La randonneuse qui murmure à l’oreille des ânes

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Fin avril et début mai, un drôle d’équipage a traversé l’Alsace Bossue. Kirsten Spiller et ses deux ânes ont entamé leur tour de France...

Les ânes ont besoin de câlins. Photo : Marie-Colette Becker

Les ânes ont besoin de câlins. Photo : Marie-Colette Becker

Il y a 11 ans, l’Allemande Kirsten Spiller a suivi une émission télévisée dans laquelle Jacques Clouteau parlait de ses randonnées à pied avec son âne, et du caractère de ce dernier avec lequel il avait traversé plusieurs fois l’Europe.

« Pour moi, ce fut une évidence, il me fallait un âne », se souvient-elle. Elle acquit donc deux hongres qui ont maintenant 3 ans et demi et 5 ans. Busoc et Carlos sont des ânes des Pyrénées destinés aux travaux agricoles. Ils ont grandi avec leurs congénères qui ont fait leur éducation, ensuite ils ont été aptes à apprendre.

« C’est plus facile de marcher avec deux ânes car ils s’entraident »

« La plupart des gens randonnent avec un seul âne. C’est plus facile de marcher avec deux ânes car ils s’entraident, dans les situations délicates, ils sont plus calmes à deux. Le soir, ils déstressent quand ils peuvent jouer ensemble. »

Elle vient donc d’entamer un tour de France à pied, 6 000 km en tout, en deux ans à raison de 500 km par mois. « Nous avons marché trois jours d’affilée et ils ont besoin de repos. S’il nous faut trois ans au lieu de deux, peu importe. D’ailleurs, nous ne marchons pas quand il pleut. Les ânes portent ma toile de tente, la nourriture… »

Parti le 10 avril de la région de Stuttgart, le trio a quitté Rahling vendredi 29 avril pour faire halte le soir à l’Écurie des Flots, au Neuweyerhof. Alors que les ânes dorment à l’abri dans un enclos, leur maîtresse a choisi de dormir sous sa toile de tente. « Il y a 3 jours, j’ai encore enlevé la neige de ma toile de tente dans les Vosges. Il ne faudrait pas que le froid et la pluie perdurent car c’est épuisant. »

Le trio prend de préférence des sentiers champêtres, ou les routes bitumées, afin d’éviter les cailloux qui peuvent blesser les animaux. C’est pour la même raison qu’ils portent des « souliers protecteurs » aux sabots pour marcher.

« Ils sentent ce que je veux »

Mais randonner avec des ânes ne s’improvise pas. « Pendant deux ans, je les ai éduqués dans ce but : circulation, traverser une ville, un pont. Les ânes apprennent très vite. En une demi-heure, le plus jeune a appris à distinguer la gauche de la droite. »

Un geste, un mot, et ils comprennent. « Ils sentent ce que je veux avant même que je ne l’exprime. J’ai établi une relation de confiance avec eux. Un âne fera tout pour l’humain qui s’en occupe. »

Le plus petit est le chef, il marche devant en ignorant tout le reste, tellement il est concentré sur son travail. « On ne s’attendrait pas à cela d’un âne qui contrairement à la réputation qui lui a été faite, est très intelligent. C’est important de donner une autre image des ânes. Mais pour arriver à ce résultat, c’est beaucoup de travail. On ne peut pas l’attendre d’un âne qui est uniquement dans sa pâture. »

Lundi matin, grand soleil, en route, direction Metz et l’ouest. Le trio s’engage sur le chemin de halage vers Mittersheim et passera la nuit à Guéblange...

DNA-Marie-Colette Becker (13 mai 2016)

Photos : Marie-Colette Becker
Photos : Marie-Colette Becker
Photos : Marie-Colette Becker

Photos : Marie-Colette Becker

Publié dans Coup de coeur

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D
de Francis Jammes <br /> J’aime l’âne si doux <br /> marchant le long des houx. <br /> Il prend garde aux abeilles <br /> et bouge ses oreilles ; <br /> et il porte les pauvres <br /> et des sacs remplis d’orge. <br /> Il va, près des fossés, <br /> d’un petit pas cassé. <br /> Mon amie le croit bête <br /> parce qu’il est poète. <br /> Il réfléchit toujours. <br /> Ses yeux sont en velours<br /> Jeune fille au doux cœur, <br /> tu n’as pas sa douceur : <br /> car il est devant Dieu <br /> l’âne doux du ciel bleu. <br /> Et il reste à l’étable, <br /> fatigué, misérable, <br /> ayant bien fatigué <br /> ses pauvres petits pieds. <br /> Il a fait son devoir <br /> du matin jusqu’au soir. <br /> Qu’as-tu fait jeune fille ? <br /> Tu as tiré l’aiguille...<br /> Mais l’âne s’est blessé : <br /> la mouche l’a piqué. <br /> Il a tant travaillé <br /> que ça vous fait pitié. <br /> Qu’as-tu mangé petite ? <br /> - T’as mangé des cerises. <br /> L’âne n’a pas eu d’orge, <br /> car le maître est trop pauvre. <br /> Il a sucé la corde, <br /> puis a dormi dans l’ombre...<br /> La corde de ton cœur <br /> n’a pas cette douceur. <br /> Il est l’âne si doux <br /> marchant le long des houx
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M
J'ai pris beaucoup de plaisir à interviewer cette randonneuse.<br /> Elle m'a dit "Der Weg ist das Ziehl" (Confucius il me semble). J'avais d'abord choisi ce titre. Mais j'aurais dû expliquer.<br /> J'aurais bien aimé approfondir mais elle n'était pas très loquace.
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