Californie : quand la terre se venge

Publié le par Jean-Louis Schmitt

En Californie, les responsables de la santé publique viennent de lancer une mise en garde. Pour la deuxième année consécutive, les cas de « fièvre de la vallée » sont en augmentation. A la fin de l’année, les records devraient être battus. On la connaît très peu cette maladie.

Un patient, dont la fièvre de la vallée a atteint le cerveau, reçoit un traitement à Bakersfield (Californie) en 2013.

Qu’est-ce que c’est ?

 

Il s’agit d’une maladie respiratoire, causée par un champignon qui se trouve dans la terre. Le nom scientifique de la maladie  - je vais essayer de le prononcer- est COCCI DIO-I-DO MYCOSE. Ou « Fièvre de la vallée ». La vallée, c’est la vallée de San Joaquin, ou vallée centrale californienne. Entre la côte Pacifique et la Sierra Nevada. Mais le « cocci » est répandu aussi en Arizona et dans toutes les régions arides. En Californie, on a atteint un record cette année : 34% de malades en plus. Soit 5120 personnes affectées - contre 750 il y a 20 ans.

 

Le champignon dégage des spores qui se répandent dans l’atmosphère et s’infiltrent dans les poumons. On ne voit rien, on ne sent rien, et quelques semaines plus tard, on développe une forte fièvre, une infection pulmonaire, voire des lésions de la peau. Les médecins pensent souvent qu’il s’agit d’une grippe ou d’une pneumonie. Le retard au diagnostic, c’est l’un des gros problèmes.

 

Qui est menacé ?

 

Tout le monde peut l’attraper, il suffit de respirer. Certains l’ont contractée en passant dans la Vallée centrale en voiture. On m’a parlé d’un blanchisseur de New York a été contaminé par les vêtements d’un voyageur qui revenait de Californie… Mais il y a des gens plus exposés bien sûr : les ouvriers agricoles, des chantiers de construction. Tous ceux qui remuent la terre en fait.

 

Il faut relativiser : 60% des gens qui ont inhalé le « Cocci » ne développent pas de symptômes. Mais pour les autres, les conséquences peuvent être dramatiques, surtout si le champignon est passé dans le sang. J’étais la semaine dernière à Bakersfield, l’épicentre de la maladie, à 200 km au nord de Los Angeles, il y a eu 6 morts l’an dernier. J’ai rencontré un agent d’assurances qui a eu une cocci-méningite en 2012. Toutes les trois semaines, il doit subir des injections dans le cerveau. Il en a pour la vie. Pour l’instant, il n’y a pas de vaccin. Le seul traitement, ce sont des médicaments anti-fongiques.

 

Pourquoi une telle augmentation ?

 

C’est toute la question. Les experts pensent que le changement climatique y est pour beaucoup. La Californie a connu une longue sécheresse, puis de fortes pluies l’an dernier. Les spores explosent avec la pluie. Mais il y aussi l’activité humaine. L’agriculture a gagné du terrain, l’immobilier. On construit de plus en plus loin. On vient de trouver des zones de coccis à proximité des nouvelles fermes de panneaux solaires du nord de Los Angeles. Les entreprises rasent la végétation. Le vent n’a plus qu’à s’engouffrer.

 

Les associations de malades reprochent aux autorités de sous-estimer le problème pour ne pas effrayer les visiteurs. Elles diffusent des mises en garde sur les réseaux sociaux. Alors pour les amateurs de road trip dans l’Ouest américain : quelques conseils. Ne vous arrêtez pas dans les champs pour photographier les amandiers. Évitez les poussières, l’air conditionné, ne sortez surtout pas par grand vent. Et en rentrant si vous toussez, parlez-en à votre médecin : c’est peut-être la fièvre de la vallée.

 

France Inter/Corines Lesnes (23.11.2017)

Publié dans Environnement

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

ddelsass 20/12/2017 16:44

Merci à domi, pour l' information, car je n' avais jamais entendu parler de ce "cocci".
Bye

domi 20/12/2017 12:10

C'est tout naturel, quand je dégote un sujet pour toi, car ton blog est vraiment une mine de renseignements quand à l'environnement

Jean-Louis 20/12/2017 07:19

Merci à Domi qui m'a glissé cet intéressant sujet à l'oreille !
J'ignore si c'est "la terre qui se venge", une chose est sûre en revanche, le Cocci risque de faire couler encore pas mal d'encre !