La croissance mondiale de l’élevage pourrait être un facteur de risques infectieux

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Une étude française analyse les liens entre l’intensification de l’élevage au niveau mondial, la perte de biodiversité et les risques sanitaires…

Des vaches entassées dans une ferme d’élevage industriel, le 14 décembre 2017, à Drucat (Somme). Photo : Philippe Huguen/AFP

Elevage intensif, destruction de l’habitat, pollution des terres… Depuis plusieurs années, il est prouvé que l’accroissement du bétail à l’échelle mondiale entraîne une perte de biodiversité. Mais ces deux phénomènes pourraient également être liés à l’augmentation des maladies infectieuses chez les humains et les animaux, selon une étude publiée, le 22 juillet, dans la revue Biological Conservation.

Pour établir ce lien, Serge Morand, auteur de l’étude et chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement en Thaïlande, a croisé plusieurs bases de données ouvertes sur les santés humaine et animale, l’augmentation du bétail et la perte de biodiversité. Une première analyse montre que le nombre d’épidémies répertoriées chez les humains dans le monde – 16 994 épidémies pour 254 maladies infectieuses entre 1960 et 2019 – augmente en corrélation avec la perte locale de biodiversité mais aussi avec la densité croissante d’animaux d’élevage.

« Ce rapport est particulièrement important, car c’est une des rares études qui analysent des données factuelles pour trouver des corrélations positives entre ces trois éléments, soutient Muriel Vayssier, cheffe du département scientifique de santé animale de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, qui n’a pas participé à l’étude. Et ce, sur une période assez large. » Le rapport analyse, en effet, des bases de données qui remontent aux années 1940 pour les épidémies humaines et 1960 pour le nombre du bétail. Serge Morand commente : « En étudiant les bases de données, on voit que ce qui explique le mieux l’augmentation du nombre de maladies infectieuses, c’est bien l’élevage de plus en plus important. »

« Déforestation, simplification des milieux agricoles »

Selon la base de données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le nombre de bovins est, en effet, passé de 1 milliard en 1960 à 1,6 milliard aujourd’hui, celui des porcins de 500 millions à 1,5 milliard et celui de la volaille de 5 milliards à 25 milliards.

« Dans le même temps, détaille l’auteur de l’étude, les épidémies humaines sont passées d’environ une centaine par an en 1960 à 500 à 600 par an en 2010. Les épidémies animalières augmentent encore plus vite, car elles sont passées de moins d’une centaine en 2005 à plus de 300 en 2018. »

« Beaucoup de maladies infectieuses humaines viennent des animaux, car nous partageons avec eux beaucoup de nos microbes » Muriel Vayssier

La deuxième hypothèse que Serge Morand a voulu vérifier est que la perte de biodiversité dans chaque pays est corrélée avec l’augmentation des maladies infectieuses. Selon la liste rouge, actualisée régulièrement par l’Union internationale pour la conservation de la nature, la biodiversité est, en effet, de plus en plus en danger. « La déforestation, la simplification des milieux agricoles pour faire de la monoculture, l’urbanisation importante, contribuent à réduire les écosystèmes et leur biodiversité », explique Serge Morand.

Et, selon le chercheur, moins de biodiversité signifie plus de circulation des pathogènes. « Dans les paysages très diversifiés, avec une forte biodiversité, on a peut-être une diversité de pathogènes, mais ils circulent faiblement parce qu’il y a beaucoup de régulation. Les grands prédateurs, par exemple, régulent les proies qui sont des gros réservoirs de pathogènes. La compétition entre espèces permet également cette régulation. »

Pour Serge Morand, la simplification des paysages fait perdre ces régulations, « ce qui augmente la possibilité de passage chez l’humain ; dès que quelque chose arrive dans ces paysages, ça devient une épidémie ».

Au total, 60 % des maladies infectieuses et 75 % des maladies émergentes ont une origine animale, selon une étude publiée dans la revue Nature en 2008. « Beaucoup de maladies infectieuses humaines viennent des animaux, car nous partageons avec eux beaucoup de nos microbes », explique Muriel Vayssier. Et si peu de contacts existent entre l’animal sauvage et l’homme, les animaux domestiques sont souvent un maillon de la chaîne de contamination.

« Tout est lié »

« Tout est lié, confirme Serge Morand, la destruction de la forêt de Bornéo, par exemple, entraîne le déplacement de chauves-souris vers les infrastructures humaines, dont les fermes. Elles transmettent ainsi plus facilement des maladies aux cochons qui les transmettent eux-mêmes à l’humain. »

Alors quelles sont les solutions, aujourd’hui, pour enrayer l’augmentation des épidémies ? En partant du principe que le bétail est un facteur déterminant, « il faut diminuer la part de protéine animale dans la consommation humaine », soutient Serge Morand. Muriel Vayssier, elle, préfère rester plus prudente sur les conclusions à tirer : « Des corrélations positives ne démontrent pas s’il y a une relation de cause à effet ou non. Cette étude est à gros grains, il faudrait maintenant faire des études similaires en affinant les paramètres par exemple en comparant les pratiques d’élevage – pour trouver quel est le facteur déterminant. »

Et, selon la scientifique, en plus des pratiques agricoles, de nombreux autres éléments sont à prendre en compte pour trouver des solutions : l’explosion démographique, le changement climatique, ou encore l’urbanisation.

Clémentine Thiberge/Le Monde (01.08.2020)

 

 

 

 

 

 

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Commenter cet article

Béa kimcat 10/08/2020 16:46

Il serait bien de faire quelque chose !!

dominique 08/08/2020 18:08

Ici on explique bien  comment les élevages industriels concentrationnaires sont un gros facteur de propagation des virus, mais aussi la déforestation car les animaux porteurs qui vivaient là en vase clos depuis des millions d'années, se répandent plus près de nous, à cause de nous et répandent le virus !!! De plus j'ai vu ça hier:
https://www.liberation.fr/france/2020/08/07/les-neonicotinoides-de-retour-dans-les-champs-de-betteraves_1796320
"ils" n'ont encore rien compris; c'est déjà un peu tard pour cesser ces conneries mais on veut poursuivre; à très court terme nous avons besoin des betteraves mais à moyen terme quand toute culture sera devenue impossible il n'y aura plus de betteraves ...plus rien !!!Je ne compte plus sur la population pour réagir, au contraire, nous sommes trop peu nombreux à comprendre et essayer de lutter, il y a de plus en plus de dégénérés qui ne sont même pas conscients des enjeux.
Si l'Humanité disparaît ce ne sera pas sélectif, ce sera aussi bien les plus évolués capables de lutter pour nous sauver que les "produits" d'une société qui a fait tout pour, désormais bien plus nombreux et qui justement aggravent le problème en consommant mal, en polluant, en jetant tout et n'importe quoi dans la nature; je ne prétends pas qu'il faille faire de l'eugénisme, c'est comme ça, ça restera comme ça mais ça nous mène à notre perte

Anne 08/08/2020 10:51

Déjà si la consommation de viande était raisonnable ( régime flexible, viande ou poisson une à deux fois par semaine) cela supprimerait tous les élevages intensifs, les abattoirs ne seraient plus surchargés et... ce serait meilleur pour la santé. C’est peut être ce dernier argument qui fera mouche auprès du plus grand nombre : moins de viande = moins de maladies cardiovasculaire ( un AVC est terrible dans une famille) et aussi moins de maladies infectieuses qui provoquent des épidémies donc confinement, masques etc... ça, ça touchera peut être et surtout en ce moment!

danièle 08/08/2020 08:46

Quand est ce que l'homme comprendra qu'il est urgent de changer d' alimentation -pourquoi manger de la viande ???- nous avons tout ce qu'il nous faut dans les végétaux ! Changer de comportement .................
L'ego, l'ignorance et le lobbyisme nous plonge vers la fin !

Jean-Louis 08/08/2020 06:32

Que les pratiques d'élevage intensif constituent un facteur déclenchant d'épidémies me semble évident ! Bien sûr, d'aucuns contesteront toujours ces résultats alors qu'il suffit d'ouvrir les yeux (et le cœur) pour constater que ça va mal, que nous avons atteint un stade d'inhumanité absolument incroyable... La remise en question de ces pratiques devraient être un souci pour l'ensemble des grands qui dirigent le monde, hélas, leurs intérêts sont tout autre et, de fait, on continue dans une voie "sans issue"...