Nuage radioactif de ruthénium-106: "ll faut absolument que les agences de l'ONU fassent des inspections"

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Si la Russie a relevé des concentrations élevées de ruthénium-106 sur son territoire, elle a également assuré mardi qu'aucun incident n'avait touché ses installations nucléaires. Pour Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire et responsable du laboratoire de la Criirad, il est urgent de déterminer le point d'émission et d'y faire des relevés afin d'estimer l'ampleur des dégâts et prendre les mesures adéquates au plus vite.

Bruno Chareyron est ingénieur en physique nucléaire et responsable du laboratoire de la Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité (Criirad). Il alerte sur les risques encourus par les populations exposées au ruthénium-106. 

"À partir du moment où on a déterminé via des relevés météo que les rejets provenaient du sud de l’Oural, on a pensé que cela venait du site de Maïak. Cependant, nous n’en avons pas la preuve absolue même si c'est très probable. Cet endroit est une poubelle nucléaire, c’est l’un des sites les plus contaminés de la planète. Toujours en activité, le site de Maïak dispose d’une usine de retraitement ainsi que de capacités de vitrification des déchets hautement radioactifs et peut tout à fait être à l’origine de ces rejets de ruthénium-106.

Il faut rester prudent et pour l’instant les mesures qui nous sont accessibles, y compris celles rendues publiques par les agences fédérales russes, ne permettent pas d’avoir une compréhension complète de ce qu’il s’est passé. C’est pour cela qu’il faut absolument aller plus loin et que les agences de l’ONU se saisissent de ce dossier.

"Rapidement déterminer l'origine de l'émission"

À la Criirad depuis le début du mois d’octobre nous tirons la sonnette d’alarme en disant qu’il faut absolument et rapidement déterminer l’origine de l'émission de ruthénium-106. Plus on va s’approcher du point de rejet, plus la radioactivité va être importante et plus les risques pour la population vont être importants.

Nous avons consulté le rapport de l’agence russe Hydromet qui fait état de retombées dans la région du site de Maïak, mais à des niveaux qui sont 100 à 1000 fois inférieurs aux niveaux qu’a recensé l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire.

"Une population est peut-être soumise à des retombées très importantes"

Cela signifie qu’aujourd’hui nous sommes toujours dans le doute. C’est pour cela qu’à la Criirad nous avons interpellé par courrier l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui dans ce dossier depuis le début ne font pas correctement leur travail. Aujourd’hui nous sommes dans une situation où il peut y avoir quelque part dans le monde, une population qui est soumise à des retombées peut-être très importantes, et l’on ne sait toujours pas d’où cela provient. Il faut absolument que les agences de l’ONU fassent leur travail et mettent en place des inspections internationales sur place pour faire toute la lumière sur le dossier.

Le ruthénium-106 est un élément radioactif artificiel. À partir du moment où il y a un rejet, les personnes vont l’inhaler. Ensuite il va retomber au sol et contaminer la chaîne alimentaire. De plus il va rester à la surface du sol pendant des années puisqu’il met plus d’un an à perdre la moitié de sa radioactivité. Il va donc irradier les personnes qui évoluent sur ce sol.

De faibles retombées en Europe de l'Ouest 

Il faut comprendre d’où vient ce rejet et qu’il y ait autour de cette installation des analyses fiables et détaillées de la contamination du sol et de la chaîne alimentaire. À partir de là, il faut prendre des mesures de protection en fonction du niveau des retombées. Cela peut-être selon le cas, une évacuation des gens ou une décontamination des sols.

Le ruthénium-106 a été recensé dans de très nombreux pays européens. En ce qui concerne l’Europe de l’ouest, le niveau des retombées a été mesuré dans une gamme faible.

Concernant la France, la présence de ruthénium-106 dans l’air en n’a été mise en évidence que dans le sud-est du pays, à Ajaccio et à Nice notamment, et à des niveaux très faibles, qui ne présentent pas à un risque sanitaire significatif".

 

RMC/Propos recueillis par G.D. (21/11/2017)

Publié dans Nucléaire

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Pierre Campguilhem 08/07/2019 17:52

Comme ce post date de plus d'un an et demi,je pense que seul l'auteur a une chance de tomber sur ce que je vais laisser ici ....
Le gouvernement français a mis les radiations retrouvées en Europe de l'ouest des le 27 septembre 2017 sur le dos de la Russie pour une bonne raison...si vous voulez la découvrir ,il vous faudra un ecran d'ordinateur ou d'une TV non full HD de moins de 100 cm pour avoir une résolution d'image optimale,sans oublier de lire et de regarder tres attentivement la description ainsi que le commentaire epinglé de la vidéo
"Le mystérieux nuage "de ruthénium 106",qui vient de la russie...et pas du tout de l'Ukraine" sur youtube.
P.S:..ouvrez les yeux...et manger 100%francais.

Jean-Louis Schmitt 09/07/2019 05:42

Merci pour l'info ! En effet, peu de chances que votre commentaire soit lu par le plus grand nombre mais, rien n'empêche une nouvelle publication pour évoquer ce sujet... A suivre donc !

manou 24/11/2017 08:41

Merci pour toutes ces explications. Je suis allée consulter les médias depuis ton précédent article. Il faudrait une véritable vigilance mais quand c'est fait, c'est trop tard, et tant qu'on ne passe pas à autre chose nous sommes plus qu'aux premières loges chez nous et véritablement en danger permanent...mais ce n'est que mon avis. Je trouve toujours que nos politiques ne prennent pas les bonnes décisions en matière de nucléaire et qu'il est plus qu'urgent de se tourner davantage vers les énergies renouvelables, créatrices de nombreux emplois en plus !

Jean-Louis 24/11/2017 11:41

C'est ton avis Manou... et je le partage bien évidemment !

Stef 24/11/2017 05:51

Vont encore vouloir fermer les frontières !

ddelsass 23/11/2017 22:22

Bonsoir, notre contamination est faite, à présent! Il me semble que cela est arrivé déjà il y a 15 jours, ou 3 semaines, puisque un nuage suspect a traversé notre pays!

Jean-Louis 24/11/2017 05:22

De toute manière, on a probablement été contaminé... une fois de plus !

Domi 23/11/2017 21:28

vigilance indispensable !