Le jardinier est un magicien

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Dans le jardin « extraordinaire » de Gérard Verret, animateur de l’association Jardin gourmand à Lalaye, aucun produit phytosanitaire, mais des herbes folles que la nature a laissées pousser. Sa philosophie ? Le jardinier doit accompagner la vie tandis que le cuisinier doit s’inspirer des plantes du jardin pour élaborer une alimentation vivante.

Gérard Verret s’émerveille sans cesse des plantes qui poussent dans son jardin. Photo : Jean-Paul KAISER

Gérard Verret s’émerveille sans cesse des plantes qui poussent dans son jardin. Photo : Jean-Paul KAISER

Se dépayser avec Gérard Verret, animateur de stages à l’association Jardin gourmand, c’est accepter d’être inspiré par les lois de la nature « dans une relation consciente avec le vivant sous toutes ses formes ». Ce qui n’implique pas non plus de revenir à l’époque des chasseurs-cueilleurs. « Il ne s’agit pas de passer d’un extrême mécaniste et interventionniste à celui de l’âge des cavernes et de la bougie. Nos connaissances actuelles sont précieuses, mais il faut s’adapter », estime-t-il.

À défaut d’être remarquable, un jardin « extraordinaire »

Son jardin « zéro phyto » autour de la maison qu’il loue à Lalaye dans la plus belle des vallées est « extraordinaire », lance-t-il, un brin malicieux. « Évidemment, ça ne saute pas aux yeux, c’est un peu fouillis… J’apprécie les jardins remarquables, mais le mien n’est pas tape-à-l’œil ! » L’esthète pourrait être, en effet, rebuté par les herbes folles qui y poussent en liberté et par les fleurs et les arbustes qui s’y mélangent selon un plan connu seulement par la nature elle-même.

Ce féru de permaculture et d’agroécologie précise que pour aménager son potager, il a utilisé la technique BRF (bois raméal fragmenté). Soit quatre planches pour délimiter l’espace, du carton et 25 cm de broyat forestier. « Je n’ai rien fait pendant un an. Je n’ai pas bêché, ni même utilisé ma grelinette. Puis, j’ai pris mon râteau, et j’ai constaté qu’il y avait 5 cm d’humus, que le carton avait été boulotté par les vers de terre et qu’il y avait des plantes là-dedans ! »

Si le jardin de ce Lorrain installé à Lalaye depuis 15 ans est finalement si extraordinaire, c’est « par rapport à tout ce qu’on peut y trouver. Il faut cultiver son regard. » Et ce passionné d’égrener un à un les trésors de son verger : chou de Daubenton, oignon rocambole, crambe maritime, céleri perpétuel, sauge sclarée, ciboule de Chine, etc. « J’ai une centaine de plantes sauvages comestibles ! » Des variétés anciennes voire oubliées qui donnent du goût dans l’assiette.

Ici, la règle est de ne fouler de ses pieds que l’espace qui a été tondu et de ne cueillir aucune plante, fleur ou fruit sans y avoir été invité. Il s’agit de préserver cette réserve de biodiversité, « cet espace de découverte, d’observation, de sensibilisation et d’expérimentation », ajoute l’animateur. Mais aussi d’y puiser de quoi se nourrir sainement, toujours dans le respect du vivant, lors de repas qui illustrent « l’alimentation vivante. Nos aliments sont porteurs d’une énergie vitale qui permet le maintien de la vie », explique Gérard Verret, concoctant lui-même ses boissons à base de levain et mangeant des légumes de saison fermentés et des graines germées. Les aliments riches en probiotiques, ces micro-organismes bons pour la flore intestinale, sont ses amis.

Dans ce jardin gourmand, la vie est poésie. Photo : Jean-Paul KAISER

Dans ce jardin gourmand, la vie est poésie. Photo : Jean-Paul KAISER

Inculquer des saveurs plutôt que des savoirs

Conscient de proposer des produits atypiques, Gérard Verret estime que les changements de mentalité évoluent, très lentement. « À l’époque, le BRF, c’était ésotérique. Aujourd’hui, il y a des émissions et des livres sur le sujet », affirme-t-il. Et alors que toutes les alertes ont été enclenchées pour avertir des risques d’une planète malmenée, il pense qu’il « ne faut pas négliger le pouvoir des consommateurs puisqu’il oriente les marchés. » Chacun peut, à son niveau, tenter de manger mieux : « On peut tous avoir un petit coin de jardin et faire vivre la vie dans sa cuisine ! »

Dans son univers, le jardinier est un magicien et le cuisinier, un alchimiste. Parce que « le jardinier est celui qui accompagne la vie et l’alchimiste est celui qui transforme la vie dans ses chaudrons ». Ses expériences sont proches du chamanisme puisqu’il s’agit d’être « plus intime avec les forces de la nature ».

Cet ancien expert-comptable, habitué des reconversions personnelles, veut donner des repères aux gens. Leur inculquer des réflexes aussi. Afin qu’ils suivent leur propre cheminement… Ses formations qui portent notamment sur les enseignements du vivant, la cuisine insolite, les ingrédients sauvages, etc. sont « une philosophie sous-jacente mais pas une philosophie en tant que discours. Il est davantage question de saveurs que de savoirs ».

Gérard Verret aimerait à l’avenir aller plus loin dans la transmission de ses acquis, et se dit prêt à se mettre, pendant un an, à la disposition de quiconque le souhaite afin, par exemple, de construire un éco-hameau. En Alsace ou ailleurs. Il est en capacité de changer de vie à nouveau, tout en restant fidèle à ses principes. Car « si on ne peut pas changer le monde, il faut faire en sorte que le monde ne nous change pas ! »

Avec ses bocaux et ses produits du jardin, Gérard Verret réalise une cuisine sauvage, vivante et saine. Photo : Jean-Paul KAISER

Avec ses bocaux et ses produits du jardin, Gérard Verret réalise une cuisine sauvage, vivante et saine. Photo : Jean-Paul KAISER

Aurore Bac 16/08/2016

Publié dans Coup de coeur

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