La réserve inaugurée

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Événement voulu festif et militant, le week-end des Bishnoïs (*) contre le Grand contournement ouest a débuté hier pour se terminer ce soir.

Certains Bishnoïs avaient sorti le turban pour démarrer ce week-end festif et militant. Photo DNA

Certains Bishnoïs avaient sorti le turban pour démarrer ce week-end festif et militant. Photo DNA

Pour les Bishnoïs*, à l’origine un groupe d’habitants d’Ernolsheim-Bruche anti-GCO, ce samedi était un peu le saut dans l’inconnu. Depuis plusieurs semaines, leurs banderoles, bien en vue dans le village, et leur activité sur les réseaux sociaux, invitaient à participer à ce festival. L’appel serait-il entendu ?

Hier après-midi, avec drapeaux, pancartes et sifflets, sous l’œil des gendarmes (une vingtaine de militaires présents sur les deux jours), un cortège d’environ 70 personnes était au rendez-vous de la marche vers la « Réserve du Bishnoï ».

Les organisateurs ne s’en cachaient pas, c’était bien moins qu’espéré. Leur principale explication : la fermeture par le Département, tout le week-end, de la piste cyclable entre Kolbsheim et Ernolsheim. Mesure de sécurité, leur a-t-on justifié. Résultat, pour gagner le site, il faut faire un détour, à pied ou à vélo, via la RD 93.

« C’est sûr que ça a découragé des gens », juge Guillaume Bourlier, l’un des chefs de file des Bishnoïs, rappelant que l’objectif de faire de la pédagogie auprès du grand public empruntant la piste a ainsi été, de fait, rendu impossible. Pour Bruno Dalpra, des Amis de la Confédération paysanne, cette décision traduit « la réelle crainte des autorités d’une occupation pérenne du terrain ».

Arbre à défendre

Mais il en faut plus pour décourager un Bishnoï, du genre obstiné sous le turban. Pas dénué d’humour, non plus. En enjambant un petit pont baptisé « viaduc Roland-Ries », les participants arrivent ainsi sur le lieu du festival, préparé depuis la veille par une poignée de bénévoles. « On a pris du retard à cause des tracasseries administratives », glisse Guillaume Bourlier tandis que certains s’affairent encore à monter des installations.

Ce charmant espace naturel privé, situé au pied du château de Kolbsheim, est sur le tracé du projet d’autoroute à péage. « Ici, on serait juste sous le viaduc de 15 m de haut », explique un jeune agriculteur à un quidam. Un peu plus loin, plusieurs associations ont sorti leurs stands : le collectif GCO non merci, bien sûr, mais aussi Alsace nature, le Gepma, la LPO, Arbres, etc. Panneaux informatifs et photos dénoncent les nuisances qu’entraînerait le contournement.

Tandis que des enfants s’amusent à un chamboule-tout où les boîtes ont revêtu les visages bien connus d’élu nationaux… et régionaux, un duo de crêpiers foutraques s’occupe de divertir la foule. Ambiance militante mais bon enfant pour ce rassemblement où nombreux sont d’ailleurs ceux venus en famille.

Le maire de Kolbsheim, Dany Karcher, irréductible opposant au GCO, tient quant à lui à féliciter au micro les Bishnoïs pour leur démarche « pacifique mais déterminée » ainsi que pour la mise en place de cette ZAD, au sens de « zone d’amusement et de détente ». Avec son homologue de Holtzheim, Pia Imbs, il part ensuite planter un pommier à l’endroit précis où est censée passer l’autoroute. Exclamation d’un homme : « Ça tombe bien : la pomme est le fruit défendu. Alors il faudra le défendre, cet arbre ! »

Sur la scène, les Allemands du Bund viennent à leur tour exprimer leur solidarité et leurs inquiétudes quant aux répercussions qu’aurait, chez eux aussi, le GCO. Ils ne sont pas seuls à être venus de loin : des opposants lorrains à l’A31 bis et d’autres à Notre-Dame-des-Landes sont là, également.

Sous la tente

Premiers groupes de musique et l’affluence grossit encore – des grappes de jeunes, notamment. Environ 500 personnes étaient ainsi passées sur le site en début de soirée. Quelques courageux ont même sorti la tente. D’abord pour surveiller la Réserve par crainte de « casseurs » nocturnes comme ceux ayant sévi à la cabane anti-GCO de Kolbsheim, explique ce Bishnoï neudorfois. Mais aussi une manière d’afficher sa motivation.

Le festival se poursuit cet après-midi, avec toujours au programme conférences, balades thématiques dans la forêt et concerts.

(*) Du nom d’une tribu du nord de l’Inde, non violente et à forte conscience écologique

 

DNA-O.T. 03/04/2016

Photos : DNAPhotos : DNA
Photos : DNAPhotos : DNAPhotos : DNA
Photos : DNAPhotos : DNA

Photos : DNA

Publié dans GCO

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article