Bien garder ses moutons

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Pour protéger son troupeau, un éleveur de Mollau a fait le choix des chiens de protection : des bergers d’Anatolie. Il s’agit de ménager les brebis, et le loup.

Francis Schirck et l’un de ses chiens bergers d’Anatolie qui, s’il garde ses fonctions ancestrales de berger et n’est pas considéré comme un animal de compagnie, sait aussi manifester son attachement à son maître. Photo : JMZ

Francis Schirck et l’un de ses chiens bergers d’Anatolie qui, s’il garde ses fonctions ancestrales de berger et n’est pas considéré comme un animal de compagnie, sait aussi manifester son attachement à son maître. Photo : JMZ

Éprouvé par l’existence, Francis Schirck, agriculteur de montagne à la ferme du Runtzenbach, à Mollau, a changé de façon radicale la conduite de son exploitation. La protection de son nouveau troupeau de 200 brebis solognotes et engadines se devait d’être en adéquation avec ses convictions, son respect face à la terre nourricière, et ce bien avant que Mollau ne se trouve par décision préfectorale en zone « loup ».

« Dès l’acquisition de notre troupeau, je savais que le loup était déjà de passage chez nous. Nous avons opté pour les chiens de protection. Sachant qu’il fallait deux à trois ans pour des chiots et les brebis à apprendre à vivre, à dormir ensemble, nous avons pris la décision d’acquérir des bergers d’Anatolie. » Un choix très raisonné.

« Le loup a sa place dans notre environnement, mais pas dans le troupeau»

« Cette race garde un bagage génétique antique, elle conserve sa fonction ancestrale et reste intacte comme chien de berger, contrairement à d’autres qui ne connaissent plus le loup depuis plus de cent ans et sont devenues des chiens de compagnie ». L’impact de Belle et Sébastien ? Francis Schirck ne cache pas que la première année est difficile car il faut éduquer le chiot, le troupeau et… le berger.

« Il nous faut encore apprendre. Nous lisons beaucoup et le contact avec l’éleveur du sud-est où nous avons acheté nos chiens est constant. » souligne de façon très réaliste l’agriculteur de Mollau. Et de poursuivre : « Le loup a sa place, son rôle dans notre environnement. Mais pas de regard naïf : il n’a pas sa place dans le troupeau et les chiens sont là pour l’éduquer lui aussi. En fait, nos chiens protègent brebis et loup… » Francis Schirck a acquis un autre mâle plus expérimenté qui sert désormais en fait de formateur aux jeunes « qui font encore des bêtises ». Objectif : constituer un groupe de cinq chiens. Cela permettra une répartition sur plusieurs sites.

Pour l’éleveur, le paradoxe réside dans le fait que le berger est seul dans une société qui « veut » le loup (80 % d’après les sondages). « Il ne suffit pas d’indemniser pour permettre la cohabitation. Il faut éduquer, accepter le rôle du loup, réfléchir sur le désarroi des éleveurs » explique-t-il avec conviction et nuance. Les aides ? 800€ pour l’entretien des bêtes et des clôtures, 350€ pour l’achat d’un chien (coût réel 700€). Un signe de la présence du loup à Mollau ? Hogan, le mâle, est sorti de l’enclos. Il est monté jusqu’au col du Rimbach où des chasseurs l’ont croisé. Eux aussi avaient constaté une attitude étrange et inhabituelle du gibier.

Anticiper, Francis Schirck a osé. Il lui reste la phase la plus délicate : convaincre d’une utile cohabitation avec un animal toujours méconnu, le loup, et une société assez indifférente aux conditions de production de sa nourriture.

Jean-Marie Zipper 26/08/2016

Publié dans Agriculture-Elevage

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

CENKI François 03/09/2016 11:08

C'est certainement une bonne idée, mais pour avoir été en Turquie pas mal de fois et discuté avec des randonneurs qui ont marché sur les quelques sentiers de rando... leur rencontre avec ces chiens imposants a souvent été synonymes de "frayeur de leur vie"...

Frédérique 01/09/2016 15:40

Les bergers d'Anatolie sont des chiens magnifiques! J'en ai vu qui gardaient des moutons en Turquie. Dans les terres d'Anatolie centrale, les étés sont chauds, secs, les hivers froids et rigoureux. C'est l'Alsace en plus extrême...
J'ai vu là bas des troupeaux gardés par ces chiens fascinants.
Bravo à ce berger!