Les otages du tourisme

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Le tourisme à gogo détruit la planète et emmerde les animaux. Et non, mille fois non : nager avec les dauphins ou cajoler un bébé tigre le temps d'un selfie ne fera pas de vous un défenseur de la faune sauvage. C'est même tout le contraire. Alors bas les pattes les bipèdes !

‘’Plusieurs voyagistes ont arrêté de proposer des tours guidés incluant la nage avec les dauphins et les tours à dos d’éléphants.’’ (Source : Voyage Voyage) Photo : Andrey Paltsev/Shutterstock

‘’Plusieurs voyagistes ont arrêté de proposer des tours guidés incluant la nage avec les dauphins et les tours à dos d’éléphants.’’ (Source : Voyage Voyage) Photo : Andrey Paltsev/Shutterstock

Dimanche 27 septembre, vous avez célébré la Journée Mondiale du Tourisme. Certes, ce n’était pas vraiment la fête, vu la Covid qui vous conseille de rester à la maison, mais vous avez fait rêver sur les destinations exotiques, la nature à portée de selfies ou une faune exhibitionniste prête à s’offrir aux curieux.

Vous fantasmez de nager avec les dauphins, de monter à dos d’éléphants, de caresser les guépards ou de cajoler des koalas. Le rapprochement avec le peuple des bêtes signifie à vos yeux la complicité, voire l’affection. En réalité, le tourisme nous a métamorphosés en otages de vos dépaysements. La proximité que vous espérez n’est rien d’autre que de la promiscuité. C’est si vrai que l’association World Animal Protection a fait une enquête permettant d’apporter un éclairage sur les exhibitions que nous sommes devenus. Bilan, près de 550 000 d’entre nous sont soumis au tourisme dit d’« attractions », ce qui représente un marché approchant les 225 millions d’euros.

Parmi les plus contraints d’entre nous, on note les jeunes tigres séparés prématurément de leurs mères en Asie. Quelques pas avec le futur grand fauve en laisse et vous voilà satisfait… En Afrique, le sort des lionceaux que l’on vous jette dans les bras n’est guère plus enviable. Après ces séances « bisounours » contre-nature, ils deviendront, une fois adultes, des cibles pour des chasseurs en mal de trophées.

Au Costa Rica, pays pourtant soucieux de sa biodiversité, on a constaté que des paresseux étaient capturés en forêt pour être proposés aux touristes le temps d’une photo. Au Japon, ce sont les loutres qui doivent s’afficher joyeusement, tandis qu’à Marrakech les bébés magots génèrent toujours un désir maternel au point qu’ils sont vendus à la sauvette, malgré les réglementations visant théoriquement à les protéger. Quant aux cobras, prétendument meurtriers à qui l’on a arraché les crochets venimeux, ils savent qu’ainsi maltraités et non nourris, leurs jours sont comptés.

Même en Europe, des ours dressés dansent encore devant vous. Cette situation générant tant de souffrance, voire fossoyeuse, ne peut plus durer. Par bonheur, certaines associations de protection plaident pour notre cause, tandis que de plus en plus de touristes avouent leur malaise devant notre maltraitance. En réaction le Cambodge, par exemple, a interdit la visite des temples d’Angkor à dos d’éléphants. Au nord de la Nouvelle-Zélande, il a été mis un terme aux baignades avec dauphins (vos biologistes avaient constaté que cette pratique empêchait la socialisation des jeunes avec les adultes). Même chose du coté de Hawaï où il n’est plus possible de nager avec des dauphins à long bec, une espèce particulièrement fragile.

La Covid-19 vous a appris à user des gestes barrière, à prendre vos distances entre vous, nous ne demandons rien d’autre à notre égard : Laissez-nous vivre, oubliez les bêtes de foire que nous sommes devenus, admettez que notre intimité vaut bien votre avidité. Envisagez une nouvelle cohabitation respectueuse de notre condition. Et ainsi peut-être qu’un jour, nous ferons un pas sans crainte vers vous…

Allain Bougrain-Dubourg(29.09.2020)

Illustration : Coco/Charlie Hebdo

 

 

 

 

 

 

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Commenter cet article

Béa kimcat 16/10/2020 17:11

Oui tout est dit !
Je partage !

Zoé 16/10/2020 16:27

Tout est dit dans cette lettre et comme j'aimerais croire que ça va s'améliorer!
Le dessin de Coco est très parlant aussi!

Anne 16/10/2020 14:08

Bien d’accord avec ce texte. Pour ma part la France est si belle pourquoi vouloir ces pseudo dépaysement ? J’espère que cette mode de bannir ce genre de tourisme influencera toujours davantage les organisateurs. car ne nous leurrons pas ce sera bien une mode pour beaucoup ( de bobos) mais après tout la fin justifie les moyens et peut-être que cela les amènera à ouvrir enfin les yeux.

danièle 16/10/2020 10:31

OUI, il est temps que l'homme enfant devienne un homme conscient et responsable ! Education de nos enfants ? aujourd'hui, on leur apprend à fêter Halloween, carnaval, etc. Dans les abattoirs c'est Halloween tous les jours. Le tourisme de masse est à remplacer par des films animaliers authentiques, beauté de la vie au naturel. Que pensent nos éducateurs ? Economie, Ecologie et Respect du règne végétal, animal et humain !

Jacky 16/10/2020 08:47

Les dégâts du tourisme de masse sont considérables, à tous les niveaux. Cet exemple est frappant, tout comme les centaines de personnes qui investissent le Mt Blanc, etc....

Erika 16/10/2020 08:26

Voilà bien le genre de tourisme que je n'ai jamais pratiqué étant contre tout cela.
Mais voilà les sensations sont plus fortes pour beaucoup qui ne se soucie guère du devenir de l'animal !!!
J'aime beaucoup l'illustration de Coco.
Merci pour le partage et bonne fin de semaine, toujours beaucoup de vent froid chez nous.