Le Geai des chênes, la sentinelle de la forêt

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Illustration : JPL

Illustration : JPL

Le Geai des chênes est reconnaissable à son plumage coloré, rayé de noir et blanc sur la tête, dont les plumes peuvent se dresser (huppe érectile). Son bec est prolongé par une bande noire sous l'œil qui donne l'impression qu'il porte des sortes de moustaches noires. Son corps est brun rosé sur le dessus et brun plus clair sur le dessous, sa queue est noire, son croupion et son bas-ventre blanc, ses rémiges primaires des ailes sont bleu vif et noir.

Cris et chant : Cris rauques et perçants skrrèèik, variant selon la cause de l'alerte. Le Geai des chênes possède par ailleurs un large registre vocal et il est notamment capable d'imiter habilement la voix d'autres oiseaux, comme la buse par exemple. Au printemps, il pousse des gloussements au cours de longues parades collectives qui précèdent la formation des couples. Par son cri perçant, le Geai sert d'alarme dans les sous-bois (écoutez ci-dessous).

Un ami des forestiers

Omnivore mais à dominante végétale, le geai affectionne particulièrement les glands des chênes.

Fin gourmet, il s'assure que les glands qu'il récolte sont exempts de parasites. Grâce à une poche sous son bec, il peut stocker jusqu'à quatre glands qu'il récolte avant de les cacher. A l'automne, il se constitue des réserves en cachant de la nourriture sous des racines, des mousses, des feuilles, à l'intérieur de souches d'arbre... Pour mémoriser ses cachettes, il se sert de points de repères et va même jusqu'à en constituer avec de petits cailloux. Mais il lui arrive de ne plus se souvenir de l'endroit de sa cachette ou que les repères aient été détruits: il participe ainsi à la dissémination des chênes puisque les glands non mangés germent sur place.

Il consomme également d'autres graines et apprécie particulièrement le maïs qu'il va chercher dans les cultures à la lisière des forêts, son habitat de prédilection. Il croque aussi des insectes, des vers, des fruits et même des œufs ou des oisillons qu'il va chercher dans les nids des petits passereaux.

En hiver, il peut visiter les jardins à la recherche d'un complément de nourriture : si une mangeoire est installée, il viendra de préférence le matin, faisant fuir les autres oiseaux. Sédentaire et plutôt solitaire, il ne vit en petits groupes qu'au moment de la reproduction, vers fin mars début avril. Son chant se fait alors plus mélodieux, afin de séduire sa partenaire.

Le geai visite souvent les jardins en hiver à la recherche de nourriture, pour compléter son régime ordinaire à base de glands. Il aime particulièrement les arachides et les vers de farine, tout en se nourrissant de nombreuses choses : restes de légumes, cacahuètes, grosses graines, céréales, flocons d'avoine, noix, baies. Il n'hésite pas à les emporter pour les cacher.

L’intelligence du geai

Les scientifiques ont longtemps soupçonné que les corvidés - famille d'oiseaux incluant les corbeaux, corneilles et pies - sont extrêmement intelligents. Les neurobiologistes Lena Veit et le Professeur Andreas Nieder de l'Institut de Neurobiologie de l'Université de Tübingen en Allemagne viennent de démontrer comment le cerveau des corbeaux développe un comportement intelligent quand ces oiseaux doivent prendre des décisions stratégiques. Leurs résultats sont publiés dans la dernière édition de Communications de Nature.

Les corvidés n'ont pas une "cervelle d'oiseau". Les biologistes comportementaux les ont même appelés "primates à plumes" parce que les oiseaux utilisent et même fabriquent des outils, peuvent se rappeler un grand nombre de sites où ils trouvent leur nourriture et planifient leur comportement social selon ce que les autres membres de leur groupe font. Ce haut niveau d'intelligence pourrait sembler surprenant parce que le mode de fonctionnement de l'intelligence des oiseaux est fondamentalement différent de celui des primates que l'on utilise habituellement pour l'analyse de ces comportements.

Publié dans Faune-Flore

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
K
Superbe oiseau !!
Répondre
G
Voilà qui me semble très complet, notamment sur le paragraphe "ami des forestiers" qui est véridique;
je n'ai pas d'autre commentaire à rajouter, sinon le fait (il ne me semble pas l'avoir lu?) qu'on l'appelle aussi la sentinelle de la forêt car c'est un oiseau vigilant et qui voit les "ennemis" de loin - prédateurs éventuels, dont l'homme - et les signale par ses cris sonores à qui veut bien l'entendre...
Répondre
M
Une année dans notre jardin, nous avons trouvé à l'intérieur de chaque taupinière (une dizaine voire une quinzaine) un gland soigneusement planté au centre. Nous avions fortement soupçonné les geais d'être les auteurs de ces "plantations"... Quelqu'un a-t-il déjà fait des observations similaires ?
Répondre
J
Bonjour MichèleC,

Des observations similaires m'ont effectivement été rapportés par plusieurs forestiers de ma connaissance : le geai est non seulement doué pour transporter en une seule fois plusieurs glands de chêne mais il est également capable d'en retrouver un certain nombre semble-t-il lors d'hivers particulièrement rudes !

Ses aptitudes de "planteurs" (bien malgré lui) ne sont donc plus à prouver tout comme ses facultés d'imitateur puisque le gredin me berne de temps à autre en imitant à la perfection... la buse !
J
Merci Jean Louis ,
J'avais un peu peur que cette image passe mal car si j'ai la chance en ce moment d'observer deux geais dans le jardin qui doivent "roucouler", je n'ai pas de piquet de barrière où ils pourraient éventuellement se poser. Ce dessin est donc une interprétation à partir de différentes photos dans le but d'essayer de montrer le mieux possible l'ensemble de ce très bel oiseau difficile à observer.
Bonne journée à tous....et à la prochaine image!
Répondre
J
...et merci à JPL pour cette nouvelle jolie illustration réalisée tout spécialement pour "Nature d'ici et d'ailleurs" ! On en redemande...
Répondre