Scruter le ciel

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Photo : Jean-Louis Schmitt

Photo : Jean-Louis Schmitt

Scruter le ciel. D’un regard inquiet. En redoutant ce qui peut encore venir. Sonder les présages du temps, des nuages. En se demandant quelle quantité de pluie peut encore contenir ces grandes vapeurs noires qui font comme un mur entre le soleil et nous.

Selon la célèbre BD, le Gaulois ne craint qu’une chose : que le ciel lui tombe sur la tête. Et ces temps-ci, on retrouve tous un peu de cette peur ancestrale, alors que le ciel s’écroule littéralement, en trombes d’eau, sur nos têtes, nos terres, nos villages, nos maisons. Les sinistrés, nombreux ; ceux qui craignent de l’être, encore plus nombreux. Tous scrutent l’horizon en se demandant quand cela cessera enfin. Il ne s’agit plus seulement d’une fête qui doit être annulée faute de participants, d’une marche à reporter, d’un mariage qu’on aurait voulu célébrer dehors et que l’on doit se résoudre à organiser à l’intérieur ; choses désagréables, mais habituelles sous notre climat. Là, il se passe quelque chose d’inhabituel. Quelque chose qui ne devrait pas arriver. Une chose étrange, exceptionnelle, qui réveille des angoisses qu’on avait oubliées.

Face à un tel déchaînement des éléments, qu’auraient fait nos ancêtres ? Ces pluies torrentielles, en plus de menacer leur domicile, auraient menacé leurs vies : leurs récoltes, leur troupeau, leurs puits. Baignés dans une culture religieuse, ils auraient sans doute songé aux dix plaies d’Égypte, à Noé et à son arche. Ils auraient peut-être, d’une main tremblante, allumé quelques cierges, égrené un chapelet. À une époque où la nature représentait une force surnaturelle, on cherchait un rempart surnaturel. Et aujourd’hui ? Après des millénaires passés à tenter de dompter sa force brute, à coups d’inventions, à coups d’idées, on en est venu à oublier à quel point la nature est sauvage. À quel point elle reste indomptée.

On s’y balade le week-end dans des chemins bien balisés, on s’extasie de ses beautés. On s’en nourrit, parfois trop. On la protège, sans doute pas assez. Et voilà que ces orages nous rappellent sa force sauvage, celle que craignaient nos ancêtres, la violence de ses éléments, le mystère de ces forêts où ils ne s’aventuraient pas sans appréhension. Comme dans les contes que, petits, on nous lisait. Ou comme dans les BD. L’histoire d’une force terrible à laquelle on résiste, à laquelle on s’adapte. Chaque jour, depuis toujours.

Bien sûr, face aux intempéries, il y a toujours des choses à faire, des moyens d’éviter ces déferlements d’eau dans les rues et les maisons, des manières de minimiser les effets de ce printemps diluvien. Et encore une fois, nous nous adapterons. Mais au fond, face à l’imprévu, nous nous retrouvons toujours démunis. Car au final, quand l’orage vient, que nous reste-t-il à faire, sinon scruter le ciel et prier secrètement qu’il passe vite son chemin ?

Publié dans Humeur

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