Supprimer les chasses présidentielles

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Par Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux Audrey Pulvar, Présidente de la Fondation pour la nature et l’homme Michel Dubromel, Président de France-Nature-Environnement et Bernard Chevassus-au-Louis, Président d’Humanité et Biodiversité 

Le château de Chambord était l’un des lieux privilégiés des chasses présidentielles .Photo DR

Présidents d’associations environnementales, Audrey Pulvar et Allain Bougrain-Dubourg demandent à Emmanuel Macron de transformer ces territoires en espaces naturels exemplaires. Une autre façon de contribuer au prestige de la France…

Supprimer les chasses présidentielles

Monsieur le président de la République,

Vous avez récemment évoqué publiquement votre souhait, après une interruption de plus de vingt ans pour la plupart d’entre elles, de reprendre la pratique des chasses présidentielles. Pour justifier une telle décision, vous avez mis en avant votre volonté de faire de ces chasses un symbole du prestige de la France vis-à-vis de vos hôtes de marque.

Permettez-nous cependant de vous proposer une autre voie, qui permettrait de répondre à cette ambition en inaugurant aux yeux du monde une nouvelle approche de la nature et de ses ressources. Nous sommes bien sûr conscients, dans les domaines présidentiels comme dans d’autres massifs forestiers, de l’existence d’activités de chasse de certaines espèces, en particulier les grands ongulés. Cette régulation peut s’avérer utile en l’absence de grands prédateurs et nous n’y sommes pas opposés, dès lors qu’elle s’effectue selon des modalités évitant des souffrances inutiles aux espèces concernées et préservant la biodiversité.

Le plaisir ambigu de tuer gratuitement

Mais faut-il faire de ces chasses un élément de prestige de notre pays ? La grandeur de la France se mesure-t-elle aujourd’hui à travers un tableau de chasse, surtout lorsque les animaux abattus, issus souvent d’élevages, n’ont guère eu le temps de s’adapter au milieu naturel pour acquérir une chance, même infime, d’échapper aux chasseurs ?

Vous savez en outre qu’aujourd’hui nos concitoyens sont de plus en plus sensibles à la souffrance animale et que tous les scientifiques s’accordent à dire que tant les capacités de souffrance que les états de conscience ne sont nullement le propre de notre espèce. C’est à ce titre que la chasse à courre est remise en cause par une majorité croissante de Françaises et de Français. Un Etat exemplaire peut-il fêter la venue d’un hôte en lui offrant le plaisir ambigu de tuer gratuitement un grand nombre d’êtres vivants ?

C’est pourquoi nous vous proposons une autre option : faire de ces espaces naturels des territoires exemplaires, des oasis de biodiversité, témoins d’une nouvelle alliance avec la nature. Des espaces dans lesquels vous pourriez convier les citoyens de ce territoire, dans la diversité de leurs compétences et de leurs aspirations, à repenser la biodiversité comme support de nouvelles possibilités de développement économique, social et culturel ; des espaces où seraient mis en lumière les enjeux des dérèglements climatiques pour les êtres vivants et les solutions favorisant leur adaptation.

Un message d’alliance et de réconciliation avec la nature

Ces territoires constitueraient ainsi des vitrines de l’engagement de la France vis-à-vis de ce double enjeu des changements climatiques et de l’érosion de la biodiversité : les faire visiter à vos hôtes étrangers contribuerait certainement beaucoup plus au prestige de notre pays que de leur permettre d’abattre quelques animaux plus ou moins sauvages.

A un message de subordination de la nature, dont on mesure aujourd’hui tant les limites que les effets délétères, nous vous proposons de substituer un message d’alliance et de réconciliation avec la nature, seul susceptible de répondre aux défis de notre siècle. C’est ce nouveau message que nous vous suggérons de «donner à voir» dans les domaines présidentiels.

Allain Bougrain-Dubourg président de la Ligue pour la protection des oiseaux , Audrey Pulvar Présidente de la Fondation pour la nature et l’homme , Michel Dubromel Président de France-Nature-Environnement , Bernard Chevassus-au-Louis Président d’Humanité et Biodiversité

 

Libération — 9 février 2018 à 19:43

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Maryline 14/02/2018 11:22

Il faut selon moi, supprimer la chasse tout court! Un beau plaidoyer pour les animaux et la biodiversité, espérons qu'il soit entendu...

Jean-Louis 14/02/2018 06:12

Il y aurait assurément des choses bien plus prestigieuses à faire que de rétablir ces scandaleuses ‘’chasses présidentielle’’ ! Macron cède en l’occurrence aux lobbies cynégétiques pour qui ce rétablissement constituerai une reconnaissance au plus haut niveau de leur ‘’art’’ ! Encore une fois : la chasse n’est pas un ‘’art’’ –et certainement pas ‘’noble’’ non plus comme on aime à la qualifier…- : ce n’est qu’une expression, et précisément la plus vile qui soit, des instincts destructeurs d’une [toute] petite partie de la population qui, néanmoins, fait la loi notamment grâce à leurs nombreux soutiens politiques !
Oui, on pourrait faire de ces espaces naturels une vraie vitrine de la biodiversité et ce serait tout à l’honneur de notre pays…

chez laramicelle 13/02/2018 17:42

j'espère qu'ils seront entendus