Au Carnet, malgré la surveillance policière, la jeune zad prend ses marques

Publié le par Gaspard d’Allens et Alexis Coulon (Reporterre)

Depuis le dernier weekend du mois d’août, une zad s’est installée sur les berges ensauvagées de l’estuaire de la Loire. Le site est menacé de bétonnage par le Grand port maritime de Nantes-Saint-Nazaire. Les opposants attendent des renforts ces samedi et dimanche…

Au Carnet, malgré la surveillance policière, la jeune zad prend ses marques

Veillée d’armes à la zad du Carnet. Les opposants qui occupent le site depuis le début de la semaine s’attendaient vendredi 4 septembre à une expulsion au petit matin. Plusieurs fourgons de gendarmes mobiles avaient été observés à proximité de la zone et la pression était palpable. Selon les militants, des drones et des hélicoptères de la gendarmerie survolent régulièrement le site. Les contrôles d’identité se sont aussi multipliés aux alentours ces derniers jours.

L’aube du vendredi 4 septembre 2020, au Carnet.

L’aube du vendredi 4 septembre 2020, au Carnet.

Mais pour l’instant, les barricades construites pour empêcher l’arrivée des pelleteuses sur ce terrain de la rive gauche de l’estuaire de la Loire tiennent toujours. Vendredi soir, la menace d’expulsion semble même s’être éloignée et les opposants qui luttent contre l’expansion du Grand port maritime de Nantes-Saint-Nazaire ont gagné un peu de répit. Ils appellent à rejoindre la zad ce week-end pour protéger la zone humide de 51 hectares qui risque d’être bétonnée par ce projet industriel.

Au Carnet, malgré la surveillance policière, la jeune zad prend ses marques

Les opposants ont appris par la presse qu’ils pourraient bénéficier d’encore un peu de temps. Didier Martin, le tout nouveau préfet de région et de la Loire-Atlantique, a assuré à Ouest-France vouloir « poser ses valises » avant de « s’exprimer sur ce sujet ».

« Je ne suis pas très au courant du dossier du Carnet à ce stade. Cela dit, je n’exclus pas d’aller me rendre compte de la situation sur place, mais sans forcément prévenir les médias. D’une façon générale, j’aime bien aller voir les choses par moi-même sur le terrain. » Didier Martin, préfet de région et de la Loire-Atlantique

Dans un communiqué rageur, la présidente Les Républicains (LR) de la région Pays de la Loire, Christelle Morançais, a déclaré qu’elle ne pouvait « tolérer qu’une nouvelle zone de non-droit s’installe dans la région » : « Nous ne laisserons pas des groupuscules extrémistes empêcher qu’un projet qui porte une dimension écologique, économique et sociale aussi bénéfique pour le territoire puisse se réaliser. Nous ne laisserons pas se reproduire les erreurs du passé ! » a-t-elle averti.

« Ce projet est une question de fierté pour la région après sa débâcle à Notre-Dame-des-Landes »

Sur place, la vie quotidienne s’organise. Autour des trois barricades sur la départementale qui bloquent l’accès au site, des cabanes de bric et de broc ont été bâties pour accueillir le ravitaillement et informer les riverains. Un infokiosque avec des brochures féministes a été installé.

Plusieurs dizaines de personnes habitent les lieux depuis le début de la semaine. A deux kilomètres de la zone humide, un terrain privé leur sert de base arrière. Des barnums ont été montés et accueillent l’automédia. Sur le site du Carnet, à proximité des barricades, les opposants dorment dans des tentes.

Au Carnet, malgré la surveillance policière, la jeune zad prend ses marques

« On se lève à 4 h 30 du matin pour vérifier la présence policière, puis on organise des cantines, on fait des AG et des chantiers collectifs l’après-midi, détaille un habitant, joint par téléphone. Nous sommes une lutte écologiste, radicale et antisexiste », dit-il. Les zadistes attendent du monde ce week-end. Un pique-nique est prévu dimanche avec une balade naturaliste et un concert acoustique le soir.

Pour Yoann, maraîcher bio et membre du collectif Stop Carnet, « la zad est essentielle. Le projet a avancé dans l’ombre pendant des années sans que les opposants ni les riverains soient mis au courant, dit-il. Nous n’avons pas eu le temps de l’attaquer juridiquement. Aujourd’hui, s’opposer physiquement au début des travaux est la seule solution. La zad montre notre détermination et nous devons tenir dans la durée. »

Le bras de fer est engagé, l’issue incertaine. Car « ce projet est stratégique. C’est aussi une question de fierté pour la région après sa débâcle à Notre-Dame-des-Landes », explique Yoann. Lors de ses vœux, en janvier 2019, la présidente de la région, Christelle Morançais, en avait fait une priorité. « Nous avons échoué à construire l’Aéroport du Grand Ouest. Bâtissons ensemble le Port du Grand Ouest ! » disait-elle.

« La création de la zad a décuplé la mobilisation »

Cette semaine, la lutte s’est d’abord focalisée sur des enjeux de communication. Les opposants ont bénéficié d’une visibilité accrue avec la grande marche du 30 août et les 1.500 personnes qui ont manifesté sur le site. De nombreux articles ont été publiés. Des appels ont également été lancés sur les réseaux sociaux. « Si nous sommes expulsés, on reviendra. On organisera une manifestation de réoccupation », préviennent les opposants.

La zad a servi de catalyseur. « Sa création a décuplé la mobilisation, constate Yoann. Même si elle n’est pas sortie de nulle part. » Le terreau est fertile. En 1997, des milliers de personnes s’étaient déjà opposées à la construction d’une centrale nucléaire. « J’étais gamin mais ça nous a tous marqués. Les chaînes humaines, les lacrymos, etc. Cette histoire a pétri le territoire », témoigne Yoann.

Une « action en mixité » pour interpeller les riveraines, les riverains et les gendarmes.

Une « action en mixité » pour interpeller les riveraines, les riverains et les gendarmes.

Aujourd’hui, les opposants au Carnet veulent, à nouveau, tisser des liens avec les différentes luttes du grand ouest : la zad de la Dune expulsée pendant le confinement, la lutte contre le surf park, Notre-Dame-des-Landes. La ville de Saint-Nazaire a été un haut lieu de la révolte des gilets jaunes. Dans les environs, le mouvement Extinction Rebellion est aussi actif. Il a d’ailleurs apporté son soutien à l’occupation.

Plusieurs échéances à court terme se profilent. Le 14 septembre, une réunion est organisée à la Chambre de commerce et de l’industrie à Nantes, entre différents industriels et représentants de l’État pour parler de la non-artificialisation des sols. La zad du Carnet pourrait bien s’y inviter.

 

Gaspard d’Allens et Alexis Coulon (Reporterre) (05.09.2020)

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Initiative, Environnement

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Zoé 11/09/2020 22:27

Je partage totalement ton point de vue Jean-Louis et suis aussi très admirative de ces zadistes . Quand on sait le poids des lobbys dans les décisions et lois environnementales, on ne peut penser que comme Yoann que s'opposer physiquement au projet est la seule solution.

Claire 10/09/2020 22:17

Comme vous Jean-Louis, je suis admirative de ces occupants, ces "zadistes", qui n'acceptent pas que continue la destruction de notre planète ! Si nous étions plus courageux, nous serions avec eux contre ces projets qui, sous couvert de créer de l'emploi, ne sont que de l'enfumage !

Jean-Louis 10/09/2020 22:02

Trop âgé, trop "rangé" aussi et surtout, d'une santé qui m'inclus doublement parmi les "personnes à risques", il m'est, depuis longtemps déjà, impossible de militer aussi activement que je le souhaiterai ! Il n'empêche que j'ai une grande, une immense admiration pour ces personnes, souvent jeunes et déterminées qui n’hésitent pas à se jeter dans des batailles que beaucoup d’entre nous considèrent -souvent à tort- comme perdues d’avance ! Contrairement à ce que croit une bonne partie de l’opinion, il ne s’agit pas d’un ramassis de désœuvrés ‘’qui n’ont rien d’autre à faire que de bloquer des projets’’ de bétonisation et de destruction de la nature : la plupart des zadistes sont en effet de brillants étudiants ou universitaires et autres individus ayant rompus leurs liens avec une société de plus en plus injuste et en parfait décalage avec les réalités qui sont celles de notre époque ! La réponse à la légitime interrogation de Domi –ci-dessous- est donc très clairement : NON !
Non : lorsque l’on se retrouve face à des élus, des dirigeants qui ne tiennent aucun compte de l’opinion publique ni des lois qu’ils ont souvent eux-mêmes édictées et votées et qu’ils contournent sans le moindre état d’âmes pour le profit de quelques entrepreneurs sans scrupules… il n’y a guère beaucoup d’alternatives : soit on se ‘’couche’’, soit on lutte ! L’issue de ces occupations, pour incertaine qu’elle soit, devra néanmoins tenir compte de cette opposition qui existe bel et bien et a le mérite d’agir, concrètement, lorsque la démocratie n’est pas ou plus au rendez-vous…

domi 10/09/2020 15:59

il n'y a pas d'autres modes d'action démocratique que la création d'une zad ?

Mario 10/09/2020 15:07

Bon courage face aux bétonneurs.
Je suis curieux de voir ce comment notre ministre de l'écologie va justifier me massacre de cette zone humide ...