Objectif Zéro Pesticide

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Depuis le 1er janvier 2017, les collectivités territoriales, les établissements publics et l’Etat ne peuvent plus utiliser ou faire utiliser des pesticides pour l’entretien des espaces verts, des forêts ou des promenades accessibles ou ouverts au public et relevant de leur domaine public ou privé !

Photo : JLS

Suite à l’adoption, le 22 juillet 2015, de la loi de transition énergétique par l’Assemblée nationale, des mesures sont enfin entrées en vigueur depuis le 1er janvier ! Ainsi, outre l’interdiction de l’usage des produits phytosanitaires par l’État, les collectivités locales et établissements publics pour l’entretien des espaces verts, promenades, forêts, et les voiries, la commercialisation et la détention de produits phytosanitaires à usage non professionnel seront interdites à partir du 1er janvier 2019. Cette mesure concerne tout particulièrement les jardiniers amateurs qui sont, malheureusement et contre toute logique, de très gros utilisateurs de pesticides en tout genre !

L’emploi de pesticides, une pratique très commune pour de nombreux particuliers

En effet, si notre pays compte quelques 17 millions de jardiniers amateurs qui produisent parfois en grande quantité fruits et légumes, une bonne partie d’entre eux utilisent –souvent massivement, sans respecter les doses préconisées- des pesticides dont le danger, pourtant bien réel, n’est pas à prendre à la légère ! Le premier exposé est naturellement l’utilisateur des produits en question lui-même mais, comme on peut s’en douter, les dégâts ne se limitent pas à sa seule personne : c’est inévitablement tout l’écosystème (sol, insectes et l’ensemble des organismes utiles au jardin) qui est directement et durablement impacté ! Il faudrait être naïf pour croire qu’ensuite les consommateurs des fruits et légumes produits ainsi, ne soient pas, à leur tour, contaminés par certaines matières toujours actives des pesticides ! Et pourtant…

Pourtant, il aura fallu des années avant qu’enfin les instances dirigeantes ne se saisissent du problème et finissent, sous l’impulsion de Joël Labbé, sénateur du Morbihan, par légiférer pour enrayer ou, tout au moins tenter de limiter ces mauvaises pratiques. Entre temps, ce sont quelques 5 000 tonnes de pesticides qui auront été répandues  annuellement dans les jardins –en plus de ce qui est utilisé par l’agriculture bien sûr !-, polluant au passage l’eau dont on sait pourtant qu’elle est éminemment précieuse !

Et maintenant ?

Dans un souci de santé publique, il est évident qu’il ne faut pas en rester là ! Le débat autour du renouvellement de l’autorisation du glyphosate (1) qui cristallise actuellement les discussions des États membres de l’Union Européenne, démontre nettement qu’il y a des intérêts économiques colossaux en jeu, lesquels sont hélas souvent privilégiés au détriment des risques encourus par la population !

Au-delà de ces guéguerres et stratégies commerciales où l’individu n’a guère d’importance, il convient donc que les citoyens et les collectivités prennent une part active aux débats et se prononcent quant à l’avenir qu’ils souhaitent pour leurs enfants ! Pour exemple, de nombreuses communes (2) ont d’ores et déjà fait le choix, outre de ne plus utiliser aucun traitement chimique, de favoriser l’utilisation de produits issus de l’agriculture biologique et locale dans les cantines scolaires ! De telles initiatives ont évidemment non seulement un impact direct sur l’alimentation et donc la santé des enfants mais favorisent en outre le développement d’une agriculture respectueuse des sols et des animaux sur le territoire.

En ce sens, certaines communes font figure de pionniers dans le secteur en proposant une alimentation 100% bio dans leurs cantines -alors que certains parlementaires en avaient suggéré 20%- qui plus est : sans surcoût, grâce notamment à une politique de gestion innovante des déchets et donc du gaspillage ! En somme : des économies d’un côté qui permettent de palier au surcoût des produits de qualité !

Voilà qui bat en brèche un des arguments majeurs de ceux qui traînent les pieds sous prétexte que le bio est nettement plus cher que le conventionnel et constitue par conséquent un frein de taille pour les collectivités : bref, « quand on veut, on peut »  et, même si l’alimentation bio est effectivement plus onéreuse, il convient surtout de se poser les bonnes questions :

  • Voulons-nous oui ou non une alimentation de qualité pour nos enfants ?
  • N’est-il pas plus judicieux d’inciter et de privilégier les acteurs locaux à produire mieux (en bio donc) que de cautionner une agriculture polluante, destructrice, qui plus est, au bilan carbone encore souvent considérablement impacté par de longs transports ?

L’équation est on ne peut plus élémentaire et devrait logiquement convaincre nombre de nos décideurs à changer de paradigme ! Mais, voilà qui est sans compter sur le travail de sape effectué par les lobbyistes à la solde des grands trusts de l’agrochimie dont le souci principal n’est pas la santé publique mais bel et bien l’enrichissement de ses actionnaires… et nous revoilà aux motifs qui divisent tant les États membres de l’U.E. qui, pour le coup, peinent à se prononcer sur le renouvellement (ou non) du glyphosate !

Et alors ?

Comme on peut le constater, il y a quantité de bonnes volontés œuvrant dans le sens de l’intérêt général mais, il y a aussi et ô combien de farouches résistances dont les préoccupations sont toutes autres ! Il convient dès lors de faire la part des choses et, chacun à son humble niveau, de se positionner et, pourquoi pas ?, de résister !

A l’échelle de notre jardin, on peut fort bien se passer de tout cet attirail dont les dénominations finissent en « cides » [tueurs] (3). Si les récoltes sont moins importantes, qu’importe : au moins on aura la satisfaction de nourrir ses proches avec des produits naturels ce qui, après tout, devrait être prépondérant pour tout jardinier qui se respecte.

A l’échelle de nos villes et villages : il est parfaitement possible de gérer l’entretien des espaces verts et des voieries sans le recours aux produits ici incriminés : cela demande une nécessaire reconversion avec, parfois, l’acquisition de nouveaux outillages et une non moins indispensable sensibilisation des personnels ! Il importe aussi que les riverains acceptent l’idée que quelques « mauvaises herbes » au bord d’un trottoir, ce n’est pas « sale »… contrairement aux déchets qui sont souvent, eux, abandonnés sur la voie publique sans le moindre état d’âme !

Photo : JLS

Enfin, concernant l’agriculture : si la norme devrait très logiquement être une agriculture respectueuse de l’environnement, il faut bien reconnaître que nous en sommes très loin ! Gros consommateurs de pesticides et de produits phytosanitaires, une grande partie du milieu agricole semble toujours refuser de réduire un tant soit peu l’usage desdits produits et ce malgré les risques encourus en premier lieu par eux-mêmes –les agriculteurs sont en effet les premières victimes des pesticides (4)- et, ensuite, par les consommateurs ! Le problème des pollutions de l’eau et des sols n’est évidemment pas négligeable non plus et constituera probablement, dans un avenir proche, un véritable casse-tête car, si on sait polluer sans réelle difficulté, la dépollution est, quant à elle, nettement moins évidente à mettre en œuvre et aura assurément un coût considérable !

Pourtant, il est désormais notoire que « l’agriculture française pourrait réduire de 30% son usage de pesticides sans que cela n’affecte le moins du monde sa productivité » (5). Alors : qu’est-ce qu’on attend pour que soit rendue effective une sensible réduction de l’usage des intrants ? Les agriculteurs qui s’échinent abondamment à la tâche feraient, pour commencer, de considérables économies puisque les produits en question coûtent cher ! Mais, pour cela, il faut changer certaines pratiques et, là encore, il convient d’accompagner sérieusement et durablement les exploitants !

Voilà qui serait un excellent début sachant qu’il ne faudrait surtout pas en rester là et tendre vers une généralisation effective du « zéro pesticide » ! 

Jean-Louis Schmitt

 

  1. Glyphosate : composant phare du Roundup de Monsanto
  2. Entre autres : Versailles, Strasbourg, Mouans-Sartoux, Grande-Synthe, Paris… A ce jour, ce sont près de 3 000 communes qui sont déjà arrivées au 0 phyto total ou en bonne voie…
  3. Comme écocide, biocide, pesticide, insecticide, herbicide, fongicide, parasiticide…
  4. Selon un rapport de l’Anses (Le Monde 23.06.2016)
  5. Selon une étude de l’Inra publiée dans la revue scientifique « Nature Plants » (février 2017)

 

Ne manquez pas la sortie en salle du film « Zéro phyto 100% Bio » le 31 janvier 2018

 

Article paru dans les « Cahiers de Rauwiller » (décembre 2017)

 

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Commenter cet article

domi 31/12/2017 13:24

Bravo Jean Louis pour ton action et pour ce bon article que je mets en évidence sur mon petit journal, bonne année verte à toi, et bonne santé,qu'elle ne permettent de parcourir tes sites préférés !

domi 31/12/2017 13:53

je voulais écrire qu'elle TE permette, mais tu auras corrigé
Bonne année

Jean-Louis 31/12/2017 13:37

C'est très gentil à toi Domi : On te souhaite également une excellente nouvelle année !

BERODIER 31/12/2017 10:21

https://www.lpo.fr/actualites/donnez-votre-avis-sur-la-legislation-europeenne-concernant-les-pesticides
Jusqu'au 12 février 2018
C''est une véritable rééducation qui est nécessaire. Repenser la notion "de Vivant" est essentielle.

Jean-Louis 31/12/2017 13:36

C'est exact : merci pour le lien !

Jacky 31/12/2017 09:09

Bravo Jean-Louis. Gute rutsch à toi et à tous les lecteurs de ton blog.

Jean-Louis 31/12/2017 13:35

Merci Jacky ! On espère faire de belles découvertes en votre compagnie, voilà un de nos vœux pour 2018 !