Quand le taureau voit rouge…

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Si la corrida rencontre de plus en plus d’opposition –y compris en Espagne où plus de 6 personnes sur 10 se disent opposées à cette barbarie…- en France, on continue néanmoins envers et contre tout à promouvoir ces spectacles mortifères ! Par ailleurs, des « attractions » du genre « lâcher de taureau » attirent chaque année de nombreux curieux et autres amateurs de sensations fortes, dans certaines agglomérations du midi et du sud-ouest de notre pays…

Illustration : Claude Buret

Illustration : Claude Buret

Cet engouement pour ces animations stupides se solde régulièrement par de nombreux « accidents » aux conséquences parfois dramatiques pour les victimes (1) : des enquêtes sont alors ouvertes, aboutissant généralement aux mêmes conclusions quant au respect des règles de sécurité et… la « fête » peut derechef continuer sans autre forme de procès !

On peut légitimement s’interroger sur ce besoin du public de se faire peur, de jouer ainsi avec le feu en bravant une bête certes impressionnante mais néanmoins fort paisible… pour peu qu’on lui fiche la paix !

Bien entendu, les amateurs de ces divertissements grotesques arguent du fait qu’il n’y a, lors des jeux taurins ici dénoncés, pas de mise à mort, aucune quelconque violence -à leurs yeux- et qu’il ne s’agit là que d’innocents amusements !

Pour ma part, je persiste à affirmer qu’il y a bel et bien brutalité dès lors que l’on s’amuse ou que l’on ridiculise un animal et ce quel qu’il soit !

L’association PETA n’est pas moins critique et déclare à ce sujet : « Durant le « lâcher de taureaux » annuel à Pampelune, des animaux effrayés sont pourchassés à travers les rues par une foule terrifiante. Les taureaux sont gardés dans des enclos sombres et surpeuplés et lorsqu’ils sont forcés à sortir dans la rue par des chocs électriques, ils sont momentanément aveuglés par la lumière du jour. Les coureurs frappent les animaux avec des journaux roulés et leur tordent la queue. Les animaux paniqués perdent souvent pied dans les virages et s’écrasent contre les murs, se brisant les os et s’infligeant d’autres blessures. La plupart des touristes ne réalisent pas que tous les taureaux qui dévalent les rues étroites de Pampelune seront plus tard tués dans l’arène… » !

Mais, bien sûr : Pampelune n’est pas Saint-Rémy de Provence ni le Grau du Roi ou encore Cavaillon où, en l’occurrence, les taureaux ne sont pas destinés à mourir dans l’arène ! Qu’ils s’agissent des courses landaises ou camarguaises, on ne fait « que » se mesurer à l’animal en tentant soit de décrocher des cocardes soit d’effectuer des sauts ou des écarts à son passage ! Bref, dans les deux cas de ces traditions bien de chez nous, les puristes parleront avant tout d’un authentique « sport » officiellement reconnu de surcroit ! Que celui-ci se fasse au détriment d’une bête ne les dérange de toute évidence nullement et personne –ou presque- n’y voit d’ailleurs le moindre mal…

Pour ce qui est des lâchers de taureaux dans les rues, comme le souligne PETA ci-dessus, la finalité est généralement nettement moins réjouissante pour les bêtes en question puisqu’elles sont en principe destinées à combattre dans l’arène au terme de ces courses folles à travers l’agglomération…

Toro-piscine : une autre « tradition » qui cherche à s’exporter.

Le 15 août dernier, à l’occasion de la « Fête de l’Âne », Suarce, village du Territoire de Belfort, innovait en proposant un authentique « Toro-piscine » aux spectateurs venus en nombre pour la circonstance !

Une belle occasion de s’amuser en famille avec en vedettes cinq vachettes et un veau venus tout droit de Narbonne pour l’occasion !

Là encore, rien de bien méchant a priori si ce n’est le fait que, comme le souligne fort justement l’association Défense Animale Belfort dans un courrier adressé au maire de Suarce : « Les jeux taurins tels que celui-là sont des jeux dangereux qui entraînent des accidents de plus en plus nombreux et parfois mortels comme ce fut le cas à Fréjus en juillet 2016. De plus, les animaux sont soumis à un stress important tant à la fois au cours du transport , retenus pendant des heures interminables dans des camions surchauffés, garés en plein soleil puis évacués brutalement dans l’arène où ils deviennent objet de risée pour amuser le public. Certes il n’y a aucune effusion de sang ni de mise à mort contrairement à la corrida, cependant ces jeunes bovins sont malmenés et parfois blessés. Ce genre de divertissement ne peut qu’encourager la brutalité et peut servir de prétexte pour installer des activités taurines plus maltraitantes et plus dangereuses… ».

Curieusement, l’opinion publique réprouve –et c’est on ne peut plus légitime- les actes de cruautés et les mauvais traitements aux animaux ! J’en veux pour preuve les réactions quasi unanimement ulcérées à la diffusion des reportages chocs de L214 sur les pratiques usuelles des abattoirs !

Pour autant, y aurait-il des animaux plus « respectables » que d’autres ? D’aucuns ne mériteraient-ils pas la moindre considération ou empathie ?

La Déclaration Universelle des Droits de l’Animal ne fait, quant à elle, aucune distinction et précise notamment dans son article 2 que « Toute vie animale a droit au respect ». Manifestement, nombre de nos contemporains seraient bien inspirés en se fondant sur ces textes pour entrevoir enfin en l’animal autre chose qu’un simple « objet de consommation » ou, pour le cas qui nous préoccupe présentement : un vulgaire « objet de distraction » !

Que le taureau finisse par voir rouge à force d’être traité comme il l’est et qu’il tente de se défendre avec les armes qui sont les siennes, est naturellement compréhensible !

Ce qui l’est en revanche nettement moins c’est l’obstination d’un public abêti à applaudir et même à participer lui-même à ces spectacles qui se veulent « bon-enfant » : qu’il s’agisse de « gentilles » courses de taureaux –les guillemets s’imposent…- ou des sinistres et cruelles corridas, dans les deux cas on se plait à humilier et à maltraiter des animaux ce qui est simplement et définitivement inacceptable !

L'abrivado est une tradition dans le sud, comme sur cette photo à Alès. Photo : Alexis Bethune (MIDI LIBRE)

L'abrivado est une tradition dans le sud, comme sur cette photo à Alès. Photo : Alexis Bethune (MIDI LIBRE)

Publié dans Point de vue

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S
Voilà je me bats farouchement depuis de nombreuses années contre la maltraitance animale et pour «preuve» je suis également végétarienne et ce depuis là aussi fort longtemps. Comme je vis dans le sud ouest et que j'y suis originaire, j'aurais logiquement du m'intéresser aux jeux taurins et cie mais j'ai bien évidemment eu très jeune une haine totale et justifiée envers la corrida espagnole et toutes ses horreurs qu'elle provoque dans l'arène. Cependant, en voulant me renseigner sur les courses landaises et camarguaises auxquelles je n'ai là non plus jamais assisté, je n'ai pas pu trouver une seule preuve de la maltraitance des taureaux/vaches pendant ou après ces jeux. Certes, les mâles des ganaderias sont destinés aux corridas et vous évoquez pour les courses, du stress à l'encontre de l'animal, mais cette vision qu'est la votre me laisse dubitative. Je n'ai pour autant pas la volonté d'assister à ces courses pour pouvoir juger par moi même alors je voudrais savoir... est ce que vous y avez vous même, pour pouvoir dénoncer de mauvaises pratiques, assisté une fois ? Ou plusieurs fois ? Y en a t'il parmi vous qui, ayant assisté à ces courses pourraient témoigner de façon la plus objective possible de ce que vous avez vu ? Qu'est ce qui vous a fait ressentir ou comprendre que l'animal était en détresse et non pas simplement «excité» lors de ces courses? J'aimerais vraiment avoir le plus de points de vue de personnes ayant réellement assisté à ça alors svp !! Partagez, témoignez de votre expérience !!! Merciiiii ☺
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M
Bonjour je ne suis qu'à moitié d'accord avec vous, je suis aficionado enfin je l'étais jusqu'à ce soir, j'ai jamais aimés les corridas mais pour les lâchers de taureaux c'est pas pareil.... Avec une amie nous cousins monter une association de défense des animaux et envisageons de boycotter les corridas mais pour les toro-piscine, mettre des règles pour que les animaux soient bien traités.. Qu'ils aient par exemple pour obligation de laisser les taureaux dans un champ un moment avant le toro piscine pour que le taureau ne soit pas stressé... Ne pas punir les ferrias qui ne mettent pas à mort les animaux mais leur lettre pour obligation de bien les traiter....
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J
M, c'est votre droit le plus strict d'être en désaccord avec moi ! Personnellement, je pense que le jour où l'on cessera de prendre les animaux pour ce qu'ils ne sont pas -en l'occurrence des "objets" d'amusement ou des défouloirs...- l'Humanité aura fait un pas de géant !
J
Je pars en vacances au sud ouest et j'avais l'intention d'aller voir un toro piscine avec mes enfants... Mais votre publication m'a fait réfléchir et je n'irai pas...
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J
Super : voilà la meilleure nouvelle de la journée !<br /> Sachez que je suis très heureux de votre prise de conscience et je vous remercie de m'en avoir fait part !<br /> Bien amicalement et sincèrement. JL
M
Merci Jean-Louis pour ta belle et si juste publication. Mais comment amener les personnes qui refusent de réfléchir, à le faire ? Et quand un certain nombre de nos politiciens aiment et soutiennent ces horreurs et donnent l'exemple à une partie du peuple.... Il y a de quoi désespérer et pourtant il faut garder espoir !
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J
On parle de milliers de taureaux torturés et tués tous les ans en France . La clé de la non-abolition réside dans l'économie se chiffrant à des millions d'Euros que génère cette activité souvent décrite comme maffieuse" et soutenue par l'Union Européenne au titre d'aide aux élevages !
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K
Merci de donner une autre vision des attraits touristiques ou divertissements !<br /> Bon dimanche en toute quiétude.
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