Rassemblement inédit de Râles des genêts

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Du jamais entendu depuis longtemps : les chants de plus d’une vingtaine de râles des genêts ont résonné dans le Ried de la Sarre. Ornithologues, services de l’État et agriculteurs se sont mobilisés pour protéger ces oiseaux au seuil de l’extinction en Alsace.

Le râle des genêts avait presque totalement disparu des prairies alsaciennes. Photo Jean-Marc Bronner – LPO

Le râle des genêts avait presque totalement disparu des prairies alsaciennes. Photo Jean-Marc Bronner – LPO

Comme les courlis cendrés dont ils partagent l’habitat et les habitudes de nidification, les râles des genêts se font de plus en plus rares en Alsace sous l’effet conjugué de la disparition des prairies riediennes et des fauches précoces. Ces dernières années, seuls trois individus chanteurs (des mâles avec des velléités de reproduction) avaient été répertoriés çà et là dans la région, « ce qui place le râle des genêts au seuil de l’extinction en Alsace », explique la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux).

C’est dire l’heureuse surprise des ornithologues quand un agent de l’office national de la chasse et de la faune sauvage a indiqué avoir entendu plusieurs râles des genêts en ce début d’été. Au cours de prospections communes, la LPO et l’ONCFS ont entendu le chant de 23 à 25 mâles.

Ce rassemblement exceptionnel est sans doute « la conséquence des inondations de ce printemps, notamment dans les bassins de la Loire et de la Seine où l’oiseau n’a pratiquement pas été observé cet été », explique Eric Brunissen de la LPO Alsace. Les débordements de la Sarre ont été moins massifs et les populations habituellement dispersées se sont regroupées là pour nidifier, au point que les effectifs recensés en Alsace représentent 20 % de l’ensemble de la population nicheuse française.

Pareil rassemblement d’une espèce au statut tellement fragile qu’elle fait l’objet d’un plan national d’actions a immédiatement mobilisé la LPO et les services de l’État. Une fois les chanteurs précisément cartographiés, la LPO Alsace et l’ONCFS ont pris contact avec les exploitants des parcelles concernées (prairies de fauche), grâce au concours de la Chambre d’agriculture. Lors d’une réunion début juillet en mairie de Harskirchen, ils se sont attachés à convaincre les agriculteurs concernés de mettre en place des mesures de protection de ces oiseaux.

Il s’agissait principalement de ne pas faucher avant le 15 juillet sous peine de déchiqueter les poussins voire les adultes, de conserver des bandes refuges puis faucher de manière à repousser les oiseaux vers ces zones refuges. En contrepartie, une indemnité leur a été allouée par la DREAL.

Les oiseaux nichant au sol, ces mesures acceptées par une dizaine d’exploitants devaient permettre aux juvéniles de se mettre à l’abri des lames de la faucheuse.

L’espèce est tellement discrète qu’il est toutefois difficile d’estimer la population totale. À l’exception des mâles qui poussent leurs « crrr crrr » de parade à l’aube et au crépuscule, le râle des genêts est silencieux et ne se tient que très rarement à découvert. Les ornithologues auront sans doute plus de chances de les observer à la fin de l’été, lors de leur envol migratoire vers le sud-est de l’Afrique.

S.W. 05/08/2016

Crex crex

En période de reproduction, le mâle émet un chant râpeux (un peu comme le crissement des dents d’un peigne), très audible, qui lui a valu son nom scientifique Crex crex.

En France, à son retour de migration, le râle des genêts s’installe dans les prairies de fauche soumises aux inondations et dans lesquelles une hauteur et une densité de l’herbe lui permettent de se cacher et de s’installer en toute sécurité. La femelle pond entre 8 et 12 œufs dans des nids sommaires à même le sol. Elle couve et s’occupe des poussins sans l’aide du mâle. Ce n’est que vers l’âge d’un mois que les poussins sont capables de voler.

Vidéo : le Rale des genêts en Suisse (10:49)

Publié dans Faune-Flore

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