Faune et flore du Hohneck…

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Sait-on que la flore et la faune du Hohneck sont uniques dans les Vosges ? S’il n’est pas le plus haut sommet du massif, c’est en effet lui qui a le climat le plus extrême. Petit tour naturaliste avec Arnaud Foltzer, du Parc naturel régional des Ballons des Vosges…

C’est sur le versant alsacien et ses couloirs d’avalanche qu’Arnaud Foltzer peut observer le rare traquet motteux, dont ne subsistent plus qu’une dizaine de couples. Photo L’Alsace /Françoise Marissal (Cliquez pour agrandir)

C’est sur le versant alsacien et ses couloirs d’avalanche qu’Arnaud Foltzer peut observer le rare traquet motteux, dont ne subsistent plus qu’une dizaine de couples. Photo L’Alsace /Françoise Marissal (Cliquez pour agrandir)

Quand on parle faune du Hohneck, tout le monde pense « chamois ». Sujet rebattu, nous n’en parlerons donc pas, si ce n’est pour conter l’histoire de leur introduction, plutôt originale : une histoire de réconciliation franco-allemande. En effet, après la Seconde Guerre mondiale, la France avait en charge la région englobant la Forêt-Noire. Les chasseurs allemands, d’abord inquiets, virent que les forestiers français géraient bien le massif ; en remerciement, ils leur donnèrent donc des chamois. Les premiers arrivèrent en 1956 et s’y plurent tellement qu’aujourd’hui ils pullulent.

Inhospitalier, et pourtant…

Passons maintenant aux autres occupants emblématiques du site. Emblématiques, oui, car le Hohneck est une entité en soi : « Déjà, le climat des Hautes Vosges est équivalent à celui des Alpes 1 000 m plus haut », souligne Arnaud Foltzer, chargé du suivi de la réserve naturelle du Frankenhthal-Missheimle, à laquelle appartient le Hohneck. Et celui-ci est le plus alpin de tous, bien qu’avec ses 1 363 m d’altitude, il ne soit que le troisième sommet des Vosges derrière le Grand Ballon (1 423 m) et le Storkenkopf (1 366 m… à trois mètres près…). D’une part, le vent peut y souffler en tempête car non seulement les Vosges sont le premier obstacle que rencontrent les vents qui soufflent de l’océan mais, en plus, la configuration du Hohneck fait que c’est là qu’ils sont le plus violents. Il n’y a qu’à voir les corniches de neige perchées sur le vide en hiver… D’autre part, c’est ici que le relief est le plus marqué, avec des cirques glaciaires où les couloirs d’avalanche alternent pierriers et sol abrasé.

Ajoutons à cela que ce sommet est, avec le mont Aigoual, le lieu de France avec le plus fort écart de température et de pluviométrie entre son sommet et le plaine, Colmar pour le Hohneck et Saint-Jean-du-Gard pour le mont Aigoual. Bref, le Hohneck… eh bien c’est le Hohneck.

Climat extrême et relief alpin : le milieu naturel du Hohneck est unique dans les Vosges. Photo L’Alsace /Françoise Marissal (Cliquez pour agrandir)

Climat extrême et relief alpin : le milieu naturel du Hohneck est unique dans les Vosges. Photo L’Alsace /Françoise Marissal (Cliquez pour agrandir)

Traquet motteux : à peine dix couples

Un sol abrasé ? Voilà ce qu’aime le traquet motteux, un des oiseaux les plus rares du massif : il n’en reste plus qu’une dizaine de couples, dont la moitié nichent sur le Hohneck. Ils aiment les zones râpées, où l’herbe rase leur permet de déceler facilement les insectes ; et en hiver, ils échappent aux températures du Hohneck en filant en Afrique.

Le Hohneck dispose ainsi d’une petite liste d’oiseaux spécifiques, le pipit spioncelle (pâturages alpestres), l’accenteur alpin (haute montagne), le bruant fou (bassin méditerranéen et montagnes d’Asie centrale).

Le traquet motteux aime les lieux abrasés. Photo Arnaud Foltzer, Parc des Ballons des Vosges (Cliquez pour agrandir)

Le traquet motteux aime les lieux abrasés. Photo Arnaud Foltzer, Parc des Ballons des Vosges (Cliquez pour agrandir)

Chez les mammifères, hormis le chamois, on n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent, le climat y est franchement trop rude : quelques hermines et lièvres, et un renard qui niche à deux pas du restaurant. C’est à peu près tout.

Un cornichon avec des pattes

Du côté des insectes, on ne résiste pas à la tentation de parler du barbitiste ventru. « Si vous voyez un gros cornichon avec des pattes, c’est lui », sourit Arnaud Foltzer. Au départ, c’est une sauterelle, mais comme il vit dans les montagnes où le vent souffle, il ne peut sauter sinon il serait emporté. L’insecte a donc perdu ses ailes et pris du ventre. On le trouve sur les pentes, entre la Martinswand et le Rothenbach.

Le barbitiste ventru, une sauterelle qui a perdu ses ailes en raison des vents forts des sommets. Photo Arnaud Foltzer, Parc des Ballons des Vosges (Cliquez pour agrandir)

Le barbitiste ventru, une sauterelle qui a perdu ses ailes en raison des vents forts des sommets. Photo Arnaud Foltzer, Parc des Ballons des Vosges (Cliquez pour agrandir)

Mais le trésor du Hohneck, c’est surtout sa flore, une des plus riches des Vosges, et dont certains représentants trouvent là leur dernier refuge vosgien. C’est le cas de l’anémone à fleur de narcisse, une petite fleur blanche qui aime les sommets venteux. « En 2020, nous n’en avons plus compté que sept en fleur pour tout le massif », s’inquiète Arnaud Foltzer, alors qu’en 1979 elle était abondante au col du Falimont.

Même constat alarmant pour l’orpin velu et ses fleurs blanc rose : seuls 2 m² subsistent de cette plante qui affectionne les rochers râpés par les avalanches. À la fin du XIXe siècle, on le trouvait sur tous les rochers du massif… Si les raisons de ces disparitions sont diverses, dont la pollution, de forts doutes pèsent aussi sur le chamois, qui broute en veux-tu en voilà.

(…)

Chaumes primaires, chaumes secondaires ?

Les chaumes du sommet du Hohneck ne sont pas une prairie mais une lande rase, en raison du vent. On y trouve une foule de « mini-arbres » : callune fausse-bruyère, myrtille, myrtille des marais (que les Vosgiens appellent brimbelle des ânes car les benêts peuvent la confondre avec la myrtille), airelle rouge, genêt pileux…

Le lycopode en massue, une fougère capable de survivre dans le sol durant des siècles.   Photo L’Alsace /Françoise Marissal (Cliquez pour agrandir)

Le lycopode en massue, une fougère capable de survivre dans le sol durant des siècles. Photo L’Alsace /Françoise Marissal (Cliquez pour agrandir)

On y trouve aussi le lycopode en massue, une petite fougère increvable : ses spores peuvent dormir dans le sol durant des siècles. Si la forêt progresse, elle dort ; si la forêt régresse, elle sort. « Elle peut résister ainsi au changement climatique. »

Ces sorbiers et érables sont peut-être moches, mais ils réussissent à survivre aux conditions extrêmes du Hohneck. Chapeau bas. Photo L’Alsace /Françoise Marissal (Cliquez pour agrandir)

Ces sorbiers et érables sont peut-être moches, mais ils réussissent à survivre aux conditions extrêmes du Hohneck. Chapeau bas. Photo L’Alsace /Françoise Marissal (Cliquez pour agrandir)

Sur le rude Hohneck, « zone de combat entre chaumes et forêt », même les hêtraies d’altitude n’arrivent plus à pousser. Les quelques arbres qui parviennent à s’y accrocher sont des sorbiers, des érables, des épicéas, littéralement couchés par le vent côté Ouest.

Quant aux chaumes en prairie, que sont-elles ? Chaumes primaires ou secondaires ? Ont-elles toujours existé en raison du climat hostile, ou sont-elles le produit d’un défrichage antique ? Les avis restent partagés, mais une chose est sûre : elles représentent un milieu naturel unique.

Photo L’Alsace /Françoise Marissal (Cliquez pour agrandir)

Photo L’Alsace /Françoise Marissal (Cliquez pour agrandir)

Pousser, vaille que vaille

Pour avoir une idée très concrète de ce qu’est le climat du Hohneck, il suffit de regarder les quelques arbres qui s’y accrochent. Car, en dépit du vent qui souffle en tempête, du froid glacial et des brouillards givrants qui vous cassent une branche en moins de deux, certains arrivent vaille que vaille à pousser.

Cet épicéa par exemple : « La météo a ralenti sa croissance », explique Arnaud Foltzer. « On ne connaît pas son âge, mais si quelqu’un me dit qu’il a 200 ans, je le croirai. Ce qui est certain, c’est qu’il a plus de 100 ans. » Le port en drapeau est typique lui aussi : les vents d’Ouest et le gel ont grillé toutes les branches qui ont essayé de pousser sur le côté du tronc exposé à l’Ouest.

Typique également, mais de façon moins naturelle, les branches abîmées car les chamois s’y sont frottés. « Plus on regarde et plus on voit l’impact du chamois sur le milieu naturel des Hautes Vosges », reprend le chargé de suivi scientifique au Parc des Ballons des Vosges. « Avant, on avait les troupeaux, qui n’étaient présents qu’en été. Les chamois, eux, mangent la végétation toute l’année ; elle ne se renouvelle plus. »

Même constat pour la lande : elle est très rase en raison des vents violents mais aussi du broutage permanent par les chamois. Idem pour les rares sorbiers et alisiers qui arrivent à pousser là où même les hêtres n’y arrivent plus : le climat et les chamois les dépouillent quasiment de leurs feuilles. Ces arbres, au lieu de se moquer de leur allure, on devrait les saluer bien bas pour l’instinct de survie dont ils font preuve…

 

Françoise Marissal/DNA (07.08.2020)

 

L’article complet de Françoise Marissal est à découvrir sur le site des DNA

 

 

 

 

 

 

 

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Commenter cet article

Béa kimcat 23/08/2020 18:34

Encore un très bel article !

JC 23/08/2020 15:53

L’Aigoual est un grand souvenir cyclo et rando pédestre mais je ne connais le Hohneck qu’à pied et c’est un bon souvenir aussi comme Colmar d’ailleurs. Comme je n’y suis allé qu’en été je n’ai pas de mauvais souvenir de son climat. Merci pour ces infos sur la flore et la faune.

Claire 23/08/2020 07:26

Très bel article sur un coin des Vosges que vous nous avez déjà présenté ! Voilà qui complète utilement les informations et assouvi totalement ma curiosité pour ce coin de France à découvrir...
Bon dimanche à tous !

Rose 23/08/2020 07:06

Quel bel article !
Voilà qui donne envie de parcourir ces sommets vosgiens...

dominique 22/08/2020 16:16

Internet me donne la réponse en ce qui concerne les chamois; leur présence dans les Vosges ne remonterait qu'à l'ère quaternaire ..et pas sûr ; il s'agit donc bien d'une introduction artificielle ! mais tous ici le saviez sûrement !

dominique 22/08/2020 16:08

Si j'avais agrandi la photo des anémones j'aurais eu tout de suite la réponse; en effet les nombreuses que nous avons rencontrées ressemblaient bien à l'anémone cultivée et ne se présentaient pas en groupe mais clairsemées ; et la corolle de celle-ci ressemble plus aux narcisses et elles semblent s'épanouir "en famille" .

dominique 22/08/2020 16:03

Passionnant, je l'ai lu une fois seule puis relu à haute voix pour mon conjoint, nous aimons tant cette région...et en fait ne la connaissions pas. Je me pose deux questions: l'anémone à fleur de narcisse est dit-on ici devenue extrêmement rare; or je me rappelle bien un grand "champ" d'anémones sauvages blanches en altitude entre le Kastelberg et le Hohneck; pas la même donc, je vais chercher...et les chamois? que nous adorons et respectons bien sûr, leur introduction semble n'être pas que bénéfique, est-ce une introduction ou une réintroduction; y en avait-il autrefois dans les Vosges ou était-il seulement alpin; une introduction intempestive serait une des nombreuses marques de ce constat : quand l'Humain se mêle de changer l'ordre des choses, il nuit à la Nature qui s'équilibre d'elle même ????

Jacky 22/08/2020 15:18

Ces explications sont intéressantes.

Jean-Louis 22/08/2020 06:37

Lors de mon dernier passage au Hohneck, outre les chamois, j'ai photographié un Traquet motteux femelle : j'ignorais qu'il en restait si peu dans le massif ! J'ai également fait quelques photos d'un Tarier pâtre ♂...
J'espérais faire une nouvelle escapade vosgienne en début de semaine prochaine mais il m'a fallu le reporter !

domi 22/08/2020 05:35

Aigoual, Hohneck, souvenirs cyclistes et aussi de grandes pluies dans cette région