Ces animaux présents en Alsace et injustement mal-aimés

Publié le par Annick Woehl

Victime de sa mauvaise réputation, le renard continue d'être traqué malgré son utilité. Voleur de poules, transmetteur de rage ou de gale… Le renard se traîne une sale réputation depuis la nuit des temps. Des associations entendent redorer son blason roux…

Le renard aime bien prendre de la hauteur sur les bottes de pailles, ici dans la région mulhousienne.  Photo : L'Alsace/ Marc Wilb (Cliquez pour agrandir)

Le renard aime bien prendre de la hauteur sur les bottes de pailles, ici dans la région mulhousienne. Photo : L'Alsace/ Marc Wilb (Cliquez pour agrandir)

C’est sans doute parce qu’on le dit voleur de poules et qu’il a, un temps, transmis la rage à l’homme que le renard est tant mal aimé. Sans doute aussi pour sa très grande adaptabilité qui lui facilite la vie, mais qui lui a valu la réputation d’être rusé, au sens négatif du terme. Selon le collectif Renard Grand Est, il serait même victime d’un véritable « acharnement » des chasseurs, qui se débarrasseraient ainsi d’un redoutable rival dans la chasse aux petits gibiers (lapin, perdrix, faisans…), « sous couvert d’excuses sanitaires », indique le porte-parole de l’association Franck Vigna.

Ce désamour entre le goupil et l’humain s’illustre dans le statut juridique de l’animal qui est classé nuisible (on dit aujourd’hui Esod, « espèce susceptible d’occasionner des dégâts ») au niveau national. Seuls quelques départements l’ont déclassé, le plus souvent sur quelques-unes de leurs communes. C’est le cas du Haut-Rhin depuis 2019, mais pas du Bas-Rhin, hormis Strasbourg depuis 40 ans. Même si le déclassement est un pas, celui-ci est modeste : ne plus être nuisible revient uniquement à gagner trois mois de répit : la chasse étant possible sauf de fin février au 15 avril… D’ailleurs on estime qu’entre 600 000 et un million de renards sont tués chaque année. « Peu d’animaux subissent une telle pression de destruction », estime Franck Vigna.

 « Des auxiliaires de culture pour les agriculteurs »

Tout cela met les associations de défense des espèces sauvages en rage puisqu’elles répètent sur tous les tons que le renard est en fait un animal utile. « Il a un rôle important dans la régulation des rongeurs en campagne puisqu’il chasse les campagnols ou mulots par exemple et en zone urbaine, les souris et les rats », indique Lætitia Duhil du pôle médiation de la LPO de Strasbourg (Ligue de protection des oiseaux). Cela en fait des « auxiliaires de cultures efficaces pour les agriculteurs » en limitant les dégâts que provoquent les rongeurs aux récoltes. « Certains agriculteurs s’en prennent aux renards et balancent des kilos de pesticides, c’est aberrant ! »

Fin des tirs de nuit

À l’ampleur de l’attaque, il y a une réponse d’aussi grande ampleur. Le collectif Renard Grand Est a été créé en 2016 pour redorer le blason roux de l’animal et pour le défendre. Il vient de gagner une bataille : « Il n’y a plus de tir de nuit dans notre région, on a obtenu sept jugements pour nous », se réjouit Franck Vigna. Le pôle médiation faune sauvage de la LPO bataille aussi ferme pour faire passer le message et use beaucoup de son temps pour rassurer les gens inquiets après avoir vu passer un renard dans leur jardin ou au coin de leur rue, ou encore de constater qu’une renarde va mettre bas dans leur carré de verdure. « On a beaucoup d’appels, surtout de mai à juillet… une dizaine par mois », rapporte Lætitia Duhil. « Les gens ont peur à cause des maladies supposées et pour leurs animaux domestiques. »

Autant en ville qu’à la campagne

Ils sont aussi parfois étonnés de voir un tel animal en ville alors que, selon la médiatrice, il y en a autant en milieu périurbain qu’à la campagne. « Il y en a beaucoup à Strasbourg par exemple, et c’est normal. Le renard est opportuniste, il va où il y a de la nourriture facile d’accès et en abondance. On a eu des appels de La Robertsau, mais aussi de Orbey, Aspach-le-Haut, Rouffach, Ranspach… Les renards installent leur terrier sous une terrasse, dans le jardin, dans un garage, dans le vide-sanitaire d’une école. »

Un renard en pleine course dans les Vosges près du Markstein.  Photo : L'Alsace/ Marc Wilb (Cliquez pour agrandir)

Un renard en pleine course dans les Vosges près du Markstein. Photo : L'Alsace/ Marc Wilb (Cliquez pour agrandir)

Elle précise qu’il ne sert à rien de tuer un renard, puisque le territoire ainsi libéré sera immédiatement recolonisé par un autre renard. « Ces animaux ont un unique territoire toute leur vie. Ils ne vivent pas dans un terrier contrairement à ce que les gens croient, sauf pendant la période de reproduction. » Et elle ajoute : « Le renard est un animal crépusculaire, on commence à pouvoir le voir en début de soirée jusqu’au petit matin. Si l’inquiétude humaine grimpe au printemps/été, c’est tout simplement parce que le soleil se couchant plus tard, les gens les voient davantage. »

DNA/Annick Woehl (17 août 2020)

 

S’il te plaît, ne m’apprivoise pas

Laëtitia Duhil, médiatrice faune sauvage à la LPO, bat en brèche les idées préconçues sur le renard, à commencer par celles en lien avec les maladies. Le goupil transmet la rage ? « La rage du renard est éradiquée depuis plus de dix ans [depuis 2001 exactement, NDLR] ! » Le phénomène a bien existé, entraînant une destruction acharnée de l’espèce à partir des années 1970 : tirs de jour et de nuit ; piégeage ; gazage de terrier ; empoisonnement… Des primes de 30 ou 40 francs furent même allouées par l’État pour chaque queue de renard rapportée. La gale ? « Elle ne se transmet pas directement aux humains et les animaux domestiques sont protégés puisque vermifugés. Et quand bien même votre chien l’aurait, il faudrait des heures de câlins pour que vous l’attrapiez ! »

Quant à l‘échinococcose alvéolaire, potentiellement mortelle pour l’homme, le renard peut l’attraper en mangeant de petits mammifères. « Ce parasite intestinal est présent dans les excréments, mais pas dans l’urine », comme on le croit souvent, précise la Strasbourgeoise. Les cas de maladie sont « très très rares », 20 à 30 par an. « C’est une question d’hygiène quand on va dans la nature » ; par exemple ne pas manger une fraise des bois cueillie dans la forêt sans l’avoir au préalable lavée. La médiatrice va jusqu’à dire que sur le terrain de la santé, le renard est un précieux atout puisqu’en consommant les rongeurs sur lesquels vivent les tiques, il contribue à lutter contre la maladie de Lyme.

Rien à craindre, par ailleurs, d’une éventuelle attaque de renard, d’après Laëtitia Duhil : « Le renard n’attaque pas, il est craintif et préfère fuir. » Pareil en cas, fort peu probable, de confrontation avec un animal domestique. Et selon Laëtitia Duhil, au cas où, c’est ce dernier qui aurait vraisemblablement le dessus. Restent les poules : « Pour éviter tout problème il suffit d’enfermer ses poules la nuit ».

Quelques conseils

« Si une renarde s’est installée dans votre jardin pour mettre bat, il ne faut pas la chasser », conseille Laëtitia Duhil de la LPO. Quand les renardeaux commenceront à gambader, elle préconise de faire du bruit pour les effrayer, qu’ils ne s’habituent pas à la présence humaine ; il faut qu’ils gardent leur côté sauvage. Ne surtout pas les nourrir non plus, sinon ils reviendront tous les jours. « Le renard s’habitue très vite à l’humain. Il faut développer leur sentiment de crainte, taper dans les mains. » Et de résumer : « Il ne faut ni les attraper, ni les apprivoiser. »

De jeunes renardeaux aux environs de Bruebach. Photo : L'Alsace/ Marc Wilb (Cliquez pour agrandir)

De jeunes renardeaux aux environs de Bruebach. Photo : L'Alsace/ Marc Wilb (Cliquez pour agrandir)

L’article complet ainsi qu’une vidéo sont à découvrir sur le site des DNA

 

 

 

 

 

 

 

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Jpl 07/09/2020 20:04

« Il ne faut ni les attraper, ni les apprivoiser « et c’est sûr …mais attention, eux ils le peuvent, vous apprivoiser ! Et c’est tant mieux !

passiflore 07/09/2020 17:33

Coucou,j'ai apprécié l'article,j'ai mis un lien sur mon blog!
Merci

Zoé 07/09/2020 17:07

Un grand merci à tous ceux qui s'emploient à réhabiliter le renard. Je partage aussi ton article.

Béa kimcat 07/09/2020 14:21

Magnifique article sur le renard à défendre.
Merci Jean-Louis pour ce partage.
Si désolant qu'il ait une si mauvaise réputation...

Jacky 07/09/2020 14:17

Oui, un bon point pour notre presse locale.

Jean-Louis 07/09/2020 05:37

Pour une fois qu'un article de notre quotidien régional reconnait les qualités de Goupil en donnant la parole non pas à ceux qu prennent un malin plaisir à le traquer, le martyriser... mais à ceux qui œuvrent pour une reconnaissance de son statut d'être vivant et, à ce titre, parfaitement légitime dans notre biodiversité, il m'était difficile de ne pas relayer l'article en question !
Grand merci à Annick Woehl, l'auteure, de contribuer par là, à notre combat...

Jean-Louis 07/09/2020 05:39

...et merci aussi à Marc Wilb pour ses magnifiques photos !