L’arrêt de la chasse au renard n’entraîne pas d’augmentation de leurs effectifs

Publié le par Jean-Louis Schmitt

L’ornithologue Frédéric Jiguet* s’interroge, dans une tribune au « Monde » sur les stratégies de destruction des animaux dits « nuisibles » (renards, corbeaux, etc.) qui ne sont pas efficaces, voire contre-productives.

Un renard mange environ 3 000 rongeurs par an… Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

Un renard mange environ 3 000 rongeurs par an… Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

Les animaux dits « nuisibles » sont régulés car ils représentent un danger pour notre économie et notre sécurité sanitaire. Chaque année, quelque 500 000 renards sont tués en France, 4 millions de corvidés dans toute l’Europe. Les objectifs de ces destructions semblent clairs : réduire les dégâts économiques, ainsi que les risques sanitaires. Pourtant, ces opérations de régulation d’animaux sauvages ne sont quasiment jamais évaluées.

Y a-t-il moins de dégâts sur les cultures lorsque l’on élimine des corbeaux ? Y a-t-il moins d’attaques sur les poulaillers lorsque l’on supprime des renards ? Aucun élément concret ne permet de le conclure. Pire, pour les risques sanitaires, éliminer des individus potentiellement malades augmente la dispersion des survivants et de leurs maladies. Affranchie des débats partisans entre ayatollahs, la recherche doit être mobilisée pour évaluer enfin l’ecacité de la destruction de millions de « nuisibles ».

Certains, animaux portent des pathogènes ou des parasites transmissibles à l’homme. L’échinococcose alvéolaire, fréquente chez le renard, est due à un ténia, ver parasite qui peut se développer dans le foie humain. Les œufs du ver se retrouvent dans les fèces ou sur les poils des renards parasités, et peuvent être ingérés accidentellement. Chaque année, une vingtaine de cas humains sont identifiés en France, un ou deux étant mortels car diagnostiqués tardivement.

La propagation des maladies

Les risques sanitaires sont-ils réduits lorsque l’on tue des renards ? Les réponses des scientifiques, multiples et concordantes, prouvent que plus on tue ces animaux, plus les risques sanitaires augmentent. L’effet obtenu est exactement l’inverse de celui escompté ! Les régulations entraînent une déstructuration des populations vulpines, les survivants deviennent plus mobiles – ils se déconfinent de leur territoire – ce qui augmente la propagation des maladies.

Premier point : tuer des renards ne réduit pas leurs effectifs, car les populations compensent rapidement les pertes, en produisant plus de jeunes qui eux-mêmes survivent mieux. Deux études, l’une au Royaume-Uni après l’épisode de fièvre aphteuse de 2003, l’autre au Luxembourg où le renard est protégé depuis 2015, confirment que l’arrêt de la chasse au renard n’entraîne pas d’augmentation de leurs effectifs.

Deuxième point : les régulations, en créant des espaces vacants, poussent les survivants à explorer de nouveaux territoires, augmentant les contacts entre individus et la propagation des maladies. Ainsi, l’abattage intensifié (+ 35 % pendant quatre ans) de renards autour de Nancy a entraîné une augmentation de la proportion de renards parasités par le ténia, de 40 % à 55 %. A l’inverse, au Luxembourg, la protection du renard a entraîné une diminution de la proportion de renards parasités de 40 % à 25 %.

Le rôle positif du renard

Si l’on ajoute à cela que bon nombre de victimes humaines de l’échinococcose sont des chasseurs, interdire la manipulation de renards, morts ou vifs, serait une mesure appropriée pour diminuer considérablement les cas humains d’échinococcose. Si l’objectif à atteindre est de réduire les risques d’échinococcose, il faut donc rapidement stopper la destruction des renards. S’il existe d’autres impératifs, comme les prédations sur les volailles, il faut procéder à une évaluation économique des coûts et bénéfices d’une régulation à grande échelle.

Actuellement, l’abattage annuel de 500 000 renards en France coûte certainement plusieurs millions d’euros (gestion administrative, matériels de destruction, chiens de chasse, temps passé). Pour que cette régulation soit rentable économiquement pour la société, combien de volailles doivent être sauvées ? Un, deux, trois millions ? Nul ne l’a évalué – mais les régulations de renards perdurent.

Par ailleurs, les renards limitent les populations de rongeurs, potentiels ravageurs de cultures et hôtes majeurs de tiques transmettant la maladie de Lyme. Un renard mange environ 3 000 rongeurs par an. Laisser vivre les renards limite donc le risque pour l’homme de contracter la maladie de Lyme. Si le cas du renard est détaillé ici, celui des corneilles aurait pu l’être tout autant, car ces oiseaux se déplacent sur des centaines de kilomètres, rendant toute régulation locale inecace.

Revoir les stratégies de régulation des espèces

Ou encore le cas du blaireau, son déterrage apparaissant dangereux puisqu’il met en contact direct blaireaux et chiens de chasse, et étale en surface la terre des galeries souillée des urines de l’animal, augmentant les risques de propagation du Mycobacterium responsable de la tuberculose bovine. S’il le fallait encore, la pandémie actuelle vient illustrer l’absolue nécessité d’une recherche soutenue sur la compréhension et la contention des zoonoses.

Le renard et les autres « pestiférés » méritent mieux que l’acharnement destructeur dont ils sont victimes. Il est urgent de revoir les stratégies de régulation des espèces susceptibles de causer des dégâts, de développer des évaluations écologiques, économiques et éthiques de l’ecacité des destructions, et de fixer pour objectifs la réduction des coûts économiques et des risques sanitaires, et non la seule destruction massive de millions d’animaux. Une recherche indépendante et de qualité pour éclairer les décisions publiques.

 

Frédéric Jiguet*/Le Monde (08.09.2020)

*Professeur au Muséum national d’Histoire Naturelle

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Chasse, Point de vue

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Béa kimcat 18/09/2020 16:13

Ce sont les hommes les NUISIBLES !!
Le renard a son utilité dans la nature tout comme les autres animaux... Quant à l'homme, on peut se poser la question sur son utilité...

Anne 17/09/2020 09:57

Souhaitons que les citadins lisent bien cet article du Monde car j’ai lu un post d’une député qui veut les effrayer avec l’arrivée du renard dans les villes : l’insécurité ne serait-elle pas plutôt due à la délinquance que nos politiques ne savent pas gérer. Quand la mauvaise foi est là... nos politiques n’écoutent rien, leur seule idée : être réélu... donc merci pour cette mise au point

jean 17/09/2020 09:01

/Ou encore le cas du blaireau, son déterrage apparaissant dangereux puisqu’il met en contact direct blaireaux et chiens de chasse, et étale en surface la terre des galeries souillée des urines de l’animal, augmentant les risques de propagation du Mycobacterium/ Donc a chaque fois que le blaireau sort de son terrier comme il marche dans les galeries souillées il propage la bactérie partout dans la nature,comme il sort presque tous les soirs le risque de propagation est grand par rapport au déterrage qui se pratique que quelquefois dans l’année .Ayant moins de culture que le professeur ,je pensais que le blaireau fabriquait des latrines extérieures au terrier que l'on nomme par ailleurs pot a crotte et qui sont assez éloignes du terrier ,il possède aussi dans le terrier des chambres d'urine mais qui sont rarement utilisées ,mais que voulez vous impossible de lutter contre la connaissance des hommes de science.

jean 18/09/2020 08:35

Et de plus il y a beaucoup de chiens de chasse qui ne sont ni pucés ni vaccinés. A ce que m’a dit un propriétaire d’un chien que j’avais trouvé: il faut le signaler aux autorités,depuis juillet 2011 il y a obligation de mettre une puce pour les animaux de compagnie tous les propriétaires de chat le font t'ils.Les chasseurs respectueux sont minoritaires,comment le savez vous,avez vous déjà participé ,mais peut être on m'a dit que.......

Anne 17/09/2020 11:21

Le chien terrier se bat dans le terrier et ressort en sang ( celui du blaireau et le sien). Si il gagne il a la gorge du blaireau dans sa gueule et il ne lâchera pas avant d’être enlevé du terrier. Si le blaireau est malade, le chien le sera même si il n’a pas visité la chambre à urine

Anne 17/09/2020 11:14

Je n’ai jamais entendu dire que les chiens étaient désinfectés en rentrant de la chasse?
Et de plus il y a beaucoup de chiens de chasse qui ne sont ni pucés ni vaccinés. A ce que m’a dit un propriétaire d’un chien que j’avais trouvé : ça coûterait trop cher car il a trop de chiens alors les désinfecter en rentrant ? Peut être que certains le font mais ce sont sûrement ceux que j’appelle les chasseurs respectueux et ils sont très minoritaires

jean 17/09/2020 10:27

vous pensez que les chiens ne sont pas désinfectes,le blaireau non.

Anne 17/09/2020 10:01

L’explication vient peut être du fait que le blaireau reste dans son territoire alors que le chien de chasse va transmettre la maladie à la meute et ensuite à celui qui les nourrit qui la transmettra à son entourage?

Mario 17/09/2020 07:47

Que la chasse au renard n'a jamais fait diminuer les effectifs est connu depuis longtemps.Les maladies où les attaques de poulaillers etc ne sont qu'un prétexte pour pouvoir chasser toute l'année et ainsi assouvir le besoin de tuer des chasseurs.Cela ne repose sur aucun élément rationnel, c'est pour cela que les études scientifiques ne servent à rien pour convaincre les chasseurs d'arrêter le massacre. Ils sont de mauvaise fois et aucun argument scientifique ou rationnel ne sera accepté. La plupart n'ont aucune notion de dynamique des populations et une connaissance très limitée de la faune sauvage contrairement à ce qu'ils voudraient faire croire.

domi 17/09/2020 05:22

donc... chasser le renard n'entraîne pas de diminution des effectifs....