La condition animale, sujet légitime de débat public

Publié le par Le Monde

De plus en plus sensible au bien-être animal, l’opinion française voit dans cette question un sujet de débat politique et d’action publique. Le gouvernement y est plus réticent…

Face aux dénonciations répétées des associations de défense des animaux, les éleveurs de porcs ont décidé d'améliorer les conditions de vie de leurs bêtes. Photo : afp.com/Pierre Andrieu

Des « illuminés » et des « intégristes ». C’est ainsi qu’Eric Dupond-Moretti qualifie les défenseurs de la cause animale dans la préface d’Un chasseur en campagne, le livre du patron des chasseurs, Willy Schraen. Par ces mots, écrits avant sa nomination à la tête du ministère de la justice, le célèbre avocat, lui-même chasseur passionné, vise en réalité une partie grandissante de la population. Selon un sondage de la Fondation Brigitte Bardot, publié par Le Monde mercredi 19 août, plus des deux tiers des personnes interrogées sont favorables à une amélioration du bien-être des bêtes.

Face à la multiplication des scandales de maltraitance animale, 91 % des sondés se prononcent pour un accès extérieur obligatoire pour tous les animaux d’élevage d’ici à dix ans. Une large majorité souhaite une transition vers des cirques sans animaux sauvages, l’interdiction de la chasse à courre ou encore de la vente des animaux de compagnie. Ces thèmes recoupent ceux du projet de référendum d’initiative partagée sur la condition animale. Depuis son lancement début juillet, l’initiative a recueilli le soutien de 129 parlementaires et a dépassé lundi le cap des 500 000 signatures. La cause animale s’est définitivement installée dans l’agenda politique.

Les politiques l’ont bien senti, l’attente des électeurs est réelle. Avec un demi-million de voix et un score de 2,2 % aux élections européennes de 2019, le Parti animaliste avait déjà imposé la thématique dans le débat public. Désormais, les députés n’hésitent plus à signer en nombre des propositions de loi sur le sujet ; ils sont plus de 150 à défendre l’amélioration du bien-être des animaux de compagnie et une soixantaine pour l’amélioration de la condition animale et la lutte contre la maltraitance.

En retard

Si la prise de conscience – et l’achage est là, les actes, pour lheure, ne suivent pas. Depuis le début de la législature, aucune des propositions de loi n’a été débattue à l’Assemblée, faute d’avoir été inscrite à l’ordre du jour. Les parlementaires restent frileux, sensibles à l’influence des lobbys, tout particulièrement celui de l’industrie agroalimentaire, des agriculteurs de la FNSEA et des chasseurs. Même si ces derniers perdent du terrain, leur emprise reste forte, y compris auprès d’un chef de l’Etat qui les cajole.

Il y a bien l’expérimentation d’un repas végétarien ou végétalien par semaine dans les cantines scolaires depuis novembre 2019. Et l’annonce de la fin du broyage des poussins et de la castration à vif des porcelets fin 2021. Mais, à ces exceptions près, le gouvernement n’a été à l’initiative d’aucune véritable avancée sur le terrain de la cause animale. Malgré la loi EGalim, le modèle agro-industriel n’est pas remis en question.

L’Hexagone est à ce titre en retard sur d’autres pays européens. La question du bien-être animal est, par exemple, intégrée dans les Constitutions allemande et autrichienne, et le Parti des animaux néerlandais est représenté au Parlement européen. La France, elle, freine, et n’applique pas systématiquement les directives européennes de protection animale, par exemple pour la chasse à la glu ou lors de la mise à mort des animaux dans les abattoirs.

La condition des animaux, dont l’intelligence a été démontrée par l’éthologie et la sensibilité reconnue par la loi, doit être améliorée et mieux respectée. L’évolution de l’opinion en ce sens montre qu’il s’agit bien d’un sujet légitime de débat politique et d’action publique.

 

Le Monde (Editorial du 19.08.2020)

 

 

 

 

 

 

 

Si vous avez apprécié cette publication,

partagez-là avec vos amis et connaissances !

Si vous souhaitez être informé dès la parution d’un nouvel article,

Abonnez-vous !

C’est simple et, naturellement, gratuit !

 

 

 

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Béa kimcat 30/08/2020 16:57

La cause animale c'est mon cheval de bataille !!

Claire 30/08/2020 05:57

Très bel éditorial en effet qui marque peut-être (?) le début d'une nouvelle ère de nos relation avec les animaux : les lobbys finiront bien pat être écartés du pouvoir et ce ne sera que justice !

Eléonore Smichtt 30/08/2020 05:31

Les élevages intensifs sont des univers sordides, immondes, atroces, violents, irrespectueux de l'être vivant considéré comme " une vulgaire chose qui va rapporter du fric".

Zoé 29/08/2020 20:37

Sujet sensible sauf pour ceux qui nous gouvernent! les lobbys font la loi et les candidats au pouvoir le savent bien , ceux qui tentent de résister sont vite mis au pas ou éjectés!

Jean-Louis 29/08/2020 07:10

Un édito comme on aimerait en lire plus souvent ! "Les parlementaires restent frileux, sensibles à l’influence des lobbys, tout particulièrement celui de l’industrie agroalimentaire, des agriculteurs de la FNSEA et des chasseurs..." : le problème est là, des lobbys qui, pour l'heure, restent tout-puissants mais qui devront bien, tôt ou tard, disparaître de la sphère politique... et là, enfin, les choses changeront !
D'ici là, hélas, l'enfer demeurera pour des millions d'animaux...

Denis 29/08/2020 10:51

Ce sont effectivement ces lobbies qui gangrènent la politique et l'économie à l'échelle locale, nationale, mondiale.
Il faudra, sans trop tarder, subordonner l'élection de nos représentants à l'éviction radicale et systématique des "marchands du temple".
Il faudra que nos élus se retroussent les manches et bossent enfin eux-même les dossiers plutôt que de régurgiter doctement en tribune des comptes-rendus pré-mâchés par des intérêts privés...
Mais il faudra encore beaucoup plus pour moraliser quantité de pratiques scélérates qui chaque jour entraînent la planète sur une pente vertigineuse et sans retour.
De même faudra-t-il mettre fin à la servile collaboration du monde journalistique qui par bêtise ou par intérêt lustre systématiquement les "puissants" dans le sens du poil.
Colportant mensonges et contre-vérités avec une puissance malfaisante jamais égalée.
Animaux humains -et non humains- de tous les pays, unissons-nous !