu mobilisateurs : en revanche, lorsqu'il y a une quelconque manifestation autour de la gastronomie, alors là le public se déplace... Une fois de plus, c'est l'individualisme qui prime au dépend de l'intérêt général !
C
C'est vrai. L'homme détruit lui même ce qui l'entoure. Et certains ne veulent pas faire d'effort. On s'occupe du rendement sans s'occuper que ça détruit autre chose. Bonne journée
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J
Concernant notre agriculture, il y a un manque évident de motivation pour inverser la tendance et ce n'est pas la décision d'accorder moins ou plus du tout de primes aux agriculteurs bio qui risque d'inverser la tendance...
J
Tout cela n’est pas bien compliqué à comprendre mais, mis à part, les naturalistes, qui se soucie de la dramatique diminution de l’avifaune (et, par voie de conséquence, d’autres espèces aussi bien sûr) ? Tant que les ‘’politiques’’ accorderont plus d’intérêt et de crédit au court terme qu’à l’avenir, tant que le productivisme à tout prix sera érigé en quasi religion, rien ne changera vraiment… Notre ‘’pouvoir’’, faut-il le rappeler ? réside principalement dans nos choix électoraux : nous sommes donc tous responsables de ce que nous avons ‘’semé’’ !
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