À l’abattoir, des animaux et des hommes

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Les mangeurs de viande l’oublient souvent, mais l’abattoir n’est pas qu’un lieu où l’on tue des animaux : c’est aussi là où travaillent des hommes et des femmes dans des conditions parfois difficiles.

 Dominique officie au conditionnement des volailles dans une salle située entre l’abattage et l’espace de vente. Photo : Joël CARASSIO

Dominique officie au conditionnement des volailles dans une salle située entre l’abattage et l’espace de vente. Photo : Joël CARASSIO

« Vous êtes prêt pour l’odeur ? »

On avait surtout entendu le bruit, permanent, mais Erika Moulai préfère prévenir : dans un abattoir, ça ne sent pas la rose. « C’est les viscères, les vapeurs de l’échaudage… Et le sang, bien sûr », détaille Erika Moulai. Elle a créé cette structure en 2000, en Normandie, avec un éleveur du cru. Et après quelques années comme esthéticienne, elle s’apprête à reprendre l’affaire.

« Effectivement, on tue des animaux »

Elle ne cherche pas à rendre son métier plus glamour qu’il ne l’est : « Effectivement, on tue des animaux. C’est difficile. En général, les gens ont un mouvement de recul quand je leur dis ce que je fais. Ils sont surpris. Mais c’est un passage obligé s’ils veulent manger de la viande… Les gens ont tendance à l’oublier, ou ne veulent pas savoir. » En revanche, elle ne trouve aucune excuse aux auteurs des sévices montrés par les vidéos de l’association L214 : « C’est n’importe quoi. Ça nous touche, évidemment. Nous, on sait que c’est exceptionnel, que ça ne devrait pas arriver. Mais les clients en parlent… »

« Les contrôleurs ne sont pas assez nombreux »

Ici, les salariés commencent au Smic. La structure est petite, quatre salles : au fond, l’arrivée des volailles où elles sont parquées vivantes. Puis l’abattage où Saïd endort les bêtes, les tue, les plume et les éviscère. Ensuite, Dominique conditionne les volailles, juste à côté de l’espace de vente. S’il est plutôt difficile, le travail n’est pas trop physique – pas comme dans un abattoir de bétail où les bêtes sont énormes et l’odeur bien pire. Les blessures restent rares, et plutôt bénignes. À taille humaine, l’abattoir joue sur le circuit court. « Ici, on tue à la demande, et ça plaît aux clients. Ils savent que la viande est locale, que tout se passe ici, raconte Erika Moulai. En 15 ans, il n’y a jamais eu de problème. »

Pourtant, « les contrôles vétérinaires sont fréquents – deux à trois fois par an. Il y a tellement de contrôles et d’obligations que, s’il y a un problème, c’est forcément de la faute de l’abattoir », assure-t-elle. « Mais les contrôleurs vétérinaires ne sont pas assez nombreux, même si après la dernière vidéo, ils ont serré un peu la vis. » Parmi les obligations, des équipements (gants en maille, bottes, tabliers…) et des formations – notamment sur la condition animale. « Lors du dernier contrôle, il nous manquait un module. On a eu un mois pour le faire, sans quoi on fermait. »

Certains employés partent au bout de deux heures

Outre les clients, l’appréhension peut aussi venir des employés potentiels. « Au début, trouver quelqu’un pour les remplacements, c’était vraiment difficile. C’est l’odeur le pire. Quand on vient travailler dans un abattoir, on sait qu’on va tuer des bêtes, on se prépare à l’idée. Mais l’odeur, on la découvre en arrivant… et certains partent après deux heures. En été, c’est encore pire avec la chaleur. »

Côté clients, alors que le végétarisme progresse, Erika ne s’inquiète pas : « On fait de la volaille, c’est une valeur sûre. Mais c’est normal que les gens s’inquiètent de la condition animale, de ce qu’ils mangent. Il faut les rassurer, respecter les normes, les règles et les obligations du métier. »

Erika Moulai. Photo : Joël CARASSIO

Erika Moulai. Photo : Joël CARASSIO

DNA-J. C. 09/04/2016

 

Stéphane Le Foll a annoncé début avril plusieurs mesures après la dernière vidéo publiée par l'association L214.

Un référent dans chaque établissement

Un salarié référent de la protection animale devra désormais être présent dans tous les abattoirs de France quelle que soit leur taille - aujourd'hui, seuls les gros abattoirs sont concernés par la réglementation européenne. Ces représentants de la protection animale seront des salariés qui verront leur statut renforcé afin de bénéficier d'une protection particulière.

Inspection générale et surveillance en vue

Stéphane Le Foll a demandé aux préfets de faire réaliser, dans un délai d'un mois, des inspections spécifiques sur la protection animale dans l'ensemble des abattoirs de boucherie du pays. À la clé, en cas de défaut, une suspension immédiate. Les résultats de ces inspections spécifiques seront transmis à la commission d'enquête parlementaire annoncée le 22 mars. Sur la base de ces inspections, le ministre prendra des mesures afin de renforcer la responsabilité des opérateurs - en particulier sur la surveillance des postes d'abattage.

Déjà en novembre 2015...

En novembre 2015, après l'affaire de l'abattoir d'Alès, Stéphane Le Foll avait demandé aux préfets de s'assurer de la prévention de tout acte de maltraitance, lors de l'abattage, et rappelé la responsabilité des opérateurs en matière de sécurité sanitaire et de protection animale.

... et en 2009

En septembre 2008, l'association L214 avait déjà mené une enquête à l'abattoir Charal de Metz, en caméra cachée. Choqué, le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, avait demandé un audit généralisé des abattoirs en France. Sans résultats, selon les militants de L214, mais sans constater d'importants problèmes, selon les professionnels.

DNA 09/04/2016

Publié dans Bidoche

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